jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104201 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABANES D'AURIBEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021 et un mémoire enregistré le 24 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B, représenté par Me Cabanes d'Auribeau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 mai 2021 par laquelle le ministre du travail a retiré la décision implicite rejetant le recours hiérarchique formé par la société Pierre Fabre Dermo-Cosmétique contre la décision de l'inspecteur du travail du 3 septembre 2020 refusant d'autoriser son licenciement, a annulé cette décision de l'inspecteur du travail et a autorisé son licenciement pour motif disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que le paiement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision de l'inspecteur du travail du 3 septembre 2020 n'était pas illégale ;
- la décision du ministre de retirer la décision de l'inspecteur du travail n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision du ministre autorisant son licenciement méconnaît le principe du contradictoire dès lors que son éviction de la société du fait de la fusion à venir des marques Aderma et Ducray n'a pas été prise en compte ;
- les griefs retenus par le ministre ne sont pas établis ;
- ces griefs ne sont pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2021, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- sa décision est suffisamment motivée ;
- la décision de l'inspecteur ne respectait pas le principe du contradictoire et devait donc être annulée ;
- sa décision est justifiée par le rapport établi par la contre-enquêtrice et joint au dossier.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, la société Pierre Fabre Dermo-Cosmétique, représentée par Me Capisano, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la décision de l'inspecteur a disparu de l'ordonnancement juridique ;
- la décision du ministre est suffisamment motivée ;
- toutes les fautes reprochées par M. B sont établies et sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, notamment au regard de sa position hiérarchique au sein de l'entreprise ;
- les allégations de M. B doivent être écartées.
La clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2023 par une ordonnance du 5 décembre 2022.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cabanes d'Auribeau, représentant M. B, ainsi que celles de Me Pouilley substituant Me Capisano, représentant la société Pierre Fabre Dermo-Cosmétique.
Considérant ce qui suit :
1. C B a été recruté par le groupe Pierre Fabre le 7 mars 1994 en qualité de visiteur médical. Depuis le 1er juillet 2019, il occupait les fonctions de directeur des ventes et de la formation A-Derma / Ducray au sein de la société Pierre Fabre Dermo-Cosmétique. Il était également détenteur du mandat de membre suppléant au comité social et économique (CSE). Le 3 juillet 2020, son employeur a adressé à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE), devenue direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), une demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire. Le 3 septembre 2020, l'inspecteur du travail a opposé un refus à cette demande, en considérant que les faits reprochés n'étaient que partiellement établis et ne présentaient pas une gravité suffisante. La société a formé un recours hiérarchique le 3 novembre 2020 auquel le ministre du travail n'a pas donné suite. Par une décision du 12 mai 2021, notifiée le 14 mai suivant, le ministre a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique, annulé la décision de l'inspecteur du travail et autorisé le licenciement de M. B, qui est intervenu le 4 juin 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du ministre du 12 mai 2021 dans son ensemble.
Sur la légalité de la décision du 12 mai 2021 :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ".
3. La décision attaquée vise le code du travail et plus précisément les articles L. 2411-1 et suivants dont elle fait application, la décision de l'inspecteur du travail du 3 septembre 2020 ayant refusé le licenciement, le recours hiérarchique formé par la société le 3 novembre 2020 ainsi que la décision implicite qui l'a rejeté. Elle énonce le vice de procédure retenu pour annuler la décision de l'inspecteur du travail, en faisant référence aux éléments du dossier, indique les faits reprochés écartés et ceux considérés comme matériellement établis et précise en quoi les faits retenus apparaissent suffisamment graves. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail :
4. Aux termes de l'article R. 2422-1 du code du travail " Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente ou auquel il a donné mandat à cet effet ". Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre compétent doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement.
5. Le ministre du travail a annulé la décision du 3 septembre 2020 au motif que l'inspecteur du travail avait omis de mettre à même le salarié et l'employeur de prendre connaissance du contenu des auditions réalisées au cours de l'enquête administrative alors même qu'elles constituaient des éléments déterminants sur lesquels il s'est fondé pour refuser d'autoriser le licenciement. En se bornant à soutenir que l'inspecteur du travail n'a pas méconnu le principe du contradictoire, sans se prévaloir d'aucun argument à l'appui de ce moyen, le requérant ne conteste pas utilement le motif d'annulation retenu par le ministre du travail. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'autorisation de licenciement :
6. Les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle prévue par la loi. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre compétent de rechercher si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
S'agissant de la matérialité des faits reprochés :
7. S'agissant du premier grief retenu par le ministre du travail, il ressort des pièces du dossier que M. B a commandé, par courrier électronique, environ 4 900 produits qui ont été livrés au domicile de M. A et environ 2 000 produits livrés à son propre domicile, alors que la pratique ordinaire consiste en la livraison d'environ 100 produits par mois en des lieux préétablis dans le cas de dotations, et directement chez les clients dans le cas d'opérations commerciales spécifiques. Par suite, les faits reprochés sont établis et présentent un caractère fautif.
