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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104770

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104770

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBENAMOU-LEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2021, M. A B D, représenté par Me Benamou-Lévy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner en France pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de réexaminer immédiatement sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à défaut au seul visa de cet article.

Il soutient que :

- les décisions contestées ont été signées d'une autorité incompétente ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- l'obligation de quitter le territoire a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu au préalable ;

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit faute d'examen sérieux de sa situation ;

- cette décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision refusant le délai de départ volontaire est privée de base légale par suite de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation

- cette décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale par suite de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2021, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 24 mars 2022.

M. B D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, de nationalité gabonaise, est entré en France le 21 septembre 2018, sous couvert d'un visa touristique de vingt jours, alors qu'il était âgé de 17 ans. Sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiant a été rejetée par arrêté du 16 septembre 2019 portant également obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et interdiction de retour en France. Cet arrêté a été annulé par le magistrat désigné par le tribunal administratif de Pau le 27 septembre 2019 en tant qu'il prononçait une interdiction de retour en France de 3 ans, au motif notamment que la présence de l'intéressé ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Le surplus des conclusions a en revanche été rejeté, solution confirmée par ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 18 mai 2020. La préfète des Landes a pris un nouvel arrêté refusant un titre de séjour " étudiant " au requérant et l'obligeant à quitter le territoire sans délai. Le recours engagé par le requérant à l'encontre de cet arrêté a été rejeté comme irrecevable par le tribunal administratif de Pau le 22 janvier 2020. Le 5 août 2021, M. B D a été interpellé par les services de police dans le cadre d'un contrôle de police routier. Par arrêté du 6 août 2021, la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner en France pour une durée de trois ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 mai 2022. Par suite, les conclusions tendant à son admission à ce dispositif à titre provisoire sont désormais sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, le secrétaire général de la préfecture des Landes, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, par arrêté du 2 août 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

5. L'arrêté en litige vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé le parcours migratoire et administratif du requérant, et rappelé les principaux éléments de sa situation familiale et personnelle, en indiquant les raisons pour lesquelles la préfète des Landes a considéré qu'il devait être éloigné du territoire sans délai. Les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus de délai de départ volontaire énoncent ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. Il en est de même de la décision fixant le pays de renvoi, motivée par la nationalité du requérant et le fait qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays. Le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte du procès verbal d'audition du 5 août 2021 que le requérant a été entendu par les services de police et invité à présenter ses observations sur la mesure d'éloignement envisagée, avant que ne soit édictée l'obligation de quitter le territoire sans délai. Le moyen tiré du vice de procédure doit ainsi être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des termes de l'arrêté du 6 août 2021 que les décisions contestées auraient été prises sans examen particulier et sérieux de la situation du requérant.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B D est entré en France à l'âge de 17 ans et dix mois, de façon régulière sous couvert d'un visa court séjour, et s'y est maintenu irrégulièrement, sa demande de titre de séjour en tant qu'étudiant ayant été rejetée le 16 septembre 2019. Si le requérant, célibataire sans enfant, a déclaré lors de son audition par les services de police que ses liens familiaux sont fixés en France et qu'il y a été scolarisé pendant trois ans en lycée professionnel, il ne l'établit pas, et ne justifie par ailleurs d'aucune insertion socio-professionnelle particulière. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé ni d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En sixième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire n'est retenu par le présent jugement. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi seraient illégales par suite de l'illégalité de la mesure d'éloignement, doit être écarté.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B D a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire en 2019 et en 2021, qu'il n'a pas exécutées. Il n'avance, dans ses écritures, aucune circonstance qui ferait obstacle à l'exécution sans délai de son éloignement. Ainsi qu'il a été dit, s'il déclare lors de son audition, que sa famille réside en France et qu'il y a engagé un projet de formation professionnelle, il ne l'établit pas. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit ainsi être écarté.

12. En huitième lieu, Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L.612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Pour fixer à trois ans, durée maximale prévue par les textes, l'interdiction de retour faite au requérant, la préfète de Landes s'est fondée sur l'absence d'insertion socio-professionnelle en France du requérant, sur l'existence de liens familiaux au Gabon, sur l'inexécution de deux précédentes mesures d'éloignement et le fait que son comportement trouble l'ordre public. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les faits reprochés au requérant auraient donné lieu à des condamnations pénales, ni qu'ils caractérisent, compte tenu de leur nature, une menace à l'ordre public justifiant une telle durée d'interdiction de retour en France. Eu égard par ailleurs à la durée de séjour en France de M. B D, qui était de quatre ans à la date de la décision contestée, à son jeune âge et à l'ensemble de son parcours migratoire, la décision interdisant à l'intéressé de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans est, dans les circonstances particulières de l'espèce, entachée d'une erreur d'appréciation. Elle doit par suite être annulée sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen invoqué à son encontre.

Sur les autres conclusions :

14. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 6 août 2021 doit être annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. B D une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans. Cette annulation n'implique pas nécessairement que la préfète des Landes réexamine sa situation ni ne lui délivre d'autorisation provisoire de séjour. Les conclusions présentées à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

15. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Benamou-Lévy en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'interdiction de retour sur le territoire français édictée le 6 août 2021 est annulée.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Benamou-Lévy en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A BDa, à Me Benamou-Lévy et à la préfète des Landes.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme C, magistrate honoraire,

Mme Matteacioli, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

P. GRIMAUDLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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