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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103839

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103839

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2021 et le 15 octobre 2021, M. E, représenté par Me Saliha Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de résident valable dix ans ou, à défaut, de lui délivrer une carte de résident longue durée UE et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que la décision attaquée :

- est prise par un signataire incompétent ;

- est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des articles L. 314-8 et R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses intérêts privés et professionnels sur le territoire national.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant angolais né le 12 janvier 1974, serait entré irrégulièrement en France le 21 mars 2012 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 31 juillet 2012. M. E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 27 août 2012 avant de bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, régulièrement renouvelé entre le 26 décembre 2013 et le 17 janvier 2017. Le 14 novembre 2016, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sous couvert d'un changement de statut en qualité de salarié. Par un jugement du 19 novembre 2019, le tribunal administratif de Toulouse a, d'une part, annulé l'arrêté du 20 mars 2019 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler le titre de séjour du requérant, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et, d'autre part, enjoint au préfet de délivrer à l'intéressé un titre de séjour l'autorisant à travailler. M. E a sollicité, le 11 février 2021, la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans, sur le fondement de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 2 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre sollicité. Par sa requête, M. E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2020-290 le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme. Galinié pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / -restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. D'une part, la décision litigieuse mentionne explicitement les textes applicables à la demande de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans. Par suite, l'arrêté n'est pas insuffisamment motivé en droit. D'autre part, la décision du 2 mars 2021 mentionne explicitement que le préfet de la Haute-Garonne a refusé la délivrance de ladite carte de résident au motif que le requérant ne démontrait pas disposer de ressources stables et suffisantes sur une période d'au moins cinq ans. Ainsi, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : / 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires ou pluriannuelles ou de l'une des cartes de résident prévues au présent code, à l'exception de celles délivrées sur le fondement des articles L. 313-7, L. 313-7-1, L. 313-7-2 ou L. 313-13, du 3° de l'article L. 313-20, des articles L. 313-23, L. 316-1 ou L. 317-1 ou du 8° de l'article L. 314-11. () / 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () / 3° D'une assurance maladie () ". Aux termes de l'article R. 314-1-1 du même code, pour l'application de l'article L. 341-8 susvisé : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 en présentant, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 314-1, les pièces suivantes : () / 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise, soit si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, soit en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande. (). ".

7. Aux termes de l'article 5 de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée : " 1. Les États membres exigent du ressortissant d'un pays tiers de fournir la preuve qu'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille qui sont à sa charge : / a) de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses propres besoins et à ceux des membres de sa famille sans recourir au système d'aide sociale de l'État membre concerné. Les États membres évaluent ces ressources par rapport à leur nature et à leur régularité et peuvent tenir compte du niveau minimal des salaires et pensions avant la demande d'acquisition du statut de résident de longue durée () ".

8. En l'espèce, pour refuser à M. E la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifiait pas de ressources suffisamment stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins, telles que prévues par les dispositions précitées.

9. Il ressort des pièces produites au dossier par M. E, et notamment des avis d'imposition, qu'il présentait, pour les années 2016, 2017, 2018 et 2019, un revenu fiscal de référence de respectivement 19 190 euros, soit 1 599,16 par mois, 13 801 euros, soit 1 150,08 par mois, 17 062 euros, soit 1 421,83 par mois, et 7 470 euros, soit 622,5 par mois. Pour l'année de 2020, M. E fournit plusieurs bulletins de salaire, lesquels indiquent des revenus de 744,13 euros en janvier, 259,66 euros en février, 591,14 euros en septembre, 641,75 euros en octobre et 317,12 euros en novembre, soit un total de 3 081 euros pour l'année. En outre, l'intéressé établit avoir reçu 5 260,97 euros au titre de l'aide au retour à l'emploi pour cette même année, portant le total à 8 342,5 euros, soit 695,20 euros par mois. Pour l'année 2021, le requérant indique avoir reçu un revenu de 317,12 euros pour le mois de mars et une aide au logement de 901 euros du 17 janvier au 28 février, mais qui, en tant qu'aide sociale, ne peut être prise en considération. Si M. E invoque un préjudice qu'il aurait subi sur ses revenus au titre de l'année 2019 du fait de l'arrêté préfectoral du 20 mars 2019 annulé par le tribunal administratif de Toulouse, les éléments qu'il produit sur l'ensemble des cinq années précédant la décision attaquée ne démontrent pas l'existence de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins, telles que prévues par les textes susvisés. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment au regard des années 2020 et 2021, que le requérant n'établit pas présenter une évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et la régularité de ses revenus. Enfin, il n'établit pas plus être propriétaire de son logement en France ou en jouir à titre gratuit. Dans ces conditions, M. E n'est fondé à soutenir ni que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation sur le montant de ses revenus.

10. En quatrième lieu, M. E soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle dans la mesure où il réside depuis plus de neuf ans sur le territoire national où il a fixé le centre de ses intérêt privés et professionnels. Le requérant se prévaut notamment de la présence de deux de ses cinq enfants en France. Il est constant que le préfet de la Haute-Garonne a seulement décidé de lui refuser la délivrance d'une carte de résident et a, en outre, décidé de faire procéder à l'examen du renouvellement de son titre de séjour. Ainsi, la présente décision n'a pour effet ni de l'obliger à quitter le territoire français ni de l'empêcher d'exercer un emploi. Dès lors, il ne fait pas état de circonstances permettant d'estimer que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences dudit refus sur sa situation personnelle. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

L'assesseure la plus ancienne

V. JORDA

Le président-rapporteur,

D. A La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

N°2103839

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