vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BILLA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2021, Mme B A, représentée par Me Falquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2021 par lequel le maire de Drémil-Lafage a refusé de lui délivrer un permis d'aménager modificatif portant sur la création de deux lots destinés à accueillir cinq logements sur un terrain sis avenue de Lanta à Drémil-Lafage ;
2°) d'enjoindre au maire de Drémil-Lafage de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la circonstance que le formulaire CERFA joint à sa demande de permis d'aménager ne corresponde pas au contenu de sa demande ne saurait justifier le refus qui lui a été opposé alors qu'il ressortait clairement des pièces du dossier que sa demande portait sur la modification d'un permis d'aménager en cours de validité ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'article 3 du plan de prévention des risques naturels inondation et mouvement de terrain est entaché d'erreur d'appréciation ; le projet n'entraîne pas d'aggravation du risque inondation alors que la surface de plancher autorisée n'est pas modifiée ;
- les dispositions communes du plan local d'urbanisme intercommunal et de l'habitat (PLUi-H) de Toulouse métropole relatives au patrimoine bâti ou naturel du paysage ne sont pas directement opposables au projet ; en tout état de cause, le permis modificatif n'a pas pour effet de densifier le projet initial puisque la surface de plancher autorisée reste la même.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 juillet 2022 et le 8 mars 2023, la commune de Drémil-Lafage, représentée par Me Billa, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision purement confirmative ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 21 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023.
Par un courrier du 26 février 2024, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que l'arrêté du 27 avril 2021 portant refus de délivrance d'un permis d'aménager modificatif est dépourvu de base légale du fait de l'annulation du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de Toulouse Métropole approuvé par une délibération du 11 avril 2019 par deux jugements du tribunal des 30 mars 2021 et 20 mai 2021, confirmés par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Bordeaux n°21BX02287, 21BX02288 en date du 15 février 2022.
Par un mémoire enregistré le 29 février 2024, la commune de Drémil-Lafage a présenté des observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office par le tribunal.
Elle fait valoir que la décision attaquée peut être légalement fondée sur les dispositions liminaires applicables à la zone UD du plan local d'urbanisme de Drémil-Lafage, remis en vigueur par l'annulation du PLUi-H de Toulouse Métropole et sollicite une substitution de base légale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rousseau,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- et les observations de Me Billa, représentant la commune de Drémil-Lafage.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a sollicité le 18 août 2017 un permis d'aménager un lotissement de deux lots destinés à accueillir deux logements sur un terrain sis avenue de Lanta à Drémil-Lafage (Haute-Garonne). Ce permis d'aménager lui a été accordé par un arrêté du maire de Drémil-Lafage du 3 janvier 2018. Le 2 février 2021, Mme A a déposé une demande de permis d'aménager modificatif prévoyant la construction de quatre villas mitoyennes sur le lot B. Par un arrêté du 27 avril 2021, le maire de Drémil-Lafage a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. La commune de Drémil-Lafage fait valoir que Mme A s'est vue opposer un premier refus de permis d'aménager modificatif par un arrêté du 7 décembre 2020 et que l'arrêté attaqué, qui porte sur un projet identique, présente un caractère purement confirmatif du premier refus, rendant ainsi la présente requête tardive et, par suite, irrecevable. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, le recours dirigé contre l'arrêté du 7 décembre 2020 étant encore pendant devant le tribunal administratif et que cette décision n'était donc pas devenue définitive. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la commune ne peut qu'être écartée.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :
4. En premier lieu, si la pétitionnaire a utilisé le formulaire relatif aux demandes de permis d'aménager, ne correspondant pas à celui qu'elle aurait dû utiliser compte tenu de la nature du projet, qui portait sur un permis d'aménager modificatif, la consistance du projet ressortait toutefois clairement des pièces du dossier. Par suite, et alors qu'il n'est pas allégué par la commune que l'usage d'un formulaire différent aurait imposé à la pétitionnaire de donner à la commune des informations ou des pièces complémentaires, le maire de Drémil-Lafage ne pouvait se fonder sur ce motif pour refuser à Mme A la délivrance du permis d'aménager modificatif sollicité.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article 3 du règlement applicable en zone bleue du plan de prévention des risques naturels inondation et mouvement de terrain de la commune de Drémil-Lafage : " Les occupations et utilisations sont, par dérogation à la règle commune, autorisables, à condition : / qu'elles n'aggravent pas les risques, / qu'elles n'en provoquent pas de nouveaux, / qu'elles ne présentent qu'une vulnérabilité restreinte, / qu'elles respectent les principes de prévention et de sauvegarde des biens et des personnes, / qu'elles respectent les prescriptions figurant à la rubrique " PRESCRIPTIONS ", ci-dessous () ".
6. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
7. Pour refuser le permis d'aménager modificatif en litige, le maire de Drémil-Lafage a relevé qu'alors que le terrain d'assiette était situé en zone bleue du PPRN précité, le projet, qui augmente le nombre de constructions sur le lot B de manière importante, n'apportait aucun renseignement quant aux moyens mis en œuvre pour limiter les risques, pour ne pas en provoquer de nouveaux et pour respecter les principes de prévention et de sauvegarde des biens et futurs occupants des lieux, et qu'au regard de ses caractéristiques, il était de nature à porter atteinte à la sécurité des habitants du quartier. Toutefois, il n'est pas établi que le projet de modification du lotissement en litige, qui porte sur la seule division d'une parcelle en deux lots, en prévoyant la possibilité de construire quatre villas mitoyennes sur le lot B, impliquerait l'implantation de constructions dont la compatibilité avec la règle précitée ne pourra être ultérieurement assurée, notamment lors de la délivrance des autorisations de construire requises. Dès lors, c'est à tort que le maire de Drémil-Lafage a refusé de délivrer à Mme A le permis d'aménager modificatif sollicité au motif que le projet méconnaît les dispositions du PPRN inondation et mouvement de terrain et les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 600-12-1 du code de l'urbanisme : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions de refus de permis ou d'opposition à déclaration préalable. Pour ces décisions, l'annulation ou l'illégalité du document d'urbanisme leur ayant servi de fondement entraîne l'annulation de ladite décision ".
9. Pour refuser de délivrer le permis d'aménager modificatif en litige, le maire de Drémil-Lafage s'est également fondé sur les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de Toulouse métropole approuvé par une délibération du 11 avril 2019. Par deux jugements des 30 mars 2021 et 20 mai 2021, confirmés par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Bordeaux n° 21BX02287, 21BX02288 en date du 15 février 2022, le tribunal a annulé cette délibération. Par suite, la décision de refus de délivrance du permis d'aménager modificatif ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de Toulouse métropole. A cet égard, si la commune de Drémil-Lafage fait valoir que l'arrêté trouve son fondement dans les dispositions liminaires applicables à la zone UD du plan local d'urbanisme de Drémil-Lafage, remis en vigueur par l'annulation du PLUi-H de Toulouse Métropole, et sollicite une substitution de base légale, ces conclusions ont été présentées après la clôture de l'instruction.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2021 par lequel le maire de Drémil-Lafage a refusé de lui délivrer un permis d'aménager modificatif.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement implique que le maire de Drémil-Lafage procède, ainsi que le demande Mme A, au réexamen de sa demande de permis d'aménager modificatif, dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Drémil-Lafage au titre des frais exposés par elle.
13. Ces dispositions font également obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 avril 2021 du maire de Drémil-Lafage est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Drémil-Lafage de réexaminer la demande de permis d'aménager modificatif déposée par Mme A le 2 février 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Drémil-Lafage présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Drémil-Lafage.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La rapporteure,
M. ROUSSEAU
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026