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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104070

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104070

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAMALRIC-ZERMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2021, M. E F, représenté par Me Almaric-Zermati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, et dans l'attente, de lui délivrer sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, de lui verser directement cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français, qu'il a été victime d'un employeur peu scrupuleux pendant plusieurs années, qu'il est intégré dans la société française et qu'il y a développé des liens affectifs stables ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant fixation du pays de renvoi méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. F n'est fondé.

Par ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2022 à 12 heures.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E F, ressortissant colombien, né le 24 décembre 1981, est entré régulièrement en France le 20 août 2013 muni d'un passeport revêtu d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Le 1er octobre 2014, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant, régulièrement renouvelé jusqu'au 30 septembre 2016. Suite à son interpellation dans le cadre d'un contrôle d'identité, le préfet de la Haute-Garonne a pris à son encontre le 27 juin 2019 un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. Le 13 novembre 2020, M. F a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020, publié le même jour au recueil n° 31-2020-290 des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour ainsi que les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

5. M. F se prévaut de sa présence depuis huit ans sur le territoire français. Toutefois, si l'intéressé est entré sur le territoire français en 2013 pour y suivre des études supérieures, il n'avait pas vocation à se maintenir sur le territoire au terme de celles-ci. En outre, entre 2016 et 2020, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 27 juin 2019 à laquelle il n'a pas déféré. S'il fait valoir qu'il est bien intégré sur le territoire français et qu'il y a noué des liens affectifs stables, la seule production de nombreuses quittances de loyer ne permet de caractériser ni une insertion sociale significative ni l'existence de liens forts et stables qui le rattacherait à ce territoire. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant, n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Par ailleurs, M. F fait valoir qu'il a été victime d'un employeur peu scrupuleux ayant profité de l'irrégularité de son séjour, et, produit à ce titre, un récapitulatif non sourcé des heures de travail qu'il a effectuées, une lettre du 29 septembre 2020 par laquelle le ministère du travail, de l'emploi et de l'insertion lui demande de produire des éléments quant à sa situation ainsi qu'un mémoire qu'il a produit devant le conseil des prud'hommes postérieurement à la décision attaquée. Toutefois, l'ensemble de ces circonstances ne constituent pas des motifs exceptionnels ou répondant à des considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. En l'espèce, eu égard aux éléments énoncés au point 5, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. M. F fait valoir qu'il règne un climat d'insécurité en Colombie en raison de l'existence d'une une criminalité organisée et de groupes armés conduisant des opérations terroristes. Toutefois, l'intéressé, lequel n'a au demeurant jamais formulé de demande d'asile, n'établit pas, par la seule production d'une carte de son pays d'origine, la réalité et l'existence de menaces actuelles et personnelles auxquelles il serait exposé en cas de retour en Colombie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 9 juin 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à Me Almaric-Zermati et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme C, magistrate honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

C. PEAN

Le président,

D. KATZ

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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