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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104143

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104143

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHOENACKER ROSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, M. B C, représenté par Me Schonenacker Rossi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 12 mai 2021 portant refus de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que l'administration n'a pas pris en compte sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la circonstance sur laquelle elle se fonde, tirée de son absence à deux rendez-vous, est liée à son parcours et sa crainte des autorités de son propre pays d'origine ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lequeux, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 30 octobre 1996, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée le 10 juillet 2019 par les services du préfet de la Haute-Garonne. Par une décision du 9 décembre 2019, l'office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordées aux demandeurs d'asile au motif qu'il ne s'était pas présenté à un rendez-vous fixé par le pôle régional Dublin le 14 novembre 2019. Il a sollicité par courrier du 5 mai 2021 le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, qui lui a été refusé par décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 12 mai 2021.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée, qui vise la directive européenne du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à l'espèce, mentionne que le requérant a fait l'objet d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil le 9 décembre 2019 au motif qu'il n'a pas respecté son obligation de se présenter aux autorités compétentes et qu'il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'était pas en mesure de respecter cette obligation. Elle expose également que sa situation personnelle et familiale et ses besoins ont été examinés, et l'erreur de plume relevée par le requérant quant à la date d'enregistrement de sa demande d'asile est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

5. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : ()/3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

7. En l'espèce, M. C ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien de vulnérabilité avant que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne se soit prononcé sur sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, ni de la méconnaissance par l'office des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne trouvent pas à s'appliquer. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'il a bénéficié d'un nouvel entretien de vulnérabilité le 26 avril 2021, au cours duquel il a notamment déclaré ne pas s'être présenté aux rendez-vous du préfet car il ne souhaitait pas être transféré en Espagne. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas pris en compte la situation de vulnérabilité de M. C et n'aurait pas procédé à un examen attentif et individualisé de sa situation.

8. En troisième lieu, si dans sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, M. C indique avoir craint, s'il se présentait au rendez-vous qui lui était fixé par l'administration, d'être renvoyé en Mauritanie, où il a subi des persécutions, en raison desquelles il a sollicité une protection, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et que son recours a ensuite été rejeté comme étant irrecevable en l'absence d'élément sérieux, par ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 13 octobre 2021. Par suite le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par sa décision du 12 mai 2021, l'office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ses conclusions à fin d'annulation ainsi que celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Schonenacker Rossi et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lequeux, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La rapporteure,

A. LEQUEUX

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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