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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104124

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104124

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDE BOYER MONTÉGUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021, M. B C, représenté par Me de Boyer Montégut, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'erreurs de fait concernant l'ancienneté de la communauté de vie et les perspectives d'insertion professionnelle ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte pour lui-même et sa famille.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me de Boyer Montégut, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, de nationalité mongole, serait entré en France, selon ses déclarations, le 1er février 2014. Il a sollicité un titre de séjour, le 25 septembre 2018, pour raisons de santé. Par arrêté du 28 mai 2019 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Toulouse le 2 juin 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 25 novembre 2021, M. C a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile. Par arrêté du 7 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. M. C demande l'annulation de ces décisions et à ce qu'il soit enjoint à l'administration de lui délivrer un titre de séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

3. D'une part, il est vrai que le préfet s'est à tort fondé sur l'absence de vie commune démontrée depuis le mariage du requérant, alors que l'acte de mariage comme la promesse d'embauche mentionnent l'adresse commune du couple. Mais il ne ressort pas des justificatifs de domicile qui ne font apparaître que le nom de l'épouse du requérant, ni du fait que la notification des précédentes décisions administratives et juridictionnelles ont été faites à ce domicile, ni encore des attestations des tiers, qui n'indiquent aucune date ou de celles de l'épouse et de la fille de celle-ci, que la vie commune aurait débuté en 2014 comme il est soutenu. Dès lors, la seule erreur de fait sur l'existence de la vie commune depuis le mariage n'est pas de nature à vicier la décision contestée, dès lors que le préfet aurait pris la même décision s'il avait retenu une durée de vie commune de 1 an et 9 mois à la date où il a statué.

4. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, le requérant présentait des perspectives d'insertion professionnelle, dès lors que la promesse d'embauche produite au dossier, datée du 1er juillet 2021, est postérieure à l'arrêté du 7 juin 2021. La décision contestée n'est donc pas entachée d'erreur de fait sur ce point.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. C fait valoir qu'il s'est marié en 2019 avec une compatriote avec laquelle il entretient une relation depuis 2014, qui est en situation régulière et dont la fille, née d'une précédente union en 2006, a entamé des démarches pour obtenir sa naturalisation. S'il ressort des attestations établies par les amis du couple, par l'épouse elle-même et par sa fille, que le requérant a noué avec elles des relations affectives fortes et ainsi construit une véritable vie de famille en France, aucune pièce du dossier ne permet d'en établir l'ancienneté avant le mariage, qui est relativement récent à la date de la décision contestée. Alors en outre que la présence en France de M. C n'est établie qu'à compter de 2018 et qu'il est constant qu'il dispose encore d'attaches familiales en Mongolie où résident sa mère et son fils majeur, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

7. En troisième lieu, M. C ne peut se prévaloir de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas présenté sa demande de titre de séjour sur ce fondement et que le préfet de la Haute-Garonne ne l'a pas instruite non plus sur ce fondement.

8. En quatrième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre du refus de titre de séjour n'étant retenu, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire serait illégale par suite de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

9. En cinquième lieu, M. C fait valoir que la mesure d'éloignement risque de compromettre tout retour à une vie familiale en France dès lors que son épouse ne peut obtenir le regroupement familial en raison de la faiblesse de ses revenus et que les autorités françaises pourront lui refuser la délivrance d'un visa notamment en raison de l'inexécution d'une précédente obligation de quitter le territoire. Toutefois, le risque allégué d'un éloignement en Mongolie sans solution de retour en France n'est pas établi, étant relevé notamment que les délivrances de visa s'effectuent sous le contrôle du juge le cas échéant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 juin 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme A, magistrate honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

C. A

Le président,

D. KATZ

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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