jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104722 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CANADAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 août 2021, complétée par des pièces enregistrées le 21 mars 2022 et des pièces enregistrées le 1er mai 2022, ces dernières n'ayant pas été communiquées, Mme A B, représentée par Me Canadas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, au seul visa de cet article.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour
- la décision contestée a été signée d'une autorité incompétente ;
- la décision contestée a été prise en violation de son droit à être entendue au préalable ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne son nom, sa date d'entrée en France, la circonstance que son époux était vivant lorsqu'elle a demandé un titre de séjour comme conjoint de français, et son intégration en France ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 3 de cette convention ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ; en effet, elle peut prétendre à un titre de séjour sur plusieurs fondements ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la fixation du pays de renvoi :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est privée de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est illégale.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, de nationalité marocaine, est entrée en France, en dernier lieu, le 12 septembre 2020, sous couvert d'un visa long séjour valable jusqu'au 21 juillet 2021. Elle a sollicité un titre de séjour le 12 septembre 2020 en complétant sa demande le 27 mai 2021. Par arrêté du 5 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de ces décisions et la délivrance d'un titre de séjour.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :
3. La directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour signer les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 10 mai 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2021-132. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, si le droit d'être entendu exige que l'intéressée ne soit pas privée de la possibilité de faire valoir spontanément des observations pertinentes qui pourraient influer sur le contenu de la décision prise à son égard, il n'impose pas, en lui-même qu'une procédure contradictoire soit conduite préalablement à l'édiction d'une décision de refus de séjour faisant suite à une demande de titre de séjour au terme de laquelle la requérante a été en mesure de faire valoir tous les éléments pertinents sur sa situation avant que ne soit prise la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la circonstance que le nom de Mme B ait été mal orthographié dans la décision attaquée constitue une simple erreur de plume et n'entache pas d'illégalité cette décision. De même, le fait que le préfet ait retenu une date d'entrée en France au 9 février 2020 alors que cette date serait le 12 février 2020 est en l'espèce sans incidence sur la légalité de la décision contestée.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L.423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :/ 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ;/ 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".
7. Mme B soutient que le préfet s'est fondé à tort sur le fait qu'elle serait entrée en France le 12 septembre 2020 et aurait demandé un titre de séjour comme conjoint de français à cette date, soit après le décès de son époux survenu le 11 août 2020. Toutefois, il ne ressort d'aucun des documents produits par la requérante, notamment son passeport, les réservations de billets d'avion, et la copie de sa demande de titre de séjour, datée de mai 2021, qu'elle résiderait en France sans discontinuité depuis le 12 février 2020 et aurait à cette date déposé sa demande de titre de séjour.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
9. Si Mme B fait valoir qu'elle réside depuis longtemps en France, elle ne l'établit pas, les pièces du dossier n'établissant sa présence en France que depuis 2020, soit moins d'un an avant le refus de titre de séjour contesté. Si elle soutient avoir des liens étroits avec ses deux sœurs en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est pas dépourvue de toute attache au Maroc où résident six autres de ses frères et sœurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 51 ans. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par suite être écarté.
10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est bien intégrée au sein de la commune de Couret, où résidait son époux, qu'elle y est appréciée du voisinage et qu'elle y exerce une activité d'aide à domicile depuis novembre 2021 auprès de plusieurs habitants. Si le décès de son époux a malheureusement compromis le projet du couple de s'installer en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait commencé à s'implanter en France avant septembre 2020. Dès lors, eu égard à la faible ancienneté de séjour de Mme B en France et à la circonstance qu'elle a vécu la quasi-totalité de sa vie au Maroc, sa bonne intégration sociale et professionnelle ne suffit pas à regarder la décision contestée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
11. En sixième lieu, à supposer même que la requérante ait entendu se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour, laquelle ne désigne aucun pays de destination.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire :
12. En premier lieu, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit, en raison de ce qui précède, être écarté.
13. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les même motifs que ceux exposés au point 9. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être également écarté, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :
14. Aucun des moyens présentés à l'appui des conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire n'a été retenu. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Canadas et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme C, magistrate honoraire,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
La rapporteure,
C. C
Le président,
D. KATZ
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
la greffière en chef,
ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026