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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104758

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104758

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantESCUDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2021, M. E B, représenté par Me Escudier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner en France pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté préfectoral est insuffisamment motivé en fait ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi sont privées de base légale ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, de nationalité ivoirienne, est entré en France, selon ses déclarations le 15 novembre 2016. Il a bénéficié d'une carte temporaire de séjour d'un an en tant que parent d'un enfant français, Aaron B, né le 17 mai 2017, puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 20 novembre 2020. Il a sollicité le 3 novembre 2020 le renouvellement de son titre de séjour pluriannuel ainsi que la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par arrêté du 8 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de ces décisions et la délivrance d'un titre de séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que l'article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé l'historique de la situation familiale et administrative de M. B, ainsi que les principaux éléments de sa situation personnelle et professionnelle, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour et devait être éloigné du territoire. Ainsi, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si l'arrêté contesté ne répond pas aux objections formulées par le requérant concernant la réalité de ses liens avec ses enfants, il ne s'en infère pas que le préfet aurait omis de prendre en compte l'ensemble des éléments de la situation de M. B dans l'instruction de sa demande. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier et sérieux de la situation du requérant doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". L'article 371-2 du code civil dispose : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".

6. Aux termes de l'article L.423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans () ".Aux termes de l'article 11 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans, dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil () ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par jugement du 26 septembre 2019, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Poitiers a accordé l'autorité parentale exclusive sur le jeune A B à sa mère, a fixé sa résidence chez celle-ci, a donné un droit de visite à M. B deux samedis matin par mois dans un point de rencontre associatif et a fixé sa contribution à l'entretien de l'enfant à 120 euros par mois. Si M. B soutient qu'il souhaite maintenir un lien avec son fils malgré l'opposition de sa mère, il ne produit aucun élément montrant qu'il aurait cherché à exercer effectivement son droit de visite. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que si M. B a versé la pension à quatre reprises seulement depuis le jugement, la caisse d'allocations familiales a engagé à son encontre, le 22 janvier 2020 une procédure de paiement direct pour des impayés d'octobre 2019 à avril 2020. Dans ces conditions, le seul fait que la pension soit effectivement versée par prélèvement sur son salaire et que deux témoins attestent que M. B se montre attentionné pour son fils ne suffisent pas à établir qu'il contribue effectivement à son entretien et à son éducation.

8. D'autre part, alors que M. B ne vit pas avec sa nouvelle compagne, de nationalité française, et leur fille née en décembre 2018, il ne produit que quelques factures nominatives faisant état d'achats relativement modestes et ponctuels en 2019 et 2020. Il est vrai qu'une amie proche de la mère atteste que M. B était présent, comme elle-même, lors de la naissance de la petite Jannelle et ultérieurement dans sa petite enfance, comme en témoignent également les photos versées au dossier. Toutefois, si ces éléments, ainsi que les attestations de trois membres de la famille et de nombreuses photos prises aux différents âges de l'enfant montrent l'existence d'un lien affectif entre le père et sa fille, ils sont insuffisants pour établir que M. B contribue effectivement à l'entretien de celle-ci, alors qu'il disposait d'un emploi salarié entre 2018 et fin 2021 et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dans l'impossibilité matérielle de le faire. Dans ces conditions, M. B n'établit pas contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de sa fille.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas remplir les conditions fixées par l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'une carte de séjour temporaire d'un an, ni, par voie de conséquence, celles fixées par l'article L.423-10 de ce code ou par l'article 11 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 pour bénéficier d'une carte de séjour de dix ans. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur d'appréciation de la situation du requérant doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. B fait valoir qu'il réside depuis cinq ans en France, où résident ses deux enfants mineurs. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 8, il n'est pas établi que M. B aurait maintenu des liens avec son fils qui réside dans une autre localité. Si par ailleurs M. B soutient qu'il partage la vie quotidienne de sa fille C, née en décembre 2018, et qu'il subvient à ses besoins, il ne l'établit pas, alors qu'il est constant que celle-ci réside chez sa mère, dans un domicile distinct de celui de M. B. De même, si M. B fait valoir qu'il est en couple avec la mère de C, il ne produit aucun élément établissant l'ancienneté de cette relation. Dans ces conditions, ni le refus de titre de séjour, ni l'obligation de quitter le territoire ne portent au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises.

12. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 9 de cette convention : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant () ".

13. D'une part, il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour comme l'obligation de quitter le territoire ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur des deux enfants du requérant. D'autre part, l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant crée seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit par suite être écarté.

14. En sixième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. B ne saurait exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la mesure fixant le pays de destination.

15. En dernier lieu, alors qu'il n'est pas soutenu que M. B aurait fait valoir devant le préfet de la Haute-Garonne la nécessité de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le moyen tiré de ce que la décision fixant ce délai à trente jours serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur les autres conclusions :

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction comme celles présentées en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme D, magistrate honoraire,

M. Farges, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

La rapporteure,

C. D

Le président,

T. SORIN

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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