mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | POUGAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juin 2021, M. D, représenté par Me Pougault, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au rétablissement de ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, et subsidiairement à son profit sur le seul fondement du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée au regard des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas pris en compte sa situation personnelle ni les observations formulées par courrier du 19 avril 2021 et il n'a pas effectué un nouvel entretien d'évaluation de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F D, de nationalité camerounaise, a déclaré être irrégulièrement entré en France le 18 novembre 2018. Le 24 janvier 2019, il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile et a été placé en procédure dite " Dublin III ". Par la suite, le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert vers l'Espagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, ayant donné son accord. M. D ne s'étant pas présenté aux convocations de la préfecture du 5 août 2019 et du 6 novembre 2019, il a été déclaré en fuite le 7 novembre 2019. A la même date, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressé n'ayant pas présenté d'observation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ce bénéfice par décision du 9 décembre 2019. A l'expiration du délai de transfert, M. D s'est à nouveau présenté en préfecture en faisant valoir que la France était devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile. Le 14 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a enregistré sa demande d'asile en procédure dite accélérée. Le 19 avril 2021, M. D a demandé le rétablissement de ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 30 avril 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 30 avril 2021.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 26 novembre 2021, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. En premier lieu, par une décision du 1er octobre 2020, publiée sur le site Internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le même jour, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné à M. C B, directeur territorial de Toulouse, délégation à l'effet de signer toutes décisions relatives aux missions dévolues à cette direction territoriale, au nombre desquelles figurent les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée vise les articles L.744-1 et L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Elle rappelle la situation de M. D et justifie sa décision de refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux convocations du 5 août et du 6 novembre 2019. La décision contestée mentionne également que l'évaluation de sa situation ne fait pas apparaître une situation de vulnérabilité particulière au sens des dispositions de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de besoin particulier en matière d'accueil. Par suite, la décision est suffisamment motivée par des circonstances de droit et de fait et le moyen doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. () ". Et aux termes de l'article L. 744-6 du même code, dans sa rédaction applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ". L'article L.744-7 du même code dans sa version applicable prévoit que : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, () le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ". Il ne résulte pas de ces dispositions ni d'aucune autre applicable en l'espèce, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration était tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil attaquée. En revanche, un tel refus doit obligatoirement être précédé d'un examen actualisé, même sur pièces, de la vulnérabilité du demandeur intéressé.
6. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de la fiche d'évaluation produite en défense, qu'une nouvelle évaluation de sa vulnérabilité a été effectuée le 22 avril 2021. Au cours de cet entretien, les observations, qu'il avait d'ailleurs déjà formulées dans son courrier du 19 avril 2021, ont été prises en compte et un certificat médical vierge pour avis MEDZO lui a été remis. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 29 avril 2021 que sa situation de vulnérabilité, en prenant en compte son état de santé, a été évaluée en niveau 1, soit une priorité pour un hébergement, sans caractère d'urgence. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient le requérant, sa situation de vulnérabilité a été réévaluée et ses observations ont été prises en compte. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.
7. En dernier lieu, il résulte des dispositions précitées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande d'asile. Par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été retirées sur le fondement de l'article L. 744-7 précité, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en solliciter le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.
8. D'une part, il ressort des éléments développés au point 6 que la situation particulière du requérant, notamment au regard de sa vulnérabilité et de son état de santé, a été appréciée à la date de sa demande. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en ne se présentant pas aux convocations de la préfecture du 5 août 2019 et du 6 novembre 2019. Or l'intéressé ne fait valoir aucune raison légitime susceptible d'expliquer une telle méconnaissance de ses obligations. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de M. D.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E , à Me Pougault et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La rapporteure,
V. JORDALe président,
D. KATZLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026