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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104516

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104516

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 juillet 2021, le 25 janvier 2022 et le 25 avril 2022, Mme E C, représentée par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2021 par lequel le maire de la commune de Montauban a accordé à Mme D un permis de construire pour la création d'une maison d'habitation avec garage sur un terrain situé 4218 chemin Saint-Pierre, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montauban la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que le document graphique ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes ;

- le projet en litige méconnaît l'article UH 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montauban dès lors que la voie d'accès au projet ne permet pas l'accès des véhicules d'incendie et de secours ;

- il méconnaît l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montauban dès lors que le garage présente une toiture terrasse qui nuit à l'homogénéité du paysage urbain environnant.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 novembre 2021, le 8 mars 2022 et le 12 janvier 2024, Mme D, représentée par Me Courrech, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur la requête de Mme C.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme C dès lors que par un arrêté du 9 janvier 2024, la maire de la commune de Montauban a retiré l'arrêté en litige ;

- à titre subsidiaire, la requête est irrecevable dès lors que Mme C n'a pas intérêt à agir ;

- à titre infiniment subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- en outre, les moyens soulevés dans le mémoire enregistré le 25 janvier 2022 sont irrecevables en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 janvier 2022, le 21 mars 2022 et le 12 janvier 2024, la commune de Montauban, représentée par Me Courrech, conclut dans le dernier état de ses écritures au non-lieu à statuer sur la requête de Mme C.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme C dès lors que par un arrêté du 9 janvier 2024, la maire de la commune de Montauban a retiré l'arrêté en litige ;

- à titre subsidiaire, la requête est irrecevable dès lors que Mme C n'a pas intérêt à agir ;

- à titre infiniment subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- en outre, les moyens soulevés dans le mémoire enregistré le 25 janvier 2022 sont irrecevables en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

La clôture de l'instruction est intervenue en dernier lieu trois jours francs avant la date de l'audience, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Un mémoire a été enregistré le 16 janvier 2024 pour Mme C et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Marti, substituant Me Courrech, représentant Mme D et la commune de Montauban.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a sollicité, le 16 septembre 2020, un permis de construire une maison individuelle avec garage sur un terrain situé 4218 chemin de Saint-Pierre à Montauban. Par un arrêté du 24 décembre 2020, le maire de la commune de Montauban a refusé de lui délivrer le permis sollicité. Par un arrêté du 22 janvier 2021, il a retiré cet arrêté. Mme D a confirmé sa demande de permis de construire le 27 janvier 2021 et par un arrêté du 8 février 2021, le maire de la commune de Montauban lui a finalement délivré le permis de construire sollicité. Mme C a exercé un recours gracieux contre cet arrêté, lequel a été implicitement rejeté.

Sur l'exception de non-lieu opposée par la commune de Montauban et Mme D :

2. S'il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 9 janvier 2024, la maire de la commune de Montauban a retiré l'arrêté en litige à la demande de Mme D, ce retrait n'a pas acquis un caractère définitif à la date du présent jugement. Par suite, la requête de Mme C conserve son objet et l'exception de non-lieu doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que celui-ci comprend un document graphique PCMI 6, sur lequel figure le projet de construction en litige et qui permet d'apprécier de manière suffisante à la fois son impact visuel et son insertion dans son environnement. La seule circonstance que la maison d'habitation de Mme C ne soit pas visible sur ce document n'est pas de nature à rendre le dossier incomplet sur ce point, alors en tout état de cause que celle-ci est visible sur d'autres plans du dossier, notamment le PCMI 7, de telle sorte que la commune de Montauban a été en mesure, au regard de l'ensemble des pièces produites, d'apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UH 3 du règlement du PLU de la commune de Montauban, relatif aux conditions de desserte des terrains et d'accès aux voies : " () / 2 - Voirie : - Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées répondant à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions qui y sont édifiées. Les caractéristiques de ces voies doivent permettre la circulation des engins de lutte contre l'incendie. () ".

6. L'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation invoqué par la requérante a trait aux règles de construction des bâtiments d'habitation et non à des règles d'urbanisme. Par ailleurs, il ne résulte pas des dispositions du plan local d'urbanisme que les auteurs de ce document d'urbanisme auraient entendu, par l'effet de l'article UH 3 ci-dessus reproduit, incorporer les règles de construction aux règles sanctionnées par celui-ci. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 de cet arrêté, qui procède d'une législation indépendante étrangère aux règles applicables au permis de construire, est donc inopérant. En outre, il ressort des pièces du dossier que le chemin d'accès au projet, qui dessert en outre quatre autres maisons individuelles, présente une largeur de plus de 4 mètres en tout point de son tracé, qu'il est parfaitement carrossable et que l'aire de retournement présente un diamètre suffisant pour permettre la manœuvre des véhicules de secours et de lutte contre l'incendie, sans qu'y fasse obstacle la présence d'un arbre en son centre. Dans ces conditions, le maire de la commune de Montauban n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article UH 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune en accordant à Mme D le permis de construire sollicité.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montauban, relatif à l'aspect extérieur des constructions et à l'aménagement de leurs abords : " Tout projet dans son ensemble doit être homogène et s'harmoniser avec l'espace environnant dans lequel il s'inscrit. Le cas échéant, le projet devra prendre en compte les caractéristiques des éléments bâtis protégés, situés à proximité immédiate ou en vis à vis du terrain concerné. / () / 3/ Toitures () Les toitures en terrasses ou de faible pente et d'un aspect différent sont également admises à condition de ne pas nuire à l'homogénéité d'aspect du paysage urbain environnant ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction en litige prévoit la création d'un garage d'une superficie de 21,50 m2 et d'une hauteur de 2,49 mètres, avec une toiture de type terrasse. Si ce type de toiture, ainsi que le soutient la requérante, est rare dans le quartier d'implantation du projet, il n'est pas pour autant prohibé par les dispositions de l'article UH 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Montauban. En outre, eu égard à ses dimensions très réduites par rapport à celles de la maison d'habitation attenante, qui présente une toiture en tuiles de terre cuite de teinte rouge panaché avec une pente de 33 %, similaire à celle des constructions avoisinantes, cette toitureterrasse ne nuit pas à l'homogénéité du paysage urbain environnant. Le maire de la commune de Montauban n'a ainsi pas méconnu les dispositions précitées de l'article UH 11 du plan local d'urbanisme et le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Montauban et Mme D ni la recevabilité des moyens invoqués dans le mémoire en réplique enregistré le 25 janvier 2022, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 février 2021. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme C soit mise à la charge de la commune de Montauban, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme de 750 euros à verser à la commune de Montauban et la somme de 750 euros à verser à Mme D sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera la somme de 750 (sept cent cinquante) euros à la commune de Montauban et la somme de 750 (sept cent cinquante) euros à Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à Mme B D et à la commune de Montauban.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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