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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103762

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103762

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2021, M. E D, représenté par Me Sarasqueta demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 15 mars 2021 ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où le requérant ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué, dès lors qu'il n'est pas produit de délégation de signature ;

- en application des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne cite aucun élément relatif à sa situation ;

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet, au moment du refus opposé, d'un nouvel entretien d'évaluation de vulnérabilité par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin, tel que prévu par les articles L.522-1 et L.522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en application des dispositions de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.

Par un courrier en date du 26 octobre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mis en demeure de produire ses observations dans un délai de trente jours.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022 par une ordonnance du 1er septembre précédent.

M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit un mémoire enregistré le 4 avril 2023

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D ressortissant russe d'origine tchétchène né le 25 mars 1997 à Vedensy, est entré sur le territoire français afin de demander son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 11 juin 2018, le préfet des Hautes-Pyrénées ayant estimé que la Pologne était responsable de l'examen de sa demande d'asile. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par une décision du 5 novembre 2018, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui en a suspendu le bénéfice au motif qu'il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti, en ne se présentant pas aux convocations en préfecture des 9 et 15 octobre 2018. Le 28 janvier 2021 sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée par le préfet de la Haute-Garonne et, le 15 mars 2021, il a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la décision attaquée du 7 juin 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, situé à Toulouse, a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'il ne justifiait pas des motifs de sa carence dans le respect des obligations auxquelles il avait consenti. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 7 juin 2021 et d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui en accorder le bénéfice, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 10 décembre 2021, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L.522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Et l'article L.522-2 du même code dispose que " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

4. Pour refuser, le 7 juin 2021, de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. D, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Toulouse s'est notamment fondé sur la circonstance que l'examen des besoins de l'intéressé et de sa situation personnelle et familiale ne faisait apparaître aucun facteur particulier favorable à ce rétablissement. Malgré une mise en demeure adressée le 26 octobre 2021 au directeur territorial de l'OFII, celui-ci n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de trente jours qui lui était imparti. En application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, l'administration est donc réputée acquiescé aux faits exposés par le requérant, non contredits par les pièces du dossier, selon lesquels il se trouvait dans un état de vulnérabilité eu égard notamment à la fragilité de son état de santé. Compte tenu de ces faits, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation .

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 juin 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Toulouse a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve que s'y oppose un changement dans les circonstances de fait à la date du présent jugement, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir au profit de M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à Me Sarasqueta sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de M D.

Article 2 : La décision du 7 juin 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sous réserve que s'y oppose un changement dans les circonstances de fait, de rétablir au profit de M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Sarasquete la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Sarasqueta et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La rapporteure,

V. BLe président,

D. KATZLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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