mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103765 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique chambre 4 |
| Avocat requérant | JM. PANFILI AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juin 2021 et 31 janvier 2022, M. G D, représenté par Me Panfili, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er juin 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse lui a infligé un blâme ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de retirer cette sanction de son dossier et de lui adresser un courrier de réhabilitation ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration n'a pas respecté le principe du contradictoire en refusant de lui communiquer son dossier puis en lui communiquant un dossier incomplet ;
- la réprimande du directeur académique des services de l'éducation nationale de 2015 ne devrait plus figurer à son dossier ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont ni établis ni fautifs ;
- la sanction infligée n'a pas tenu compte de sa situation médicale ; la sanction qui lui a été infligée est entachée d'une erreur " manifeste " d'appréciation ;
- il est victime d'une machination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut à l'irrecevabilité des conclusions tendant à enjoindre à l'administration d'adresser au requérant un courrier de réhabilitation et au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que :
- il ne relève pas du tribunal d'enjoindre à l'administration d'adresser au requérant un courrier de réhabilitation ;
- les autres moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Farges, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, professeur des écoles, a été affecté le 1er septembre 2019 à l'école élémentaire Ferdinand Buisson de Montauban, dans une classe de CE2/CM1. Le 29 janvier 2021, l'inspectrice de l'Education nationale (IEN), Mme F, est informée par deux courriers de la directrice de l'établissement, Mme C, des écarts de langage et du comportement inapproprié de M. D dans sa classe, ainsi que d'autres manquements à ses obligations professionnelles liées en particulier à ses relations avec ses collègues. Par un arrêté du 3 février 2021, le directeur académique des services de l'Education nationale de Tarn-et-Garonne (DASEN) a suspendu M. D de ses fonctions à titre conservatoire. Par un courrier du 19 mars 2021, à la suite des témoignages recueillis par l'IEN, le DASEN a informé M. D de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre. Par un arrêté du 1er juin 2021, dont M. D demande l'annulation, le DASEN lui a infligé un blâme.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. En dehors de l'hypothèse où les mesures sollicitées constituent des mesures d'exécution d'une décision rendue par lui, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Par suite, les conclusions présentées par M. D tendant à enjoindre à l'administration de lui adresser un courrier de réhabilitation doivent être rejetées comme irrecevables, en toute hypothèse.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
3. Aux termes du 3ème alinéa de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. " Et aux termes de l'article 1er du décret du 25 octobre 1984 susvisé : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. / Les pièces du dossier et les documents annexes doivent être numérotés. "
4. Premièrement, si M. D soutient que l'administration a refusé de lui communiquer son dossier, il ressort toutefois des pièces du dossier que le DASEN l'a prévenu, par un courrier du 19 mars 2021, qu'il pouvait consulter son dossier administratif dans les locaux de la direction des services départementaux de l'Education nationale du Tarn-et-Garonne puis, à la suite d'échanges entre le conseil de l'intéressé et le DASEN, que ce dernier lui a transmis une copie de son dossier, par un courrier du 11 mai 2021 reçu le 12 mai 2021, en précisant dans ce dernier qu'il disposait de 15 jours pour faire parvenir d'éventuelles observations écrites. En outre, il est constant que la sanction en litige a été prononcée le 1er juin 2021, soit après l'expiration de ce délai de 15 jours.
5. Deuxièmement, si M. D soutient que le dossier qui lui a été communiqué n'était pas complet dès lors qu'il ne comprenait pas de rapport d'enquête administrative, cependant le recteur fait valoir, sans que cela ne soit contesté, que ce rapport se limite aux courriers adressés par l'IEN au DASEN les 18 février et 4 mars 2021, qui relatent les entretiens conduits avec les élèves et leurs parents, respectivement, les 12 février et 4 mars 2021, et que M. D ne conteste pas avoir reçus dans les délais légaux.
6. Troisièmement, si M. D soutient que son dossier comportait une pièce qui ne pouvait légalement pas y figurer, à savoir la réprimande du DASEN à son encontre datant de 2015, toutefois le recteur conteste l'existence de cette pièce, sans être contredit et sans que M. D ne la verse au dossier.
7. Quatrièmement, si M. D reproche l'absence de l'IEN au conseil d'école du 9 mars 2021, toutefois il ne résulte ni de l'article D. 411-2 du code de l'éducation, relatif aux attributions de ce conseil, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire, que ce conseil aurait compétence pour débattre de la situation personnelle d'un enseignant. Par suite, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la sanction en litige.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens tirés du vice de procédure et de la méconnaissance du principe du contradictoire doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité interne :
9. Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée dans sa rédaction applicable à la date de la sanction attaquée : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : / - l'avertissement ; / - le blâme ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. () Parmi les sanctions du premier groupe, le blâme et l'exclusion temporaire de fonctions sont inscrits au dossier du fonctionnaire. Ils sont effacés automatiquement du dossier au bout de trois ans si aucune sanction n'est intervenue pendant cette période () ".
