jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP JOSEPH AGUERA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2021 et le 28 avril 2023, M. A B, représenté par Me Renaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a autorisé son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le comité de représentation des gérants non-salariés n'a pas été consulté avant que ne lui soit proposé un poste de reclassement, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 1226-2 du code du travail et de l'accord collectif du 18 Juillet 1963 ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la société Distribution Casino France n'a pas respecté son obligation de reclassement ; elle n'a pas effectué de recherche de reclassement sur des postes de salariés au sein de la société ; elle a uniquement recherché des postes de reclassement de gérant non-salarié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2021, le ministre du travail, de l'insertion et de l'emploi conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 avril 2023 et le 24 mai 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société Distribution Casino France, représentée par Me Boisadam, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mai 2023.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- l'accord collectif du 18 Juillet 1963, modifié par l'avenant n° 68 du 26 novembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Péan, rapporteure,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 11 mai 2007, M. B et son épouse ont conclu avec la société Distribution Casino France un contrat de cogérance pour la gestion d'une succursale de commerce de détail alimentaire, dénommée " petit casino ", exploitée sur le territoire de la commune de Saintes. M. B a été élu, le 28 mai 2019, membre suppléant du comité des gérants mandataires non-salariés de la région Ouest de la société Distribution Casino France. Par un avis du 16 décembre 2019, le médecin du travail l'a déclaré inapte à son poste de travail, en précisant que l'origine de l'inaptitude lui permettait de participer à une formation professionnelle. Par un courrier du 23 juin 2020, la société Distribution Casino France a sollicité l'autorisation de licencier M. B pour inaptitude. Par décision du 16 juillet 2020, l'inspecteur du travail a rejeté cette demande. Saisi d'un recours hiérarchique par la société Distribution Casino France, le Ministre du travail, de l'insertion et de l'emploi a, par une décision du 6 mai 2021, annulé la décision de l'inspecteur du travail du 16 juillet 2020, retiré sa décision implicite de rejet née le 15 janvier 2021 et autorisé le licenciement pour inaptitude de M. B. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal d'annuler la décision du 6 mai 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 7322-1 du code du travail : " Les dispositions du chapitre Ier sont applicables aux gérants non-salariés définis à l'article L. 7322-2, sous réserve des dispositions du présent chapitre. / L'entreprise propriétaire de la succursale est responsable de l'application au profit des gérants non-salariés des dispositions du livre Ier de la troisième partie relatives à la durée du travail, aux repos et aux congés, ainsi que de celles de la quatrième partie relative à la santé et à la sécurité au travail lorsque les conditions de travail, de santé et de sécurité au travail dans l'établissement ont été fixées par elle ou soumises à son accord. / Dans tous les cas, les gérants non-salariés bénéficient des avantages légaux accordés aux salariés en matière de congés payés. / Par dérogation aux dispositions des articles L. 3141-1 et suivants relatifs aux congés payés, l'attribution d'un congé payé peut, en cas d'accord entre les parties, être remplacée par le versement d'une indemnité d'un montant égal au douzième des rémunérations perçues pendant la période de référence. / Les obligations légales à la charge de l'employeur incombent à l'entreprise propriétaire de la succursale. ". Aux termes de l'article L. 7322-2 du même code : " Est gérant non salarié toute personne qui exploite, moyennant des remises proportionnelles au montant des ventes, les succursales des commerces de détail alimentaire ou des coopératives de consommation lorsque le contrat intervenu ne fixe pas les conditions de son travail et lui laisse toute latitude d'embaucher des salariés ou de se faire remplacer à ses frais et sous son entière responsabilité. / La clause de fourniture exclusive avec vente à prix imposé est une modalité commerciale qui ne modifie pas la nature du contrat. ". Aux termes de l'article L. 1622-2 code du travail : " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. / Cette proposition prend en compte, après avis du comité social et économique lorsqu'il existe, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur la capacité du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. ". Enfin, aux termes de l'article 36 de l'accord du 18 juillet 1963 modifié par l'avenant n° 68 du 26 novembre 2018 relatif à la mise en place du comité social économique : " () Le comité de représentation des gérants mandataires non salariés est consulté sur les déclassements éventuels intervenant en application des critères définis à l'article 4 ci-dessus ; il est, par ailleurs, régulièrement tenu informé des reclassements (information et suivi de la situation des gérants mandataires non salariés concernés), fermetures (information et suivi de la situation des gérants mandataires non salariés concernés) et ouvertures de succursales ; il donne son avis, dans les conditions fixées par la loi sur le plan de formation des gérants mandataires non salariés et est tenu régulièrement informé du contenu et du déroulement de la formation des nouveaux gérants mandataires non-salariés ; il examine les questions relatives à l'hygiène et la sécurité dans les succursales qui sont signalées par ses membres () ".
