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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104702

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104702

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2021, M. A C, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 février 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé un certificat de résidence algérien ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Benhamida de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il a été entendu seul par la commission du titre de séjour alors qu'il avait demandé la désignation d'un avocat au titre de l'aide juridictionnelle ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il devrait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité algérienne, qui déclare être entré en France le 29 juin 2009 sans en apporter la preuve, a sollicité une admission au bénéfice de l'asile, le 27 août 2009, ainsi qu'une admission au séjour en qualité de parent d'enfant français, le 23 novembre 2010, ces deux demandes ayant été rejetées. Par un arrêté du 27 février 2013, le préfet de la Haute-Garonne a refusé sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 2 octobre 2013, le tribunal a annulé cet arrêté. M. C a bénéficié d'un certificat de résidence algérien d'un an, régulièrement renouvelé du 20 juin 2014 au 29 janvier 2019. Par un nouvel arrêté du 6 juillet 2016, pris après l'avis défavorable émis le 15 juin 2016 par la commission du titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans. Par un jugement du 22 novembre 2018, le tribunal a confirmé cette décision. Le 2 avril 2019, M. C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français sur la base de l'article 6 (4°) de l'accord franco-algérien susvisé ainsi qu'un titre de séjour sur le fondement de l'article 7 bis g) du même accord. Par un arrêté du 12 février 2021, pris après un avis de la commission du titre de séjour du 3 novembre 2020, et dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé sa demande.

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, notamment de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision en litige qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier adressé le 2 octobre 2020 par la commission du titre de séjour à M. C, que ce dernier avait été informé qu'il avait le droit de se faire assister par un conseil de son choix, s'il le souhaitait, et qu'à ce titre il pouvait demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle. De plus, il est constant que M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 octobre 2020, soit cinq jours avant l'examen de sa situation par la commission du titre de séjour. Dans ces conditions, et alors que, au demeurant, M. C n'établit ni même n'allègue avoir demandé un report de cet examen afin d'être assisté d'un conseil, la circonstance qu'il se soit présenté seul devant cette commission consultative n'est pas de nature à établir que l'avis de la commission du titre de séjour aurait été rendu dans des conditions irrégulières et qu'il aurait été privé d'une garantie, ni par conséquent que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ". L'article 7 bis du même accord prévoit que : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : g) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an () ".

6. Si l'accord franco-algérien susmentionné ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord, qui ont pour seul objet de définir les conditions particulières que les intéressés doivent remplir lorsqu'ils demandent à séjourner en France, ne privent pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

7. En l'espèce, premièrement, il ressort des pièces du dossier, en particulier du bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. C que ce dernier a été condamné à de multiples reprises entre 2012 et 2018 par le tribunal correctionnel de Toulouse : le 25 octobre 2012 à 150 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants ; le 18 avril 2013 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour vol ; le 6 juin 2013 à 300 euros d'amende pour port prohibé d'arme de 6ème catégorie et usage illicite de stupéfiants ; le 18 juin 2015 à six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pour cession ou offre illicite de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classée comme psychotrope, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et détention non autorisée de stupéfiant ; le 30 juillet 2015 à 500 euros d'amende pour port prohibé d'arme de catégorie 6 ; le 19 novembre 2015 à six mois d'emprisonnement et à la confiscation de son véhicule pour conduite d'un véhicule sans permis, refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance ; le 16 février 2016 à 300 euros d'amende pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ; le 2 janvier 2017 à six mois d'emprisonnement pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D (récidive) et recel de bien provenant d'un vol (récidive) ; le 24 novembre 2017 à un an d'emprisonnement dont huit mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien ainsi que pour arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le 7e jour ; le 5 juin 2018 à 200 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants ; le 13 juin 2018, enfin, à quatre mois d'emprisonnement avec sursis assorti de l'obligation d'accomplir un travail d'intérêt général de 70 heures pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D (récidive) et usage illicite de stupéfiants (récidive). Au regard de ces antécédents et à la suite de l'examen de la situation de l'intéressé, la commission du titre de séjour a émis, le 3 novembre 2020, un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour valable 10 ans et a considéré que son comportement était constitutif d'une menace pour l'ordre public. Deuxièmement, si le requérant produit trois attestations de tierces personnes, dont sa compagne, au demeurant postérieures à la décision attaquée, qui témoignent des efforts qu'il entreprendrait pour changer de conduite, il n'établit en aucune manière ni qu'il aurait travaillé en France depuis son arrivée sur le territoire national, douze ans avant la décision attaquée, ni qu'il aurait même recherché à s'insérer professionnellement ou socialement. Ainsi, eu égard à la réitération et à la gravité des infractions précitées dont certaines étaient très récentes à la date de la décision attaquée, et à l'absence d'éléments propres à démontrer un changement de comportement de sa part, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait fait une inexacte appréciation de sa situation en estimant que sa présence en France constituait une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ni davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation en refusant de lui délivrer, pour ce motif, un certificat de résidence algérien.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Premièrement, M. C se prévaut dans sa requête de la présence en France d'abord de sa sœur et de sa mère, sans l'établir, ensuite de sa fille, ressortissante française née le 28 juin 2002 et majeure à la date de la décision attaquée, avec laquelle il n'établit ni même n'allègue entretenir des liens affectifs ni subvenir à ses besoins, et enfin de sa compagne, ressortissante française, avec laquelle il n'établit ni l'ancienneté de sa relation, ni l'existence d'une communauté de vie, la seule attestation produite par Mme M. ne pouvant suffire à elle seule. Deuxièmement, M. C n'établit pas non plus son insertion sociale ou professionnelle en France, où il ne justifie au demeurant pas disposer de ressources propres. Troisièmement, il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, l'Algérie, où il a vécu au moins jusqu'à ses 26 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 12 février 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le rapporteur,

S. B

Le président,

T. SORINLe greffier,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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