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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104399

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104399

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMOMASSO MOMASSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021, Mme C D, représentée par Me Momasso Momasso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " étudiante " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est entrée en France à l'âge de dix-sept ans et y a suivi son cursus scolaire et universitaire depuis lors, en validant notamment ses deux premières années de licence ; sa sœur et son frère, qui l'héberge, vivent en France ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Renard, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante gabonaise née le 31 mai 1999 à Dakar (Sénégal), est entrée en France le 8 septembre 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable jusqu'au 22 novembre 2016. Elle a sollicité, le 5 mars 2018, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a fait l'objet d'un premier arrêté du 26 avril 2019 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécuté. Elle a, à nouveau, sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 7 janvier 2021. Par un arrêté du 1er juillet 2021 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 10 mai 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Garonne n° 31-2020-290, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, ainsi que les décisions prises en application des articles L. 511-1 à L. 511-3-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de ces termes mêmes que l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application et les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France, de manière récente, dans le cadre d'un visa de court séjour et s'y est maintenu à l'issue de la durée de validité de son visa, en toute illégalité. Elle a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, en avril 2019, qu'elle n'a pas exécutée. Si elle fait valoir la présence en France d'un frère et d'une demi-sœur ainsi que le fait qu'elle serait entrée en France en étant encore mineure, ces seules circonstances ne sauraient justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement précité. Si elle indique être hébergée par son frère, elle est célibataire et sans charge de famille, et ne justifie pas de disposer de ressources propres. Enfin, elle ne conteste pas ne pas avoir validé son cursus universitaire alors, au demeurant, qu'elle ne dispose du visa de long séjour à cet effet, en tout état de cause. Dans ces conditions, en l'absence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, le préfet de la Haute-Garonne, en ne faisant pas usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Ainsi qu'il a été dit, si Mme D se prévaut de la présence en France de sa demi-sœur et de son frère, elle n'établit pas disposer de liens particulièrement intenses avec ces derniers alors qu'il est par ailleurs constant qu'elle conserve au Gabon, où elle a elle-même vécu l'essentiel de sa vie, sa mère et plusieurs de ses frères et une sœur. Dans ces conditions, la décision en litige portant refus de titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts qu'il poursuit et n'a pas méconnu les stipulations précitées.

8. En cinquième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la mesure portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale.

9. En dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la mesure fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

T. A

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

S. JORDAN-SELVA

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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