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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104644

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104644

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantSESTACQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 août 2021 et le 14 février 2022, M. A B, représenté par Me Sestacq, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision 48 SI en date du 16 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur, d'une part, a procédé au retrait de quatre des points affectés à son permis de conduire à la suite d'une infraction relevée à son encontre le 19 août 2020 à 10h45 à Toulouse, d'autre part, a constaté la perte de validité de ce titre, enfin, lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence dans le délai de dix jours à compter de la réception de ladite décision ;

2) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'infraction commise le 27 octobre 2013 ayant donné lieu à un jugement du 20 janvier 2015 et généré un retrait de six points, aurait dû entraîner trois ans plus tard, soit le 21 janvier 2018, une réaffectation de six points sur son permis de conduire en application de l'article L. 223-6 du code de la route dès lors qu'aucune infraction n'a été commise durant ces trois ans ;

- ainsi son permis de conduire devrait être crédité de quatre points compte tenu des infractions commises et de la reconstitution de six points dont il aurait dû bénéficier ;

- un délai anormalement long s'est écoulé entre le jugement de condamnation le 20 janvier 2015 et la date à laquelle la condamnation serait devenue définitive le 16 janvier 2019 portant ainsi atteinte à son droit fondamental de pouvoir aller et venir sans restrictions et à la notion de délai raisonnable d'un an, ce qui en conséquence impliquerait que le délai de trois ans prévu à l'article L. 223-6 du code de la route devrait partir du 20 janvier 2016 et ne peut donc démarrer au 16 janvier 2019 ;

- en l'espèce, le litige ne porte pas sur la réalité de l'infraction, qui n'est pas contestée, mais sur la date à laquelle sa condamnation est devenue définitive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le relevé d'information intégral de M. B ;

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance de référé n° 2104647 du 11 août 2021.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Sestacq représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 27 octobre 2013, 17 juillet 2020 et 19 août 2020, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 16 juin 2021, modèle 48 SI, prise sur le fondement des dispositions du code de la route, le ministre de l'intérieur a notifié à M. B les derniers retraits de points, a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis de conduire dans un délai de dix jours francs. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cette décision 48 SI, motif pris que n'ayant pas commis d'infraction depuis trois ans à compter de l'infraction commise le 27 octobre 2013, son permis de conduire aurait donc dû être affecté du nombre maximal de points et serait dès lors valide et doté d'un capital de quatre points.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. (), aux termes de l'article L. 223-6 de ce code : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe. () et aux termes de l'article L. 224-9 du même code : " () Les mesures administratives prévues aux articles L. 224-1 à L. 224-3 et L. 224-7 sont considérées comme non avenues en cas d'ordonnance de non-lieu ou de jugement de relaxe ou si la juridiction ne prononce pas effectivement de mesure restrictive du droit de conduire. () ".

3. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 223-1 précité du code de la route que le nombre de points du permis de conduire est réduit de plein droit lorsque la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement de l'amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou une condamnation pénale devenue définitive inscrite dans le système national des permis de conduire. Par ailleurs, aucune disposition n'impartit un délai au ministre de l'intérieur, pour notifier à l'intéressé, dès lors que l'infraction est établie, le retrait de points qu'elle entraîne et, le cas échéant, la perte de validité de son permis. Ainsi, s'il appartient au ministre de l'intérieur de porter à la connaissance des intéressés les décisions les concernant dans les délais les plus brefs, la durée de ce délai est sans influence sur la légalité des décisions elles-mêmes.

4. D'autre part, si M. B soutient qu'il incombait à l'administration, en application des dispositions précitées de l'article L. 223-6 du code de la route, de reconstituer le capital de points affecté à son permis de conduire à l'issue du délai de trois ans suivant l'infraction qu'il a commise le 27 octobre 2013, cette infraction est devenue definitive le 16 janvier 2019 ainsi qu'il ressort du relevé d'information intégral de l'intéressé édité le 29 octobre 2021, produit par le ministre. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. B, la reconstitution de son capital de points ne pouvait donc intervenir, en application des dispositions précitées, qu'à l'issue d'un délai de trois ans à compter du 16 janvier 2019, date à laquelle cette infraction a fait l'objet d'une condamnation pénale devenue definitive et il résulte de l'instruction que ce délai a été interrompu par la commission, le 17 juillet 2020, d'une nouvelle infraction ayant donné lieu à retrait de points. Le délai de trois ans nécessaire à la reconstitution totale du capital de points de l'intéressé n'étant pas écoulé lorsque M. B a commis l'infraction en cause, il ne peut pas bénéficier des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il serait en droit de bénéficier d'une reconstitution de son capital de points n'est pas fondé.

5. En outre, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 224-9 du code de la route que M. B ne pourrait être exonéré de la sanction administrative du retrait de six points sur son permis de conduire qu'en l'absence d'une condamnation définitive par le tribunal judiciaire. Or il est constant que le tribunal de grande instance de Toulouse l'a déclaré coupable et lui a infligé tant une condamnation au paiement d'une amande de cinq cents euros qu'une suspension de son permis de conduire pour une durée de quatre mois à titre de peine complémentaire. Dans ces conditions, le requérant ne peut se prévaloir utilement de ce que l'ordonnance pénale du 20 janvier 2015 ne comporte aucune mention de retrait de points sur son permis de conduire.

6. Enfin, les dispositions du code de la route relatives aux retraits de points du permis de conduire ont pour objet d'écarter provisoirement de la conduite d'un véhicule les contrevenants dont le comportement présente ainsi un danger pour la sécurité publique. Par suite, une telle mesure de sûreté ne peut être regardée comme portant une atteinte illégale à une liberté fondamentale. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en litige porterait illégalement atteinte à la liberté d'aller et venir de M. B doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, soit condamné à payer à M. B la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La présidente,

Isabelle Carthé Mazères

Le greffier,

Baptiste Roets

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La Greffière en chef,

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