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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104607

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104607

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021 et un mémoire enregistré le 15 avril 2022, sous le n° 2104607, M. D B, représenté par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'État, ou à lui verser sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent dès lors qu'il ne disposait pas d'une délégation de signature lui permettant de signer la décision contestée ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation en fait, en méconnaissance de la loi du 11 juillet 1979 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle procède d'une inexacte application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mai 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

II. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021 et un mémoire enregistré le 15 avril 2022, sous le n° 2104608, Mme C B, représentée par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'État, ou à lui verser sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent dès lors qu'il ne disposait pas d'une délégation de signature lui permettant de signer la décision contestée ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation en fait, en méconnaissance de la loi du 11 juillet 1979 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle procède d'une inexacte application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mai 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Quessette, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, de nationalité arménienne, nés respectivement le 1er janvier 1982 et le 30 mai 1986, sont entrés en France, accompagnés de leurs trois enfants mineurs, le 14 juin 2017 selon leurs déclarations. Leurs demandes d'asile ayant été rejetées par la Cour nationale du droit d'asile le 6 mars 2019, les intéressés ont fait l'objet de mesures d'éloignement par des arrêtés en date des 27 août 2019 et 26 avril 2021. Le 29 avril 2021, M. et Mme B ont déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour qui a été examinée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux décisions en date du 27 mai 2021, la préfète de l'Ariège a refusé leur admission au séjour.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2104607 et n° 2104608 présentées pour M. et Mme B présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par des décisions en date du 12 avril 2022, postérieures à l'introduction de leurs requêtes, M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle des requérants sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu de statuer sur leur demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, par un arrêté en date du 14 décembre 2020, publié le même jour au recueil n° 09-2020-161 des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ariège, la préfète de ce département a donné délégation à M. Stéphane Donnot, secrétaire général, à l'effet de signer tous actes, arrêtés dont notamment les arrêtés portant placement en rétention administrative, décisions, rapports, circulaires, correspondances et documents en toutes matières. L'arrêté attaqué entre dans le champ matériel de la délégation de signature accordée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige doit être écarté.

5. En second lieu, les requérants ne peuvent utilement invoquer les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs, dont les dispositions pertinentes ont été abrogées à compter du 1er janvier 2016.

6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

7. En l'espèce, il ressort des termes des décisions attaquées qu'elles comportent tous les éléments de fait et de droit sur lesquels la préfète de l'Ariège s'est fondée pour refuser de délivrer les titres de séjour sollicités. Les deux décisions rappellent leurs dates d'entrée en France et comportent des éléments sur les principaux aspects de leur vie privée et familiale, leurs conditions de séjour en France et les raisons de fait pour lesquelles leur admission exceptionnelle au séjour a été refusée. La préfète n'était nullement tenue, contrairement à ce que soutiennent les requérants, de reprendre de manière exhaustive les éléments de leur situation personnelle. Par suite, les arrêtés attaqués sont suffisamment motivés et les moyens qui manquent en fait, doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité interne :

8. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés attaqués, ni d'aucune autre pièce des dossiers, que la préfète de l'Ariège se serait abstenue de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de M. et de Mme B, qui a, au contraire, été explicitement décrite dans les arrêtés attaqués. Les moyens d'erreur de droit soulevés sur ce point doivent donc être écartés.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date des décisions contestées : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B ont vécu respectivement jusqu'à trente-cinq ans et trente-et-un ans en Arménie, que leur arrivée en France est récente à la date des décisions attaquées, qu'ils ne démontrent pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine et ne produisent pas d'élément caractérisant une insertion sociale ou professionnelle, hormis une activité de bénévolat. Si les requérants se prévalent de la scolarisation en France de leurs enfants mineurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que leur scolarité ne pourrait pas se poursuivre en Arménie. Dans ces conditions, les requérants ne justifiant pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, la préfète de l'Ariège a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de leur délivrer les titres de séjour sollicités sans entacher sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Ariège n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent donc être écartés.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

12. En l'espèce, M. et Mme B ne peuvent utilement soutenir que les décisions contestées de refus d'admission au séjour qui ne fixent pas de pays de destination en l'absence de mesure d'éloignement méconnaissent les stipulations précitées. Le moyen, inopérant, doit être écarté.

13. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Les décisions refusant à M. et à Mme B l'admission au séjour n'ont ni pour objet, ni pour effet, de les séparer de leurs trois enfants. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit donc être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 27 mai 2021. Leurs requêtes doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions des requérants à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par l'avocat des requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. et de Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2104607 est rejeté.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2104608 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à Mme C B, au préfet de l'Ariège et à Me Canadas.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lucas, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2104607, 2104608

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