vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DESCHAMPS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2021 et le 31 janvier 2022, M. D F, représenté par Me Deschamps, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 22 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation de regroupement familial dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la signataire de l'acte est incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne se trouve pas en situation de polygamie ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir le regroupement familial au profit de son épouse ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le motif dont le préfet demande la substitution ne permet pas de justifier la décision attaquée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- au motif de la décision attaquée pourra être substitué le motif tiré de l'absence de relation conjugale effective entre M. F et son épouse ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé.
Par ordonnance du 10 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 juillet 2022.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Namer, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant tunisien titulaire d'une carte de résident, a sollicité, le 29 juillet 2019, le regroupement familial au profit de son épouse, Mme G Amri. Par une décision du 22 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par décision du 17 janvier 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. F le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ". Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : / 1° Un membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; / 2° Un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; / 3° Un membre de la famille résidant en France ". Aux termes de son article L. 434-7 : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de son article L. 434-9 : " Lorsqu'un étranger polygame réside en France avec un premier conjoint, le bénéfice du regroupement familial ne peut être accordé à un autre conjoint. Sauf si cet autre conjoint est décédé ou déchu de ses droits parentaux, ses enfants ne bénéficient pas non plus du regroupement familial () ".
4. Pour refuser de délivrer à M. F une autorisation de regroupement familial au profit de son épouse, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance que ce dernier a eu trois enfants avec A E, alors qu'il était toujours marié avec Mme Amri, et qu'il se trouve ainsi dans une situation de polygamie de fait. Il est toutefois constant que M. F et Mme E n'ont jamais été mariés. De plus, le requérant indique que, s'il a entretenu une relation avec Mme E et eu avec elle trois enfants, il était alors séparé de son épouse, et qu'il est désormais séparé de Mme E, ainsi que cela ressort du jugement du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Toulouse du 23 avril 2014 versé aux débats. Dans ces conditions, en retenant que M. F se trouvait en situation de polygamie, le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur de fait.
5. Pour établir que la décision attaquée était légale, le préfet de la Haute-Garonne invoque, dans son mémoire en défense, un autre motif, tiré de ce que M. F n'a pas repris une vie conjugale effective avec Mme Amri, son épouse. Toutefois, dès lors qu'il est constant que M. F et Mme Amri n'ont jamais divorcé, le préfet de la Haute-Garonne n'invoque pas, en faisant état de ce motif, un motif légal susceptible de justifier, au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un refus d'autorisation de regroupement familial. Sa demande de substitution de motif doit, par suite, être écartée.
6. Il suit de là que M. F est fondé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de la décision du 22 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de regroupement familial formée par M. F au profit de son épouse soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Deschamps renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Deschamps de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. F.
Article 2 : La décision du 22 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande de regroupement familial formée par M. F au profit de son épouse est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial formée par M. F au profit de son épouse dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Deschamps une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Deschamps renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Me Deschamps et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
Mme Namer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
S. NAMER
Le président,
P. GRIMAUD La greffière,
M. ALRIC
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026