10. En premier lieu, M. D soutient que la sanction infligée est entachée d'une erreur d'appréciation. Premièrement, il conteste la matérialité de certains des faits qui lui sont reprochés. Ainsi, si la décision attaquée est en partie fondée sur le motif que l'intéressé ne respecterait pas les règles en vigueur dans l'école et au sein de l'équipe enseignante, en refusant les projets proposés, de transmettre des fiches de renseignement à la directrice et de travailler avec l'assistante anglaise, toutefois aucun de ces faits, sérieusement contestés par le requérant, ne ressort des pièces du dossier. En particulier, Mme B, assistante d'anglais, témoigne de sa bonne collaboration avec l'intéressé, tandis que les autres refus avancés par l'administration ne sont pas étayés. Ensuite, si le recteur fait grief à M. D de ne pas respecter les horaires de la classe, en faisant entrer les élèves trop tôt en classe, et d'ouvrir les fenêtres sans autoriser les élèves à garder leur manteau, toutefois ces griefs non circonstanciés ne sauraient être regardés comme établis. Deuxièmement, M. D conteste le caractère fautif des autres faits qui fondent la sanction en litige. D'abord, s'agissant de l'absence de récréation, il fait valoir que des jeux collectifs sont mis en place sur le temps de la récréation, en accord avec les élèves. Cette explication, qui n'est pas sérieusement contestée par le recteur, ne permet pas de caractériser un comportement fautif. En revanche, si M. D reconnaît avoir mangé deux fois en classe, en l'expliquant par un risque d'hypoglycémie, il ne verse au dossier aucune pièce médicale ni aucune justification sérieuse qui permettrait d'admettre ce comportement qui ne sied pas à un enseignant. De plus, si l'intéressé conteste seulement le nombre de lignes qu'il donne à recopier en guise de punition, en faisant valoir que cette sanction s'arrête après deux minutes, toutefois il ne remet pas en cause cette pratique qui ne correspond plus aux standards de l'éducation nationale, ainsi que le rappelle le recteur en défense. Enfin et surtout, M. D reconnaît utiliser les termes suivants à l'encontre des élèves qui commettent des erreurs ou salissent la classe : " haloufa " (truie, en arabe), " harmar " (âne, en arabe), " hichma " (la honte, en arabe). A ce titre, si l'intéressé soutient qu'il s'agit d'une forme d'humour, utilisée à des fins pédagogiques, qu'il s'appliquerait d'ailleurs aussi à lui-même, il ressort toutefois des pièces du dossier que, si certains de ses élèves n'ont pas de difficultés avec cette pratique, d'autres élèves en revanche, en particulier des jeunes filles et des élèves issus de l'immigration, ressentent ces propos comme des insultes ou des moqueries, ainsi qu'il résulte des rapports d'entretien de l'IEN. En tout état de cause, l'utilisation de tels noms d'animaux, à plus forte raison en langue arabe, dont l'usage n'est pas expliqué par le requérant et qui est susceptible de renvoyer aux origines, réelles ou supposées, de certains élèves, ne convient pas aux obligations de dignité et de bienveillance d'un enseignant envers ses élèves. Troisièmement, si M. D conteste la disproportion de la sanction de blâme qui lui a été infligée, au regard non seulement des faits reprochés, mais aussi de sa situation, toutefois il ne démontre pas le lien entre son état de santé et les faits reprochés, tandis que l'absence d'antécédent disciplinaire n'est pas une circonstance susceptible, à elle seule, de démontrer la disproportion d'une sanction de blâme, qui est une sanction du 1er groupe ainsi qu'il résulte des dispositions susmentionnées de la loi du 11 janvier 1984. Au vu de la gravité des propos tenus régulièrement par M. D, ainsi que de ses écarts de comportement consistant notamment à manger en classe, il résulte de l'instruction que le recteur aurait pris la même sanction de blâme s'il s'était fondé sur ces seuls motifs. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la sanction attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation.
11. En second lieu, M. D, qui allègue être la victime d'une " machination ", doit être regardé comme demandant l'annulation de la sanction en litige en ce qu'elle est entachée d'un détournement de procédure. Cependant, s'il soutient que la chronologie des faits révèlerait un parti pris négatif de l'administration à son endroit, toutefois la circonstance qu'il ait été suspendu de ses fonctions par un arrêté du 3 février 2021, qui n'est pas l'objet de la présente instance, à la suite de l'information de l'IEN le 29 janvier 2021, ne démontre aucunement une intention malveillante de l'administration. En outre, le témoignage, non daté, de Mme E, mère d'une des élèves de M. D, dont le recteur rappelle qu'elle n'était pas présente lors des entretiens conduits par l'IEN le 4 mars 2021, ne saurait remettre en cause à lui seul les autres témoignages recueillis ce jour-là, et encore moins les propos régulièrement tenus par M. D, qu'il reconnaît lui-même ainsi qu'il a été exposé au point précédent. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un détournement de procédure.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la sanction infligée par le recteur de l'académie de Toulouse en date du 1er juin 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D et au ministre de l'Education nationale et de la jeunesse.
Une copie sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de Toulouse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
Le magistrat désigné,
S. A
La greffière,
S. SORABELLA La République mande et ordonne au ministre de l'Education nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026