jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103763 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Durand, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel la préfète du Tarn lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à titre subsidiaire, de lui verser cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Les décisions attaquées :
- émanent d'un signataire incompétent ;
-sont entachées d'un défaut de motivation ;
-sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
La décision portant refus de séjour :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 313-10, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-méconnaît les dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
-méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de destination :
-est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
-méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'autorité préfectorale s'est estimée liée par le rejet de sa demande d'asile ;
-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chalbos, rapporteure,
- et les observations de Me Durand, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 25 novembre 1992 à Kinshasa, serait entrée en France le 21 octobre 2016, selon ses déclarations, et a sollicité son admission au titre de l'asile. Sa demande ayant été définitivement rejetée le 17 juillet 2018, une mesure d'éloignement a été prononcée à son encontre par arrêté préfectoral du 18 octobre 2018, lequel a été annulé par jugement du tribunal administratif de Toulouse du 30 novembre 2018. Mme B a ensuite été admise au séjour à compter du 29 janvier 2019 en raison de son état de santé, puis, à compter du 1er février 2020 et jusqu'au 1er mai suivant, en qualité de travailleur temporaire. Son titre de séjour a été exceptionnellement prolongé pour une durée de six mois en raison de la crise sanitaire. Le 15 janvier 2021, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 29 mars 2021, la préfète du Tarn a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 septembre 2021. Par suite, ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté du 13 août 2020, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture du Tarn, la préfète de ce département a donné délégation à M. Michel Laborie, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté contesté ne peut donc qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées. En particulier, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 313-11 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que de tels articles ne soient pas visés par l'arrêté attaqué est donc, en tout état de cause, sans incidence sur sa motivation.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que la préfète du Tarn se serait abstenue de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de Mme B avant d'édicter à son encontre les décisions litigieuses.
Sur la décision portant refus de séjour :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : () 2° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 dudit code. Cette carte est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. Elle porte la mention "travailleur temporaire" () ". L'article L. 5221-2 du code du travail auquel il est renvoyé dispose : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Enfin, l'article R. 5221-32 du code du travail dispose : " Le renouvellement d'une autorisation de travail () est sollicité dans le courant des deux mois précédant son expiration. / () L'autorisation de travail est renouvelée dans la limite de la durée du contrat de travail restant à courir () ".
7. Pour soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, Mme B se borne à faire valoir qu'elle a produit, à l'appui de sa demande, un contrat à durée à déterminée valable jusqu'au 29 février 2021, renouvelé jusqu'au 14 avril 2021. Ce faisant, elle ne conteste pas utilement le motif retenu par la préfète du Tarn pour refuser de renouveler le titre de séjour de l'intéressée, tenant à l'absence de transmission d'une demande d'autorisation de travail par son employeur, en dépit d'une invitation à compléter son dossier adressé par la préfète le 25 janvier 2021. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-10, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait assorti sa demande de renouvellement de son titre de séjour " travailleur temporaire " d'une demande de changement de statut au profit d'un titre " vie privée et familiale ", délivré de plein droit ou à titre exceptionnel. Il s'ensuit qu'elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Si Mme B se prévaut de sa présence régulière sur le territoire français depuis le mois d'octobre 2016, de son expérience professionnelle au sein d'entreprises de nettoyage et de l'association Regain'action, ainsi que de son engagement bénévole auprès du Secours populaire, ces seuls éléments ne suffisent pas à caractériser une intégration particulière en France où elle ne justifie d'aucune attache personnelle stable et intense et où elle apparaît isolée. Si elle fait état, sans l'établir, de la présence d'une sœur, il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier que celle-ci y résiderait en situation régulière et aurait vocation à se maintenir sur le territoire. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Tarn a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de renouveler son titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté
ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour pour demander l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français.
12. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de celle fixant le pays de destination.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
15. Mme B, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par les instances compétentes, soutient être menacée par les autorités congolaises du fait des opinions politiques qui lui sont attribuées. Elle n'apporte toutefois aucun élément susceptible d'accréditer la réalité et l'actualité des risques de traitements inhumains ou dégradants auxquels elle se dit exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
16. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Tarn se serait crue liée par le rejet de la demande d'asile de Mme B pour fixer le pays de destination de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.
17. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Tarn aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant le pays dont elle a la nationalité pour fixer le pays de destination de la mesure d'éloignement.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme B à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Durand et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Chalbos, conseillère,
Mme Jorda, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
La rapporteure,
C. CHALBOS
Le président,
D. KATZ La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2103763
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026