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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104315

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104315

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBENAC FANNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juillet 2021 et le 10 mars 2022, M. D C, représenté par Me Benac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de son certificat de résidence algérien et la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien ou un certificat de résidence de dix ans dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un changement de statut et se voir délivrer un certificat de résidence algérien mention " visiteur ", sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien et qu'il remplit également les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la mise en œuvre d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une demande d'observations ;

- est entachée d'une erreur de droit pour défaut d'examen de sa situation ;

- est dépourvue de base légale ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Namer, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, a sollicité le 18 juillet 2019 le renouvellement de son certificat de résidence algérien octroyé en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française, sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ainsi que la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans, sur le fondement du a de l'article 7 bis du même accord. Par un arrêté du 18 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer les titres demandés, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision portant refus de titre de séjour vise notamment les dispositions pertinentes de l'accord franco-algérien et mentionne les éléments de fait sur lesquels s'est appuyé le préfet, relatifs à l'absence de vie commune de M. C avec son épouse. Ainsi, et alors que le préfet n'était pas tenu de décrire de façon exhaustive la situation et le parcours de l'intéressé, les décisions portant refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an et de dix ans, qui comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées.

3. En deuxième lieu, aux termes du a de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " () ".

4. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'un accord bilatéral, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, alors que M. C n'a pas demandé l'octroi d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations précitées du a de l'article 7 de l'accord franco-algérien, il ne peut utilement soutenir que ces stipulations ont été méconnues. En tout état de cause, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions pour se voir octroyer un certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur " en se prévalant de son activité professionnelle en France, alors que les stipulations précitées comportent une condition tenant à l'engagement de l'intéressé de ne pas exercer en France d'activité professionnelle soumise à autorisation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ". Il résulte de ces stipulations que le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux à la date de délivrance de ce deuxième certificat de résidence.

6. En l'espèce, M. C, s'il indique être toujours très épris de son épouse et ne pas souhaiter divorcer, admet dans sa requête que la communauté de vie avec Mme B a cessé, ce qui ressort également des pièces du dossier, en particulier du rapport d'enquête de communauté de vie établi le 30 décembre 2020. Ainsi, et quand bien même il réside régulièrement en France depuis trois ans, il n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance des stipulations du a l'article 7 bis de l'accord franco-algérien.

7. En quatrième lieu, M. C soutient que sa situation particulière justifiait que le préfet fasse usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Il ne précise toutefois pas quels éléments particuliers relatifs à sa situation justifieraient qu'il bénéficie d'une régularisation, alors qu'il a vécu l'essentiel de sa vie en Algérie, qu'il n'a été admis au séjour en France qu'eu égard à sa qualité de conjoint d'une ressortissante française et qu'il est séparé de son épouse depuis août 2019. Au surplus, son épouse a indiqué aux services de police réalisant une enquête de communauté de vie que le comportement de M. C a changé dès lors qu'il a obtenu son premier titre de séjour, ce dernier ayant alors commencé à exercer sur elle des violences psychologiques. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser sa situation.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. C fait état de ses efforts d'intégration en France, en particulier par le travail, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a noué en France des liens d'une particulière intensité, alors qu'il est séparé de son épouse depuis le mois d'août 2019, qu'aucun membre de sa famille ne réside en France, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches privées et familiales en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et où résident ses parents. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, à l'encontre d'un étranger à qui est opposé un refus de titre de séjour, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de ce refus dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives permettant de l'assortir d'une mesure d'éloignement ont été rappelées, ce qui est le cas en l'espèce. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, ni les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ni celles de la loi du 12 avril 2000 antérieurement applicables, ne peuvent être utilement invoquées par M. C à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. En conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale.

13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision susvisée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, pour le même motif que celui exposé au point 11, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Le moyen d'erreur de droit ainsi invoqué doit dès lors être écarté.

16. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

17. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru à tort dans une situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire accordé au requérant. Le moyen invoqué à cet égard doit dès lors être écarté.

18. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. C présentait, à la date de la décision attaquée, un caractère exceptionnel justifiant que le préfet lui accorde un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, n'est pas fondé et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

19. La décision fixant le pays de renvoi, qui vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que M. C n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est motivée.

20. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de son certificat de résidence algérien et la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. C tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Benac la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Benac et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

Mme Namer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

S. NAMER

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. ALRIC

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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