mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104679 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DE SOUSA CAROLINE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août 2021 et 12 avril 2023, sous le n° 2104679, M. C A, représenté par Me De Sousa, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle le ministre de la justice, garde des sceaux a refusé de réviser le taux de son allocation temporaire d'invalidité, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux présenté le 27 mai 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de réviser le taux de son allocation temporaire d'invalidité à 33,12% à compter du 1er janvier 2019 et de lui verser les sommes correspondantes à compter de cette date ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'administration a procédé à des opérations d'expertise et s'est prononcée sur son taux d'allocation temporaire d'invalidité postérieurement à sa radiation des cadres ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- en application de la règle dite de Balthazard, l'administration devra réévaluer le taux d'invalidité à hauteur de 33,12%.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 12 avril 2023, M. A indique abandonner le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 8 mars 2022.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 mai 2022 et 12 avril 2023, sous le n° 2202527, M. C A, représenté par Me De Sousa, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle le ministre de la justice, garde des sceaux a refusé de réviser le taux de son allocation temporaire d'invalidité, ensemble la décision du 8 mars 2022 a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de réviser le taux de son allocation temporaire d'invalidité à 33,12% à compter du 1er janvier 2019 et de lui verser les sommes correspondantes à compter de cette date ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration aurait dû réévaluer son allocation temporaire d'invalidité avant sa radiation des cadres ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- en application de la règle dite de Balthazard, l'administration devra réévaluer le taux d'invalidité à hauteur de 33,12%.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 12 avril 2023, M. A indique abandonner le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 8 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me De Sousa représentant M. A également présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, surveillant pénitentiaire admis à la retraite depuis le 1er janvier 2019, a été victime, le 3 novembre 2007, d'un accident de service ayant entrainé des séquelles neuropathiques de l'hémiface gauche. Par un arrêté du 14 décembre 2009, une allocation temporaire d'invalidité provisoire lui a été octroyée jusqu'au 21 juin 2014. Par un arrêté du 10 novembre 2014, une allocation temporaire d'invalidité lui a été concédée sur la base d'un taux d'invalidité de 20%, 8% pour les séquelles psychologiques et 12% pour les séquelles neuropathiques à compter du 22 juin 2014, sans limitation de jouissance. Par un courrier du 19 juin 2018, M. A a présenté une demande de réévaluation de son allocation temporaire d'invalidité. Par une décision du 31 mars 2021, le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses a rejeté sa demande. M. A a présenté un recours gracieux qui, au terme d'un délai de deux mois, a été implicitement rejeté. Puis, par une décision du 8 mars 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice a expressément rejeté sa demande. Par les présentes requêtes, M. A demande au tribunal d'une part d'annuler la décision du 31 mars 2021, ensemble les décisions rejetant implicitement et expressément son recours gracieux.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2104679 et 2202527 présentées par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision rejetant implicitement le recours gracieux présenté le 27 mai 2021 :
3. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " () dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours () ". Lorsqu'un requérant conteste à la fois, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et la décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.
4. Par une décision du 31 mars 2021, la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses a refusé de réévaluer le taux de l'allocation temporaire d'invalidité dont bénéficiait M. A depuis le 22 juin 2014. L'intéressé a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qu'il a adressé par un courrier du 27 mai 2021, reçu le 28 mai suivant à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse. Le silence sur ce recours pendant une durée de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet le 28 juillet 2021. Puis, par une décision du 8 mars 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice a expressément refusé de réviser le taux de l'allocation temporaire d'invalidité dont bénéficie M. A. Ainsi, la décision du 8 mars 2022 est venue se substituer à la décision implicite de rejet née le 28 juillet 2021. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 31 mars 2021 doivent être regardées comme étant dirigées également contre la décision expresse de rejet du 8 mars 2022.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions des 31 mars 2021 et 8 mars 2022 :
