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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104427

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104427

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSABATTE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête n°2104427 et un mémoire, enregistrés le 23 juillet 2021 et le 29 novembre 2022, Mme H épouse I, représentée par Me Gutierrez, demande au tribunal :

1°) d'ordonner une expertise médicale avant dire-droit le cas échéant ;

2°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie dont elle souffre à l'épaule gauche déclarée le 17 décembre 2019 ;

3°) d'enjoindre au CHU de Toulouse de reconnaître l'imputabilité au service de cette maladie, ou à tout le moins, de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du CHU de Toulouse la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ;

- le lien de causalité direct et certain entre ses conditions de travail et la maladie déclarée est établi.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 12 octobre 2022 et le 9 février 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatte, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme I au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023 par une ordonnance du 30 janvier précédent.

Par un courrier du 22 décembre 2023, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office.

II- Par une requête n°2104434 et un mémoire, enregistrés le 23 juillet 2021 et le 29 novembre 2022, Mme I, représentée par Me Gutierrez, demande au tribunal :

1°) d'ordonner une expertise médicale avant dire-droit le cas échéant ;

2°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie déclarée le 17 décembre 2019 (tableau n°98) ;

3°) d'enjoindre au CHU de Toulouse de reconnaître l'imputabilité au service de cette maladie, ou à tout le moins, de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du CHU de Toulouse la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ;

- le lien de causalité direct et certain entre ses conditions de travail et la maladie déclarée est établi.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 12 octobre 2022 et le 9 février 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatte, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme I au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023 par une ordonnance du 30 janvier précédent.

Par un courrier du 22 décembre 2023, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office.

III- Par une requête n°2104435 enregistré le 23 juillet 2021, Mme I, représentée par Me Gutierrez, demande au tribunal :

1°) d'ordonner une expertise médicale avant dire-droit le cas échéant ;

2°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie déclarée le 17 décembre 2019 (névralgie cervico brachiale) ;

3°) d'enjoindre au CHU de Toulouse de reconnaître l'imputabilité au service de cette maladie, ou à tout le moins, de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du CHU de Toulouse la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- la pathologie dont elle souffre a une origine professionnelle ;

- le médecin du travail a précisé que son activité professionnelle l'exposait à des tâches fixées par le tableau n° 57.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatte, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme I au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2023 par une ordonnance du 16 décembre 2022.

Par un courrier du 22 décembre 2023, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gutierrez, représentant Mme H, ainsi que celles de Me Sabatte, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I a été recrutée en qualité d'aide-soignante par le CHU de Toulouse le 22 novembre 2010 et affectée au service post-urgences médicales (PUM). Le 17 décembre 2019, elle a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de trois maladies dont elle souffrait. Le CHU de Toulouse a rejeté ces demandes par trois décisions du 3 juin 2021 que Mme I demande au tribunal d'annuler.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen de légalité externe invoqué à l'encontre des trois décisions :

2. Par une décision 13 juillet 2020, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne du même jour, le directeur général du CHU de Toulouse a donné délégation de signature à la directrice adjointe des ressources humaines, Mme C B, pour signer, en lieu et place, les courriers et les décisions se rapportant aux attributions de la gestion des ressources humaines, à l'exception de courriers et d'actes énumérées à l'article 1er, dont les décisions contestées ne font pas partie. Le moyen tiré de ce que les trois décisions attaquées auraient été prises par une autorité incompétente doit donc être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision du 3 juin 2021 ayant refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de la capsulite rétractile de l'épaule gauche dont souffre Mme I :

3. L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires un article 21 bis aux termes duquel : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / () / IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () VI.- Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités du congé pour invalidité temporaire imputable au service mentionné au premier alinéa et détermine ses effets sur la situation administrative des fonctionnaires. Il fixe également les obligations auxquelles les fonctionnaires demandant le bénéfice de ce congé sont tenus de se soumettre en vue, d'une part, de l'octroi ou du maintien du congé et, d'autre part, du rétablissement de leur santé, sous peine de voir réduire ou supprimer le traitement qui leur avait été conservé. (). ".

4. L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 a aussi, en conséquence de l'institution du congé pour invalidité temporaire imputable au service à l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, modifié des dispositions des lois du 11 janvier 1984, du 26 janvier 1984 et du 9 janvier 1986 régissant respectivement la fonction publique de l'Etat, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière. Le IV de l'article 10, pour la fonction publique hospitalière, dispose ainsi que " A l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée : a) Au deuxième alinéa du 2°, les mots : " ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions " sont remplacés par les mots : ", à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service " ; b) Au 4°, le deuxième alinéa est supprimé ; c) Après le quatrième alinéa du 4°, est inséré un alinéa ainsi rédigé : " Les dispositions du quatrième alinéa du 2° du présent article sont applicables au congé de longue durée. ".

