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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103862

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103862

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juin 2021 et le 5 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Amari-de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 513 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation sur les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Garonne soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 novembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme D,

-et les observations de Me Amari de Beaufort, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovar né le 10 juillet 1977, est entré en France selon ses déclarations le 7 mars 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 juillet 2017 et de la Cour nationale du droit d'asile du 30 novembre 2017. Il a sollicité le 14 janvier 2020 la délivrance d'un titre de séjour. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, sa compagne et sa fille mineure ont été hébergés, dès leur arrivée sur le territoire français en mars 2017, par une ressortissante française et sa famille avec qui des liens amicaux d'une particulière intensité et stabilité se sont tissés, comme en attestent les témoignages précis et circonstanciés ainsi que les photographies prises sur une période de plus de deux ans entre 2018 et 2020, produits à l'appui de la requête. En outre, M. A justifie, par la production de deux certificats médicaux précis et circonstanciés établis les 4 et 5 avril 2019, que sa compagne bénéficie d'un suivi psychologique depuis mai 2017 et d'un suivi psychiatrique depuis janvier 2018, et qu'un retour au Kosovo l'exposerait à des traumatismes et blessures psychologiques d'une exceptionnelle gravité allant jusqu'au passage à l'acte suicidaire. Il ressort également des pièces du dossier que la fille du couple, qui est entrée sur le territoire français à l'âge de 3 ans, était inscrite à l'école depuis quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. En outre, le requérant justifie par la production de plusieurs témoignages circonstanciés effectuer des travaux pour des particuliers pour lesquels son courage, sa politesse, sa ponctualité et son goût du travail bien fait sont soulignés. Ce dernier établit également s'être investi à titre de bénévole dans deux associations, dont l'association " Alter'Ego ", reconnue d'utilité publique, au sein de laquelle il participe depuis 2017 notamment aux cours de français, à la mise en place des activités et à la confection de plats lors de manifestations festives, démontrant ainsi avoir accompli de réels efforts d'intégration. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A aurait conservé des liens privés et familiaux dans son pays d'origine. Si le requérant a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français le 9 avril 2018 et le 13 septembre 2019, la première a été retirée par le préfet de la Haute-Garonne le 17 mai 2018 et la seconde annulée par le tribunal administratif de Toulouse par jugement n° 1905685 du 2 décembre 2019. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme démontrant avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de refus de séjour attaquée doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination, privées de base légale, doivent également être annulées.

Sur les conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté attaqué du 19 mai 2021, implique nécessairement, eu égard au motif fondant cette annulation, que le préfet de la Haute-Garonne délivre à M. A une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Amari-de Beaufort renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Amari-de Beaufort de la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 mai 2021 du préfet de la Haute-Garonne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Amari-de Beaufort la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Amari-de Beaufort et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

B. D

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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