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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104326

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104326

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2021 et un mémoire enregistré le 9 août 2021, Mme C B, représentée par Me Jauffret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Jean a délivré à la SAS D4 Promotion le permis de construire quatorze logements sur un terrain sis 3, chemin Négrier à Saint-Jean, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 15 juin 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean le paiement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme, en ce que trois avis ont été rendus avant que le dossier de demande de permis de construire ne soit complété et deux avis ont été rendus le jour où la commune a reçu les pièces complémentaires déposées par le pétitionnaire ;

- le permis de construire a été délivré en méconnaissance de la procédure de concertation préalable prévue à l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, dès lors que le bilan de la concertation et les suites données aux observations émises au cours de la concertation n'ont pas été transmises au service instructeur avec la demande de permis de construire ;

- le projet méconnaît les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat (PLUi-H) de la métropole Toulouse métropole relatives à l'insertion dans l'environnement ;

- le projet méconnaît les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de la métropole Toulouse métropole relatives aux places de stationnement non couvertes ;

- le projet méconnaît les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de la métropole Toulouse métropole relatives à sa desserte et les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 21 septembre 2021, la commune de Saint-Jean, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

La requête et les mémoires ont été communiqués à la SAS D4 Promotion qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance en date du 22 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quessette, rapporteur,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Niang, substituant Me Courrech, représentant la commune de Saint-Jean et la SAS D4 Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 mars 2021, le maire de la commune de Saint-Jean a accordé à la SAS D4 Promotion un permis de construire quatorze logements sur un terrain sis 3, chemin Négrier à Saint-Jean. Par une décision du 15 juin 2021, le maire a rejeté le recours gracieux de Mme B contre cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté du 23 mars 2021 :

2. En premier lieu, selon les dispositions de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. ". Les consultations obligatoires résultent des articles R. 423-51 à R. 423-56-1 du même code.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et des termes de l'arrêté litigieux du 23 mars 2021 que le dossier de demande de permis de construire, déposé le 13 janvier 2021, a fait l'objet de pièces complémentaires le 25 janvier 2021 et le 22 février 2021. Il est constant que ENEDIS, le gestionnaire de la voirie et de l'espace public et le service Eau de la métropole Toulouse métropole ont émis un avis respectivement les 9 février 2021, 17 février 2021 et 19 février 2021, soit avant que le dossier de demande de permis de construire ne soit entièrement complet. Le service Urbains Mobilités gestion Réseaux et le service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Garonne ont émis leurs avis le 22 février 2021, soit le même jour que la transmission du dernier complément du dossier de demande de permis de construire. Si Mme B est donc fondée à soutenir que la procédure est irrégulière en raison de la consultation de ces services sur la base d'un dossier de demande de permis de construire incomplet, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que la modification du projet immobilier telle qu'elle ressort des pièces complémentaires a pu avoir une incidence sur les avis rendus par lesdits services. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Les projets de travaux ou d'aménagements soumis à permis de construire ou à permis d'aménager, autres que ceux mentionnés au 3° de l'article L. 103-2, situés sur un territoire couvert par un schéma de cohérence territoriale, par un plan local d'urbanisme ou par un document d'urbanisme en tenant lieu ou par une carte communale peuvent faire l'objet de la concertation prévue à l'article L. 103-2. Celle-ci est réalisée préalablement au dépôt de la demande de permis, à l'initiative de l'autorité compétente pour statuer sur la demande de permis ou, avec l'accord de celle-ci, à l'initiative du maître d'ouvrage. () ". Aux termes de l'article L. 103-2 du même code : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / () / 3° Les projets et opérations d'aménagement ou de construction ayant pour effet de modifier de façon substantielle le cadre de vie, notamment ceux susceptibles d'affecter l'environnement, au sens de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, ou l'activité économique, dont la liste est arrêtée par décret en Conseil d'Etat ; / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction en litige, qui consiste en la création de quatorze logements sur une parcelle qui accueillait précédemment une maison individuelle, se situe dans un quartier mixte accueillant des constructions pavillonnaires et des bâtiments collectifs. Il est constant qu'un tel projet n'a pas à être obligatoirement soumis à concertation en application des dispositions précitées. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, si le conseil municipal de la commune a adopté une charte de la qualité urbaine imposant une concertation préalable entre les constructeurs et les riverains des projets immobiliers, cette concertation est menée dans le cadre d'une procédure propre à la commune et non par le biais d'une application volontaire, à titre facultatif, des dispositions de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen soulevé par Mme B, tiré de la méconnaissance de la procédure de concertation préalable prévue à l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme est en tout état de cause inopérant.

En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté du 23 mars 2021 :

6. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de la section 2 du chapitre 2 du titre 2 de la partie 2, relative aux dispositions communes à l'ensemble des zones, du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de la métropole Toulouse métropole : " 1. Principes généraux / Objectif de qualité architecturale / Le projet doit rechercher l'usage d'un style architectural approprié à son contexte existant ou projeté, sans exclure une certaine diversité architecturale, soit en tenant compte des références architecturales traditionnelles présentes sur le territoire, soit en introduisant de nouvelles expressions architecturales adaptées ".