5. En premier lieu, l'application de ces dispositions résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Les dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Par voie de conséquence, les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020.

6. Les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont par ailleurs constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée. La maladie dont fait état Mme I ayant été diagnostiquée avant le 17 décembre 2019, date à laquelle elle l'a déclarée comme étant professionnelle, les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont donc seules applicables.

7. En second lieu, l'un des motifs de la décision attaquée tient à ce que la maladie déclarée par Mme I ne correspond pas aux critères d'une maladie professionnelle n° 57 A tels que définis par le tableau restrictif du régime général. Toutefois et dès lors que, comme il vient d'être dit, les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale instituant une présomption d'origine professionnelle pour toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractées dans des conditions mentionnées à ce tableau n'était pas applicable, ce motif est entaché d'erreur de droit.

8. La décision litigieuse est cependant également fondée sur un autre motif tiré de ce que les conclusions de deux rapports d'expertise en date des 27 juillet 2020 et 18 mai 2021 ne permettent pas d'établir un lien de causalité direct et certain entre ladite pathologie et les fonctions exercées.

9. Aux termes les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 alors applicables : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. (). Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ".

10. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

11. Il ressort des pièces du dossier, plus particulièrement du rapport hiérarchique relatif à la maladie professionnelle en date du 24 juin 2019 établi par la cadre de santé, que les fonctions de Mme I, qui exerçait alors comme aide-soignante aux urgences médicales du CHU de Purpan depuis le 10 novembre 2010, comportaient notamment " la manutention des patients, le levage pour la toilette par exemple, le transfert du lit à la chaise, le rehaussement, le change du patient, le ménage et la désinfection de l'environnement du patient, le changement des matelas et la manutention des patients dépendants ". Si le CHU fait valoir que des aménagements auraient été apportés à ces fonctions à la suite de précédents accidents de travail et maladie professionnelles déclarés par l'intéressée, ce rapport n'en fait pas mention et les fiches médicales du médecin de prévention préconisant desdits aménagements ne suffisent pas à établir qu'ils auraient effectivement été réalisés. A cet égard, il résulte des témoignages des infirmières travaillant avec l'intéressée qu'un seul appareil de levage était mis à disposition du personnel pour trois services différents, ce qui n'est pas contesté en défense. Dans une note médicale du 31 décembre 2019, le Dr E, médecin du travail, indique d'ailleurs que Mme I réalisait " des travaux comportant des mouvements ou le maintien de l'épaule sans soutien en abduction avec un angle supérieur ou égal à 60° pendant au moins deux heures par jour en cumulé avec un angle supérieur ou égal à 90° pendant au moins une heure par jour en cumulé. Ces travaux correspondent aux manutentions de malades, à la réalisation de soins, de transferts de patients. Le port de charge est important avec des activités très répétitives, favorisant la survenue de troubles musculosquelettiques ". Il en résulte que la " tendinopathie compliquée d'une capsulite rétractile de l'épaule gauche " dont souffre l'intéressée, constatée par le docteur F, rhumatologue, dans un certificat médical du 12 novembre 2019 et confirmée par le certificat médical du 5 novembre 2020, qui précise que " l'IRM retrouve une tendinopathie du tendon supra épineux gauche. La douleur de la tendinopathie d'épaule s'est compliquée d'une capsulite rétractile ", présente un lien direct avec l'exercice de ses fonctions. Le rapport d'expertise établi par le docteur A, dont se prévaut le CHU, indique, sans autre précision, " pas de maladie professionnelle / troubles fonctionnels avec symptomatologie discordantes / pas de relation avec la maladie professionnelle 57 B " et la commission de réforme a d'ailleurs émis un avis favorable à la reconnaissance du caractère professionnel de la pathologie, le 17 décembre 2020, au vu des pièces complémentaires et notamment de l'avis du médecin du travail. Le Docteur D, qui a réalisé le 18 mai 2021 une contre-expertise à la demande du CHU, conclut simplement que " le tableau clinique présenté est en faveur d'une capsulite rétractile bilatérale ne peut être retenu comme imputable à sa profession ". Eu égard aux termes dans lesquels sont rédigés ces deux rapports d'expertise, et alors même que l'employeur n'est pas lié par l'avis de la commission de réforme, il n'existe, en l'espèce, aucun élément médical sérieux susceptible de démontrer l'existence d'un état de santé antérieur préexistant ou toute circonstance particulière conduisant à détacher la survenance de la maladie du service.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle attaque.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision du 3 juin 2021 ayant refusé de reconnaitre l'imputabilité au service des lombalgies et de la sciatalgie gauche dont souffre Mme I :

13. En premier lieu, la maladie dont fait état Mme I ayant été diagnostiquée avant le 17 décembre 2019, date à laquelle elle l'a déclarée comme étant professionnelle, il résulte de ce qui précède que les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont seules applicables.