5. En premier lieu, la décision du 31 mars 2021 vise les articles 5 et 6 du décret du 6 octobre 1960 portant règlement d'administration publique pour l'application des dispositions de l'article 23 bis de l'ordonnance n° 59-244 du 4 février 1959 relative au statut général des fonctionnaire et énonce les motifs de fait retenus pour refuser de réviser l'allocation temporaire d'invalidité de M. A. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, ainsi que l'exigent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille mentionnée à l'article 15 du titre Ier du statut général, correspondant au pourcentage d'invalidité. / Les conditions d'attribution ainsi que les modalités de concession, de liquidation, de paiement et de révision de l'allocation temporaire d'invalidité sont fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine également les maladies d'origine professionnelle. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 portant règlement d'administration publique pour l'application des dispositions de l'article 23 bis de l'ordonnance n° 59-244 du 4 février 1959 relative au statut général des fonctionnaires : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux rémunérable au moins égal à 10 % ; /(). La demande d'allocation doit, à peine de déchéance, être présentée dans le délai d'un an à partir du jour où le fonctionnaire a repris ses fonctions après la consolidation de la blessure ou de son état de santé. / (). ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " L'entrée en jouissance de l'allocation temporaire d'invalidité est fixée à la date de reprise des fonctions après consolidation () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans. A l'expiration de cette période, les droits du fonctionnaire font l'objet d'un nouvel examen dans les conditions fixées à l'article 3 ci-dessus et l'allocation est attribuée sans limitation de durée, sous réserve des dispositions des alinéas suivants et de celles de l'article 6, sur la base du nouveau taux d'invalidité constaté ou, le cas échéant supprimée. / Postérieurement, la révision des droits des fonctionnaires dans les conditions précitées peut intervenir sur demande de l'intéressé formulée au plus tôt cinq ans après le précédent examen. / La date d'effet de cette révision est fixée à la date du dépôt de la demande. Toutefois, en cas de survenance d'un nouvel accident ouvrant droit à allocation, et sous réserve qu'une demande ait été formulée dans les délais prescrits à l'article 1er, il est procédé à un nouvel examen des droits du requérant compte tenu de l'ensemble des infirmités. Une nouvelle allocation est éventuellement accordée, en remplacement de la précédente, pour une durée de cinq ans, avec une date de jouissance fixée conformément à l'article 4 et les droits du fonctionnaire sont ultérieurement examinés ou révisés dans les conditions prévues aux alinéas ci-dessus. ". L'article 6 de ce même décret dispose que : " Après la radiation des cadres et sous réserve des dispositions de l'article 7 ci-après, l'allocation continue à être servie sur la base du dernier taux d'invalidité constaté durant l'activité. Le montant de l'allocation est alors revalorisé (). / Cependant, si l'allocation n'a pas encore donné lieu à la date de radiation des cadres à la révision après cinq ans prévue à l'article 5, un nouvel examen des droits du bénéficiaire est effectué à ladite date. / En aucun cas le taux de l'invalidité indemnisée par l'allocation maintenue après la radiation des cadres ne peut faire l'objet d'une appréciation ultérieure en fonction de l'évolution de cette invalidité. ".
7. M. A a bénéficié d'une allocation temporaire d'invalidité au taux de 20% sans limitation de durée à compter du 22 juin 2014. Par un courrier du 19 juin 2018, l'intéressé a sollicité la " cristallisation " de son taux d'allocation temporaire d'invalidité avant son départ à la retraite au 1er janvier 2019.
8. M. A soutient que le ministre de la justice a commis une erreur de droit en refusant de réviser son allocation temporaire d'invalidité au motif, d'une part, que la révision quinquennale étant intervenue à la date du 21 juin 2014, la révision pour aggravation ne pouvait intervenir que sur demande de l'intéressé formulée au plus tôt cinq ans avant le précédent examen, soit le 22 juin 2019 et, d'autre part, que la radiation des cadres de M. A ayant été prononcée le 1er janvier 2019, soit avant l'échéance des cinq ans ouvrant droit à révision, le taux d'invalidité indemnisé ne pouvait pas faire l'objet d'une révision.
9. Il résulte tout d'abord de l'instruction, alors qu'une révision de l'allocation temporaire d'invalidité ne peut intervenir, en application de de l'article 5 du décret du 6 octobre 1960, qu'au plus tôt cinq ans après le précédent examen, qu'à la date de la demande de révision présentée par M. A, le 19 juin 2018, ce délai de cinq ans n'était pas écoulé. Il résulte ensuite de l'instruction qu'à la date de la radiation des cadres, le 1er janvier 2019, le délai de cinq ans n'était pas davantage écoulé. Or, en application des dispositions précitées de l'article 6 du décret du 6 octobre 1960, l'allocation temporaire d'invalidité continue d'être servie sur la base du dernier taux d'invalidité constaté durant l'activité et le taux de l'invalidité indemnisée par l'allocation maintenue après la radiation des cadres ne peut, en aucun cas, faire l'objet d'une appréciation ultérieure en fonction de l'évolution de cette invalidité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En dernier lieu, si M. A fait état d'un détournement de pouvoir, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions du 31 mars 2021 et du 8 mars 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2104679 et 2202527 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
2- 2202527
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026