jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103677 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PECH-CARIOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juin 2021, M. D C, représenté par Me Pech-Cariou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 29 mai 2021 par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ou, à défaut, de saisir le Tribunal judiciaire de Toulouse d'une question préjudicielle relative à sa nationalité ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision implicite de rejet n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il peut avoir la nationalité française ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas fait un examen sérieux de sa situation, qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence algérien, qu'il ne saurait être considéré comme représentant un danger actuel et suffisamment grave pour l'ordre public, la sécurité des biens ou des personnes ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 6 de l'accord franco-algérien, 6-1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- à titre subsidiaire, le Tribunal judiciaire de Toulouse doit être saisi d'une question préjudicielle relative à sa nationalité.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juillet 2022.
M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n°2002-814 modifiant l'article 2 du décret du 30 juin 1946 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a déclaré être entré en France en décembre 1971. Il a bénéficié d'un titre de séjour valable du 19 janvier 1983 au 18 avril 1986. Il a incarcéré depuis le 27 septembre 1985. Le 4 avril 2019, il a demandé au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour. Le 8 juillet 2019, ce dernier l'a invité à déposer un dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le 8 novembre 2019, M. C a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale qui a été rejetée le 13 novembre suivant car jugée incomplète. Le 1er février 2021, il a déposé une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour sans en préciser le motif. Le silence gardé par l'administration pendant quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. C demande au tribunal, à titre principal, d'annuler cette décision implicite de rejet et d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence temporaire et, à défaut, de réexaminer sa situation et, à titre subsidiaire, de saisir le Tribunal judiciaire de Toulouse d'une question préjudicielle relative à sa nationalité.
Sur les conclusions à titre principal
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "
3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas demandé à la préfecture de la Haute-Garonne les motifs de cette décision implicite de rejet. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, alors que, dans son dossier, il déclare être de nationalité algérienne et fournit une copie de sa carte nationale d'identité algérienne datant de juillet 1976, le requérant fait valoir une erreur de droit en se prévalant de sa propre nationalité française qui n'est pas établie par les pièces du dossier. Toutefois, si le requérant peut démontrer qu'il dispose de la nationalité française, il n'a pas à solliciter du préfet de la Haute-Garonne une admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit liée à l'existence de sa propre nationalité française apparaît donc inopérant et par suite doit être écarté.
5. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 6-1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
6. En troisième lieu, M. C se prévaut de sa nationalité algérienne, de sa présence en France depuis son entrée sur le territoire en 1971 et d'un ancien titre de séjour valable du 19 janvier 1983 au 18 avril 1986. Toutefois, en fournissant seulement un bulletin de paie du mois de novembre 1983 et un du mois de mars 1984, le requérant, qui est détenu depuis le 27 septembre 1985, ne peut se prévaloir de ses périodes d'incarcération en France ni des bulletins de paie relatifs à une activité professionnelle exercée au cours de sa détention. Dès lors, il ne justifie pas d'une présence continue sur le territoire français depuis son entrée en France, qui n'est d'ailleurs pas clairement établie. En outre, célibataire, sans enfant, déclaré sans lien familial en France, le requérant, qui n'a reçu aucune visite durant son incarcération, ne peut justifier de liens créés en France ni démontrer une intégration particulière, son activité professionnelle au cours de sa détention ne pouvant pas être utilement invoquée. A l'inverse, il ressort de sa liste de ses contacts qu'il n'est pas isolé et dispose encore de liens familiaux avec son pays d'origine, l'Algérie, où se trouveraient des neveux et une nièce à lui. Par suite et en tout état de cause, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions prévues par les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ni au titre d'une présence continue sur le territoire français ni au titre de sa vie privée et familiale.
7. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons, il n'est pas fondé à soutenir que sa demande n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux.
8. En cinquième lieu, il est constant que M. C a été condamné à une peine de prison à perpétuité pour viol commis par un ascendant ou une personne ayant une autorité sur la victime, attentat à la pudeur commis avec violence ou surprise sur un mineur de 15 ans, emploi de torture ou commission d'acte de barbarie pour l'exécution d'un délit, privation de soins envers un mineur de 15 ans par ascendant suivie de mort non intentionnelle, coups mortels sur un mineur de 15 ans par ascendant, emploi de torture ou commission d'acte de barbarie pour l'exécution d'un crime. Eu égard à leur nature et à leur gravité, ces faits révèlent un comportement constituant une menace à l'ordre public. Les circonstances que ces faits soient anciens, que M. C soit âgé, qu'il ait exercé une activité professionnelle pendant son incarcération et qu'il soit suivi par un médecin psychiatre ne sont pas de nature à établir qu'il ne représenterait plus une menace à l'ordre public. Par suite, le préfet n'a commis ni d'erreur d'appréciation ni d'erreur de droit.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulations présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à titre subsidiaire
10. Aux termes de l'article 30 du code civil, " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause ". Et l'article R. 771-2 du code de justice administrative dispose que " Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse relevant d'une compétence de la juridiction judiciaire, la juridiction administrative saisie la transmet à la juridiction judiciaire compétente. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle ". Il résulte de ces dispositions que la charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause sauf s'il est titulaire d'un certificat de nationalité française, et que l'exception de nationalité ne constitue une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse.
11. M. C soutient qu'il pourrait disposer de la nationalité française du fait de la nationalité française de ses parents. Toutefois, il verse à l'instance un extrait d'acte de naissance au nom de M. D C indiquant que son père est de nationalité française mais il n'apporte aucun élément probant de nature à établir qu'il s'agit de son propre acte de naissance dès lors que le nom de famille et le prénom figurant sur cet extrait d'acte de naissance comportent une orthographe différente du sien. Il n'établit pas davantage son lien de filiation avec le nom du père, M. F, figurant sur cet extrait d'acte de naissance dès lors que le nom de famille comporte également une orthographe différente du sien et alors même qu'il fournit un acte de décès de son père, au nom de C Rabah, donc avec un nom de famille identique au sien. Il fournit également la copie d'une carte nationale d'identité algérienne à ses nom et prénom datant de juillet 1976. Dans ses conditions, ses conclusions, à titre subsidiaire, sur l'exception de nationalité française ne soulèvent pas de difficulté sérieuse nécessitant la transmission d'une question préjudicielle au juge judiciaire. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Pech-Cariou et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Chalbos, première conseillère,
Mme Jorda, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
V. B
Le président,
D. KATZLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026