jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104116 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021, Mme E D et M. C B, représentés par Me Laspalles, demandent au tribunal :
1°) de les admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 17 juin 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer leur demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros, à verser à leur conseil sur le fondement combiné de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas pris en compte leur vulnérabilité et n'a ainsi pas procédé à un examen attentif et individualisé de leur situation ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour leur refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur leur situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants sont devenues sans objet ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 juillet 2023.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lucas, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante géorgienne, née le 25 septembre 1970, déclare être entrée en France le 25 février 2020 avec son époux, M. B, également de nationalité géorgienne. Ils ont sollicité leur admission au bénéfice de l'asile le 28 février 2020 et ont été placés en procédure dite " Dublin III ". Le 6 août 2020, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de leur transfert vers l'Autriche, pays responsable de l'examen de leur demande d'asile et les a assignés à résidence. A partir du 9 septembre 2020, Mme D et M. B ne se sont plus présentés aux services de police et ont été déclarés en fuite. Par un courrier du 24 novembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration leur a notifié son intention de leur suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, par une décision du 12 décembre 2020, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à cette suspension. A l'expiration du délai de transfert, les demandes d'asile de Mme D et M. B ont été enregistrées en procédure normale le 3 mai 2021 et ils ont présenté une demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 17 juin 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté leur demande.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Par une décision du 17 janvier 2022, postérieure à l'introduction de la requête, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire des requérants, qui ont présenté une requête commune, est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision attaquée vise la directive européenne du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à l'espèce. Elle mentionne que les intéressés ont fait l'objet d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil le 21 décembre 2020 au motif qu'ils n'ont pas respecté leur obligation de se présenter aux autorités compétentes et qu'ils ne justifient pas des raisons pour lesquelles ils n'étaient pas en mesure de respecter cette obligation. Elle expose également que leur situation personnelle et familiale et leurs besoins ont été examinés. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
6. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
7. En l'espèce, les requérants ne peuvent donc pas utilement se prévaloir de l'absence d'entretien de vulnérabilité avant que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne se soit prononcé sur leur demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme D et M. B ont bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 19 mai 2021, au cours duquel ils ont notamment déclaré être hébergés chez une connaissance. En outre, par un avis du 3 juin 2021, le médecin coordonnateur de zone de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fixé le niveau de vulnérabilité de Mme D à 1, ce qui équivaut à une priorité pour un hébergement, sans caractère d'urgence et celui de son époux à 0, ce qui équivaut à une absence de priorité pour un hébergement pour des raisons de santé. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas pris en compte la situation de vulnérabilité des requérants et n'aurait pas procédé à un examen attentif et individualisé de leur situation.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser aux requérants le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
9. En dernier lieu, les requérants soutiennent qu'ils souffrent de problèmes de santé et sont ainsi dans une situation de particulière vulnérabilité. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier qu'ils sont suivis médicalement dans le cadre d'un projet de grossesse et que Mme D a été opérée d'un myome de type 2 en novembre 2020, ces éléments ne suffisent pas à remettre en cause l'appréciation de leur vulnérabilité faite par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, telle que rappelée au point 7. En outre, si Mme D soutient qu'elle n'a pas pu se présenter aux services de police en raison de son hospitalisation, il ressort des pièces du dossier qu'elle a été hospitalisée le 27 novembre 2020, alors qu'elle ne se présentait plus au commissariat depuis le 9 septembre 2020, de telle sorte que son absence de présentation aux convocations de l'autorité administrative n'est pas justifiée. Dans ces conditions, en refusant de faire droit à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil des requérants, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme D et M. B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 17 juin 2021. Leur requête doit donc être rejetée, y compris leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme D et M. B tendant à leur admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme D et M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à M. C B, à Me Laspalles et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
Mme Lequeux, conseillère,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
E. LUCAS
Le président,
P. GRIMAUD
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026