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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104073

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104073

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet et 6 août 2021, M. Brahim Si AHMED, représenté par M. Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale ou en qualité de salarié, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'ensemble des décisions :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont entachées d'un défaut de motivation ;

- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 7 § b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail en tant que le préfet lui a opposé son absence de visa de long séjour et n'a pas transmis son contrat de travail aux services du ministère chargé de l'emploi ;

- méconnaît les stipulations des articles 6 § 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- méconnaît les lignes directrices de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 17 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. TRUILHÉ.

Considérant ce qui suit :

1. M. Brahim SI AHMED, né le 17 mars 1989 à Oran, de nationalité algérienne, est entré en France le 19 juillet 2013, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a fait l'objet le 20 octobre 2014 d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été définitivement confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel du 24 mars 2016. Le 8 septembre 2020, il a sollicité auprès du préfet de la Haute-Garonne la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié, en se prévalant d'une promesse d'embauche pour un poste de technicien en fibre optique sous couvert d'un contrat à durée indéterminée. Par un arrêté du 10 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour tant en qualité de salarié sur le fondement de l'article 7 § b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qu'au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article 6 § 5 du même accord, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi, aux motifs, s'agissant de l'admission au séjour en qualité de salarié, qu'il ne détenait pas de visa de long séjour, ne produisait pas de contrat de travail visé par les services du ministère chargé de l'emploi et qu'il ne justifiait pas de sa qualification pour l'emploi envisagé, s'agissant de l'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, qu'il n'établissait pas la continuité de sa présence sur le territoire national depuis son entrée en France en 2013 et qu'il était en tout état de cause divorcé et sans charge de famille sur le territoire national et, s'agissant de la fixation du pays de renvoi, qu'il ne justifiait pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Algérie. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, Mme Catherine Galinié, directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté en litige, a reçu délégation, par arrêté du 2 avril 2020 du préfet de

la Haute-Garonne publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer les décisions de refus de titre de séjour, les décisions prévues à l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les décisions fixant le pays de renvoi. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. Si M. SI AHMED soutient que les décisions sont insuffisamment motivées, il ressort de la motivation décrite au point 1 que l'arrêté attaque´ comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour, ainsi que celles qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, pris en ses différentes décisions, doit être écarté comme manquant en fait.

5. En dernier lieu, la motivation de l'arrêté litigieux décrite au point 1 ne révèle pas que les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination n'auraient pas été précédées d'un examen particulier de la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance du titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes du § b de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Et aux termes de l'article 9 du même accord : " Sans préjudice des stipulations du Titre I du protocole annexé au présent accord et de l'échange de lettres modifié du 31 août 1983, les ressortissants algériens venant en France pour un séjour inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises. Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. "

7. Il est constant que M. SI AHMED ne disposait pas, à l'appui de sa demande d'admission au séjour en qualité de salarié, du visa de long séjour exigé par les stipulations combinées des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne pouvait, sans erreur de droit au regard des stipulations de l'article 7 § b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail ni erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur ce seul élément pour lui refuser le certificat de résidence en qualité de salarié prévu par l'article 7 § b dudit accord.

8. En deuxième lieu, aux termes du § 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

9. A supposer que M. SI AHMED soit présent de manière continue sur le territoire national depuis son entrée en France sous couvert d'un visa de court séjour en juillet 2013, il est constant qu'il est divorcé et sans charge de famille sur le territoire français, qu'âgé de trente-deux ans à la date de la décision de refus de séjour, il ne justifie ni de ressources ni d'un logement personnel et que, nonobstant la présence en France de ses parents et de quatre de ses frères et sœurs, de nationalité française ou en situation régulière, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où résident un de ses frères et une de ses sœurs. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des articles 6 § 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

10. En dernier lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que celle-ci ne comporte pas de lignes directrices dont il serait fondé à se prévaloir.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. SI AHMED n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour prise le 10 juin 2021 par le préfet de la Haute-Garonne à son encontre, ni, par voie de conséquence, des décisions de même date lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. SI AHMED est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Brahim SI AHMED et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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