7. Si Mme B soutient que la nature et l'importance du projet ne s'insère pas dans son environnement au motif que celui-ci est composé de maisons individuelles de plain-pied avec jardin, il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment du plan de situation PC1 et des plans PC 7 et 8, et 27a2, que sont présents, autour de la parcelle assiette du projet, des immeubles collectifs de logement présentant les mêmes caractéristiques que le projet litigieux, et les photographies produites ne font pas apparaître que les immeubles collectifs et les maisons individuelles aux abords du projet présenteraient une unité de lignes, de couleurs ou de matériaux à préserver, en conformité d'ailleurs avec les prescriptions précitées du règlement du PLUi-H, qui autorisent de nouvelles expressions architecturales adaptées. Il ressort enfin de la notice architecturale que le projet souhaite s'inscrire dans la continuité de son environnement immédiat par une couverture en tuiles à quatre pentes et des toits-terrasses inaccessibles et par une couleur de façade sobre. Il s'ensuit que le projet contesté n'est pas de nature à porter une atteinte au caractère des lieux avoisinants par son aspect extérieur, son architecture et son implantation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de la métropole Toulouse métropole relatives à l'insertion dans l'environnement ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe unique de la section 3 de la partie 2, relative aux dispositions communes à l'ensemble des zones, du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de la métropole Toulouse métropole : " Les surfaces de stationnement non couvertes doivent être organisées de manière paysagère (treilles, haies, arbustes, bandes boisées, bosquets,) et prévoir des aménagements hydrauliques ou des dispositifs végétalisés favorisant la perméabilité et l'infiltration des eaux pluviales ou leur évaporation et préservant les fonctions écologiques des sols. () ".

9. Mme B soutient, d'une part, que les quatre places de stationnement en extérieur sont en dalle engazonnée mais sans cependant que soit assurée leur perméabilité et, d'autre part, que ces places n'ont pas fait l'objet d'un traitement paysager. Toutefois, les dalles engazonnées revêtent par nature un caractère perméable. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse du projet coté PC 2.2, du plan général RDC et extérieurs coté PC 2.3 et du plan perspective d'insertion coté PC 6, que le traitement paysager des places de stationnement non couvertes a été prévu avec une plantation d'arbustes. Par suite, le moyen doit être écarté en toutes ses branches comme manquant en fait.

10. En troisième et dernier lieu, selon les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes du paragraphe 1 de la section 1 du chapitre 3 de la partie 2, relative aux dispositions communes à l'ensemble des zones, du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de la métropole Toulouse métropole : " Pour être constructible, toute unité foncière doit disposer d'un accès privatif à une voie, positionné et aménagé pour les véhicules, le plus perpendiculairement possible à la voie, de façon à apporter la moindre gêne et le moindre risque pour les usagers de ces voies ou accès, en prenant en compte la nature et l'intensité du trafic sur ces voies ou accès. / Les accès doivent être adaptés à l'opération projetée et aménagés de façon à ne pas créer de dangers pour la circulation générale et à faciliter, voire différencier l'accès et la circulation des piétons. Ils doivent répondre aux exigences de la sécurité publique, de la défense incendie et de la protection civile, et permettre la bonne desserte des terrains par le service public de collecte des déchets. / Un seul accès de véhicule est admis par unité foncière concernée par la demande d'autorisation d'occupation des sols, le plus éloigné possible des carrefours, excepté si la spécificité des besoins ou l'importance de l'opération, et l'éloignement des carrefours justifient un nombre d'accès supérieur. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan PC 2.3, que la parcelle d'emprise du projet dispose d'un accès à la voie publique par le chemin Négrier, que l'accès prévu est implanté perpendiculairement à ce chemin et qu'une plate-forme de 5 x 5 mètres avant le portail d'entrée sera mise en place. Cet accès présente ainsi une largeur suffisante et proportionnée à l'importance du projet et une bonne visibilité sur le chemin, et est de nature à sécuriser les entrées et sorties de véhicules. Si la requérante fait par ailleurs état d'un risque quant aux conditions de circulation sur le chemin Négrier en raison de l'accroissement du nombre de véhicules induit par le projet, il n'est pas établi que cette voie, qui est relativement rectiligne au niveau du projet et d'une largeur de plus de neuf mètres, ne pourrait absorber le trafic résultant du projet contesté. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que la construction de deux places de stationnement visiteurs serait insuffisante et que cette insuffisance génèrera des stationnements non maîtrisables aux abords du projet. Enfin, il ne ressort pas de l'avis du service départemental d'incendie et de secours en date du 19 février 2021 que le chemin ne serait pas adapté au passage des véhicules d'incendie et de secours. Dans ces conditions, le projet respecte les dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal et d'habitat de la métropole Toulouse métropole et le moyen soulevé sur ce point doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Jean a délivré à la société D4 Promotion le permis de construire contesté, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Jean, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme réclamée par la commune de Saint-Jean sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Jean présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la commune de Saint-Jean et à la SAS D4 Promotion.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lequeux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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