3. En premier lieu, M. B fait valoir que la procédure suivie en interne par l'employeur est irrégulière en l'absence de consultation préalable du comité de représentation des gérants non-salariés sur les possibilités de reclassement. Toutefois, il ressort des stipulations précitées de l'article 36 de l'accord du 18 juillet 1963 modifié que ce comité, régi par les stipulations de cet accord et non par les dispositions du code du travail, notamment celles de son article L. 1622-2, est simplement tenu régulièrement informé des reclassements et n'a pas à être sollicité pour avis sur les propositions de reclassement faites à un gérant non-salarié préalablement à un éventuel licenciement pour inaptitude. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère vicié de la procédure menée en interne dans le cadre du licenciement de M. B doit être écarté.
4. En second lieu, en vertu des dispositions du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement d'un salarié protégé est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que l'employeur a, conformément à l'article L. 1226-2 du code du travail, cherché à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités, le cas échéant par la mise en œuvre, dans l'entreprise, de mesures telles que mutations ou transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail. Le licenciement ne peut être autorisé que dans le cas où l'employeur n'a pu reclasser le salarié dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, menée tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.
5. Dans son avis du 16 décembre 2019, le médecin du travail a reconnu M. B inapte à son poste actuel en précisant que l'origine de son inaptitude, si elle n'autorisait pas la transformation de son poste actuel, lui permettait toutefois de participer à une formation professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que pour satisfaire à son obligation de reclassement, la société Distribution Casino France a saisi à plusieurs reprises le médecin du travail afin d'obtenir des précisions quant aux possibilités de reclassement de M. B. En l'absence de réponse, le directeur régional Région Ouest a proposé à l'intéressé d'être reclassé, non pas sur un poste de catégorie deux impliquant une cogérance, mais sur un poste de gérance de première catégorie, qui constitue, aux termes de l'article 4 de l'accord collectif national susvisé du 18 juillet 1963, une gérance d'appoint attachée à une succursale dont l'importance et les modalités d'exploitation n'exigent l'activité que d'une seule personne. Trois postes de cette nature lui ont ainsi été proposés dans les départements des Alpes-Maritimes, de la Loire et de l'Indre-et-Loire, à l'échelle du réseau " intégré " du groupe Distribution de Casino. M. B, qui ne conteste pas que ces trois offres de gérance non salariée correspondaient à ses capacités et à son état de santé, n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elles n'auraient pas été sérieuses. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la société Distribution Casino France, à laquelle il appartenait de lui proposer un emploi le plus comparable possible à celui précédemment occupé sans qu'elle soit tenue d'étendre ses recherches à des emplois relevant d'un autre statut que celui de gestionnaire non-salarié, aurait méconnu son obligation de procéder à des recherches sérieuses de reclassement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur d'appréciation en ce qu'elle a considéré que la recherche de reclassement de M. B avait été loyale et sérieuse doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B en application de cet article. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la société Distribution Casino France présentée sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Distribution Casino France présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société Distribution Casino France, et au ministre du Travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, conseiller,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La rapporteure,
C.PEAN
La présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi e de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026