8. S'agissant du second grief, M. B soutient que l'absence de formalisation des opérations commerciales et de dons de produits visés au point précédent ne peuvent pas lui être reprochés dès lors que cette formalisation ne relevait pas de sa responsabilité mais de celle des services internes, logistique, juridique et administratif. Toutefois, au cours de la contre-enquête, il a admis que des produits avaient été remis à des clients grands comptes pendant le processus de négociation commerciale sans qu'une telle opération ait été au préalable validée par un contrat cadre tel que prévu par les procédure internes. M. A a par ailleurs également admis la fourniture de 3 200 produits à deux clients grands comptes sans formalisation préalable. Or, en sa qualité de directeur des ventes, il revenait au requérant de s'assurer que les promotions dont il faisait bénéficier certains clients grands comptes étaient réalisées conformément à la procédure en vigueur, a fortiori lorsque les produits en cause avaient au préalable été stockés chez lui ou chez un collaborateur. Les faits reprochés, et leur caractère fautif, sont donc établis.
9. S'agissant du troisième grief, il ressort de l'organigramme que M. B était le supérieur hiérarchique de M. A à la date des faits reprochés et que ce dernier a donc agi sous sa responsabilité. La matérialité du grief est donc établie et, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, présente un caractère fautif.
S'agissant de la gravité des faits reprochés :
10. Le ministre du travail a considéré que les faits reprochés justifiaient le licenciement de M. B au motif que celui-ci, en sa qualité de directeur des ventes, occupait l'une des plus faute fonctions commerciales sur les marques Aderma et Ducray, ses fonctions d'encadrement et son niveau de responsabilité constituant par ailleurs des circonstances aggravantes.
11. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les trois griefs retenus à l'encontre de M. B se rapportent à une même opération commerciale dans le cadre de laquelle celui-ci n'a pas agi par intérêt personnel mais dans le but d'éviter, comme l'a indiqué l'enquêtrice missionnée pour la contre-enquête, d'éviter la destruction de produits frappés d'obsolescence. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que les produits livrés aux domiciles de M. B et de M. A étaient voués à la destruction et que l'intéressé les a par la suite employés à des fins commerciales, dans l'intérêt de la société, en toute transparence à l'égard de celle-ci et sans en retirer lui-même aucun profit. Si le requérant admet qu'une telle pratique n'était pas courante, il fait toutefois valoir qu'elle a parfois été tolérée, le rapport de contre-enquête faisant d'ailleurs état de ce que les dons de produits se limitant à une centaine de produits n'étaient pas du tout encadrés, et qu'il était par ailleurs admis que les directeurs commerciaux puissent récupérer des produits pour leurs négociations commerciales directement au siège sans aucun formalisme. La contre-enquête administrative a également mis en évidence l'absence de tout antécédent de ce type chez M. B, pendant 25 années de service, et il est par ailleurs constant que l'opération à la réalisation de laquelle ont concouru les faits reprochés, si elle était susceptible d'avoir des conséquences négatives sur la société, n'en a en l'espèce pas eu, que ce soit au plan financier ou commercial. Enfin, Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait agi sous la contrainte ou dans la peur d'éventuelles représailles à son encontre de la part de M. B, mais au contraire qu'il a adhéré en toute connaissance de cause et pour les mêmes raisons que celles qui ont animé le requérant, aux démarches entreprises par celui-ci pour utiliser à des fins commerciales, dans l'intérêt de la société, des produits voués à la destruction à très brève échéance. Dans ces conditions et alors même que les faits reprochés présentent un caractère fautif, M. B est fondé à soutenir qu'ils ne présentaient pas une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du ministre en tant qu'elle autorise son licenciement.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
14. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B et tendant à leur paiement ne peuvent être que rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du ministre du travail du 12 mai 2021 est annulée en tant qu'elle autorise le licenciement de M. B.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au groupe Pierre Fabre et au ministre du travail.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La rapporteure,
V. JORDALa présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre du travail en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026