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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103602

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103602

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103602
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAGBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 juin 2021, le 17 février 2023 et le 19 février 2023, Mme F C, représentée par Me Agba, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat en la matière.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne se fonde que sur des suppositions et non sur des circonstances précises en concrètes, et qu'elle ne tient pas compte de ses répercussions au regard de l'intérêt de son enfant ;

- est entachée d'un défaut de procédure, le préfet n'ayant pas respecté la procédure du contradictoire ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 313-11 (6°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet a considéré qu'elle a détourné la procédure d'obtention de visa en omettant aux autorités en poste dans son pays d'origine son projet initial de s'installer durablement en France, qu'elle n'apporte pas la preuve de la contribution effective de M. A, le père de l'enfant, à l'entretien et à l'éducation de ce dernier ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale en ce qu'elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signé à New-York.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante sénégalaise née le 10 novembre 1996 est entrée en France le 13 août 2017 muni d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 11 août 2017 au 26 août 2017. Mme C est mère d'un enfant de nationalité française, né le 29 septembre 2019 d'une relation avec M. A, de nationalité française. Le 4 février 2020, elle a sollicité son amission au séjour en France au titre de la vie privée et familiale et en qualité de parent d'un enfant français sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté daté du 7 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu d'admettre provisoirement la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

4. Pour refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance que M. A, auteur de la reconnaissance en paternité de l'enfant de la requérante, ne justifiait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de celui-ci.

5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a effectué des virements bancaires au profit de Mme C du mois de février au mois d'août 2020, pour un montant total de 700 euros. En outre, un rapport établi par les services de police corrobore l'existence d'une participation régulière de M. A à l'entretien et à l'éducation de son enfant, notamment pas le versement de sommes allant de 120 euros à 150 euros. Enfin, Mme C produit une ordonnance du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulouse du 4 juin 2021 homologuant une convention conclue entre les parents le 9 avril 2021, laquelle convention organise les droits de visite de l'enfant et fixe à la somme de 120 euros par mois la contribution de M. A pour participer à son entretien et son éducation. Ces documents corroborent également l'existence d'une participation effective de M. A à cet entretien. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une illégalité au regard des dispositions précitées du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 avril 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Le motif d'annulation du présent jugement implique nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à Mme C. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer un tel titre de séjour à la requérante dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros à verser à Me Agba, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 7 avril 2021 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " à Mme C dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Agba en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de Me Agba à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, à Me Agba et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

L'assesseure la plus ancienne

V. JORDA

Le président-rapporteur,

D. BLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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