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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104144

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104144

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSABATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 9 juillet 2021 et 23 février 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C D, représentée par Me Guttierrez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juin 2021 par laquelle le centre hospitalier universitaire de Toulouse a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident survenu le 27 mai 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Toulouse de reconnaitre l'imputabilité au service de cet accident ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 21 bis de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983.

Par un mémoire, enregistré le 20 juillet 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guttierrez, représentant Mme D, et de Me Sabatté, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Infirmière titulaire au sein du centre hospitalier universitaire de Toulouse, Mme D était affectée au service de consultations de médecine de la reproduction de l'hôpital Paule de Viguier jusqu'à la fermeture de celui-ci, au mois de mars 2020, en raison du premier confinement lié à l'épidémie de COVID-19. Alors qu'elle avait été réaffectée, à titre provisoire, sur un poste d'accueil-régulation des patients potentiellement atteints du virus, il lui a été indiqué, le 27 mai 2020, que les postes d'accueil-régulation allait progressivement être occupés par des réservistes civiques ou des étudiants afin de permettre le redéploiement des soignants dans les services de soins, où les besoins étaient en forte augmentation compte tenu du contexte épidémique, et qu'elle ne pourrait ainsi probablement pas rejoindre le service de consultations de médecine de la reproduction dans l'immédiat. Le 29 mai 2020, elle a adressé au centre hospitalier universitaire la déclaration d'un accident de service survenu le 27 mai 2020. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 1er juin 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse a rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par décision 13 juillet 2020, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne du même jour, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse a donné délégation de signature à la directrice adjointe des ressources humaines, Mme B A, pour signer, en lieu et place, les courriers et les décisions se rapportant aux attributions de la gestion des ressources humaines, à l'exception de courriers et d'actes énumérées à l'article 1er, dont la décision contestée ne fait pas partie. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit ainsi être écarté.

3. En second lieu, Aux termes de l'article 21 bis de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. () / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / (). "

4. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

5. Mme D, qui avait travaillé plus de dix-neuf ans au sein du service des consultations de la médecine de la reproduction avant d'être affectée, à titre provisoire, à un poste d'accueil-régulation des patients lors du premier confinement lié à l'épidémie de covid 19, soutient que le caractère brutal et soudain de l'annonce d'une éventuelle réaffectation dans un service de soins, faite par son encadrante dans le hall d'entrée de l'hôpital Paule de Viguier au cours de la matinée du 27 mai 2020, puis lors d'un entretien auquel elle a été conviée le même jour à 13h30, est à l'origine de son arrêt de travail à compter de cette date, en raison des répercussions psychologiques qui en ont découlé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que, lors de l'échange et de l'entretien qui se sont déroulés le matin et l'après-midi du 27 mai 2020, , la supérieure hiérarchique de Mme D, lorsqu'elle lui a exposé les motifs de son éventuelle réaffectation dans un service soins, où les besoins étaient accrus, aurait eu des propos ou un comportement excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Ainsi, quand bien même l'annonce d'un possible changement d'affectation a pu être à l'origine d'un choc psychologique, elle ne saurait être regardée, compte tenu des conditions dans lesquelles elle s'est déroulée, comme un évènement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service. Par suite, et malgré l'avis favorable émis par la commission de réforme le 22 avril 2021, le directeur du centre hospitalier universitaire de Toulouse n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de reconnaître comme un accident de service l'évènement survenu le 27 mai 2020.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions d el'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par le centre hospitalier de Toulouse au titre de ces dernières dispositions doivent etégalement être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Toulouse sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié Mme E D et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.

La rapporteure,

C. PEAN

La présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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