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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104746

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104746

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104746
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAINIER-SCHALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2021, M. D C, représenté par Me Mainier-Schall, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour valant autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ainsi que des dépens.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- le préfet de la Haute-Garonne a commis une autre erreur de droit en considérant que les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui étaient pas applicables ;

- il a également commis une erreur de droit en considérant qu'il pouvait bénéficier de la procédure du regroupement familial.

Par un mémoire en défense, produit le 3 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pétri.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 9 août 1981, déclare être entré en France le 12 octobre 2017. A la suite de son interpellation par les services de police le 4 octobre 2018, il a fait l'objet d'un arrêté du même jour portant obligation de quitter le territoire français. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a, par une décision du 15 janvier 2020, rejeté la demande d'asile qu'il a formée le 13 novembre 2018. Une nouvelle mesure d'éloignement a été édictée à son encontre le 20 mai 2020. Il a sollicité, le 22 décembre suivant, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 juin 2021 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 14 février 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, selon l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ". Et selon son article 7 : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord / () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; ".

4. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C résiderait sur le territoire français depuis une période significative, dès lors qu'il ne produit aucune pièce en ce sens et qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement édictées les 4 octobre 2018 et 20 mai 2020. S'il est constant qu'il a épousé, le 16 novembre 2019, Mme A B, ressortissante algérienne en situation régulière sur le territoire français, avec laquelle il a eu une fille née le 4 juin 2020, il n'établit toutefois pas la réalité, l'ancienneté, la stabilité et la continuité de sa communauté de vie avec son épouse et ne démontre pas non plus qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de leur enfant, non plus que du second enfant de son épouse. S'il se prévaut également d'une promesse d'embauche en qualité d'agent d'entretien, cette circonstance n'est pas de nature, à elle seule, à lui conférer un droit au séjour sur le territoire français, dès lors en tout état de cause qu'il ne disposait ni d'un visa de long séjour ni d'une autorisation de travail et que les caractéristiques particulières de son activité professionnelle ou de sa formation ne justifiaient pas la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les stipulations de l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

5. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, et étant précisé que M. C n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans et où résident ses parents ainsi que deux de ses enfants âgés de onze et treize ans, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En troisième lieu, ainsi que cela a été dit précédemment, M. C ne démontre pas qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de l'enfant né de son union avec Mme B ainsi que du second enfant de cette dernière, né d'une précédente union. Dans ces conditions et alors que la décision en litige n'a pas ni pour objet ni pour effet en elle-même de procéder à son éloignement ou de le séparer de son enfant, il ne peut, en tout état de cause, utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui figuraient à l'article L. 313-14 du même code avant le 1er mai 2021, sont relatives aux conditions dans lesquelles un étranger peut être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée ou de sa vie privée et familiale dès lors que sa situation répond à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels. Les conditions dans lesquelles un ressortissant algérien peut être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée ou de sa vie privée et familiale étant régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour en France.

9. Si l'accord franco-algérien ne prévoit aucune modalité d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent toutefois pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient à cette autorité, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

10. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la possibilité d'accorder un titre de séjour au requérant a été examinée par l'autorité préfectorale compétente dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit en considérant que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui étaient pas applicables. En tout état de cause, ainsi que cela a été dit au point 4, M. C ne démontre l'existence ni d'une considération humanitaire, ni d'un motif exceptionnel lui ouvrant droit au séjour au titre d'une activité salariée ou de sa vie privée et familiale.

11. En dernier lieu, M. C soutient que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit en considérant qu'il pouvait bénéficier de la procédure du regroupement familial. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que cela a été dit précédemment, que l'intéressé a épousé une ressortissante algérienne titulaire d'un titre de séjour sur le territoire français. Il doit dès lors être regardé comme entrant dans le champ d'application de la procédure du regroupement familial. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit en considérant qu'il pouvait bénéficier de cette procédure ne peut qu'être écarté dans ces conditions. Si M. C fait valoir qu'en tout état de cause, il ne remplissait pas les conditions pour être admis au séjour au titre du regroupement familial, cette circonstance, à la supposer même établie, est inopérante dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle et que l'argument évoqué par le préfet de la Haute-Garonne dans la décision attaquée, tiré de ce qu'il ne démontre pas que son épouse se trouverait dans l'impossibilité de mettre en œuvre à son bénéfice la procédure du regroupement familial, est surabondant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et celles présentées au titre de dépens, au demeurant, inexistants.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

Le président,

T. SORINLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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