14. En second lieu, comme dans le cas précédent, l'un des motifs de la décision attaquée tient à ce que la maladie déclarée ne correspond pas aux critères d'une maladie professionnelle n° 98 tels que définis par le tableau restrictif du régime général. Toutefois, il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que ce motif est entaché d'erreur de droit.

15. La décision litigieuse est cependant également fondée sur un autre motif tiré de ce que les conclusions de deux rapports d'expertise en date des 27 juillet 2020 et 18 mai 2021 ne permettent pas d'établir un lien de causalité direct et certain entre ladite pathologie et les fonctions exercées.

16. Mme I fait état de deux certificats médicaux du 8 novembre 2019 et du 2 juin 2020 établis par son médecin rhumatologue qui posent le diagnostic des " lomboradiculalgies sur poussée de discarthrose lombaire " et de " lombalgies sur discopathies L4/L5 et L5/S1 " et se prévaut de la note médicale du 31 décembre 2019 établie par le médecin du travail, citée au point 15. Il ressort toutefois du rapport d'expertise du 27 juillet 2020 qu'" il existe un état antérieur évoluant pour son propre compte représenté par une discopathie dégénérative L4-L5 et L5-S1. Il n'a pas été identifié de conflit disco-radiculaire en rapport avec une lésion discale à caractère herniaire et une racine du rachis lombaire. Les lésions sont donc sans lien de causalité direct et certain entre la pathologie présentée et les fonctions exercées ", les conclusions du rapport d'expertise du 18 mai 2021, indiquant par ailleurs que " le bilan paraclinique n'a pas révélé de hernie discale ni conflit disco-radiculaire localisé ".

17. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas, par les éléments qu'elle produit, l'existence d'un lien de causalité directe et certain entre la pathologie dont elle se prévaut et les fonctions exercées. Dans la mesure où il résulte de l'instruction que le CHU de Toulouse aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 3 juin 2021 ayant refusé de reconnaitre l'imputabilité au service des lombalgies et de la sciatalgie gauche dont elle souffre ne peuvent être accueillies.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision du 3 juin 2021 ayant refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de la névralgie cervico-brachiale dont souffre Mme I :

18. Cette décision est fondée sur un unique motif tiré de ce que les conclusions de deux rapports d'expertise en date des 27 juillet 2020 et 18 mai 2021 ne permettent pas d'établir un lien de causalité direct et certain entre la pathologie déclarée par Mme I et les fonctions exercées.

19. Pour contester ce motif, Mme I se prévaut de la note médicale du médecin de prévention du 3 février 2020 qui récapitule l'historique de sa maladie et dresse la liste des emplois occupés. Or, il ressort du rapport d'expertise précité du 27 juillet 2020 qu'" il existe un état antérieur présenté par une discopathie C5-C6 () qu'il s'agit de l'étage discal qui présente une usure dégénérative la plus précoce et la plus fréquente chez tous les sujets. Il s'agit donc d'une manifestation arthrosique mineure et banale. Il ne peut être établi de lien de causalité direct et certain entre cette pathologie et les fonctions exercées ". Le docteur D, a par ailleurs conclu, dans son rapport du 18 mai 2021, qu'" il existe un état antérieur représenté par une discopathie C5-C6. Il ne peut pas être établi de lien de causalité direct et certain entre cette pathologie arthrosique banale et les fonctions professionnelles exercées par l'agent ". La note médicale dont se prévaut Mme I ne permettant pas de remettre en cause cette appréciation concordante quant à l'existence d'un état antérieur, l'existence d'un lien direct entre la pathologie dont elle se prévaut et l'exercice de ses fonctions ou ses conditions de travail ne peut être regardé comme établi.

20. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 3 juin 2021 ayant refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de la névralgie cervico-brachiale dont souffre Mme I doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au directeur du CHU de Toulouse de reconnaître l'imputabilité au service de tendinopathie compliquée d'une capsulite rétractile dont Mme I souffre à l'épaule gauche à compter du 17 décembre 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions de l'ensemble des parties présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 juin 2021 par laquelle le directeur du CHU de Toulouse a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de la tendinopathie compliquée par une capsulite rétractile dont souffre Mme I à l'épaule gauche est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier universitaire de Toulouse de reconnaître l'imputabilité au service de la tendinopathie compliquée par une capsulite rétractile dont souffre Mme I à l'épaule gauche à compter du 17 décembre 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G H épouse I et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Jorda, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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