jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104781 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAMBARET |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2104781 et des mémoires, enregistrés les 9 août 2021, 9 mai 2022 et 8 juin 2022, M. D F, représenté par Me Chambaret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé l'admission de son épouse au titre du regroupement familial ;
2°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2106526 et des mémoires, enregistrés les 12 novembre 2021, 24 juin, 7 septembre et 5 décembre 2022 et 20 janvier 2023, M. D F, représenté par Me Chambaret, demande au tibunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a explicitement refusé l'admission de son épouse au titre du regroupement familial ;
2°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de la consultation illégale du dossier de Mme E dans le système Visabio ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Chambaret, représentant M. F.
Une note en délibéré présentée par M. F a été enregistrée le 8 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier notifié aux services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 7 août 2020, M. F, ressortissant centrafricain né le 10 juillet 1975 et titulaire d'une carte de résident valable du 3 janvier 2012 au 2 janvier 2022, a présenté une demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme A E, épouse F, ressortissante camerounaise née le 19 février 1992. En l'absence de décision explicite, par un courrier du 24 juin 2021, l'intéressé a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet. Par la présente requête, enregistrée le 9 août 2021, il a demandé l'annulation de cette décision implicite de rejet. Par une décision du 7 octobre 2021, notifiée à l'intéressé le 19 octobre 2021, et dont il demande également l'annulation, la préfète de Tarn-et-Garonne a rejeté explicitement sa demande.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Et selon son article L. 232-4 : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. " Par ailleurs, aux termes de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial. "
3. D'autre part, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 susmentionné, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.
4. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 1, la préfète de Tarn-et-Garonne a pris une décision explicite de rejet de la demande présentée par M. F le 7 octobre 2021. Cette décision, quoique postérieure à l'introduction de la présente requête, se substitue à la décision implicite de rejet initialement attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F dans sa requête enregistrée sous le numéro 2104781 doivent être redirigées contre la décision du 7 octobre 2021.
Sur la jonction :
5. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2104781 et 2106526 sont dirigées contre la même décision, ainsi qu'il vient d'être exposé. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de la décision du 7 octobre 2021 qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction, en particulier la référence aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'à l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Dans ces conditions, et dès lors que la décision du 7 octobre 2021 s'est substituée à la décision implicite de rejet initial, ainsi qu'il a été dit au point 4, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "
8. D'autre part, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / - le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; / - l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions () ".
9. La procédure contradictoire prévue par ces dispositions et stipulations n'est pas applicable aux décisions statuant sur une demande. Par suite, M. F qui, en tout état de cause, ne mentionne pas les éléments de droit ou de fait qu'il aurait souhaité présenter lors d'une procédure contradictoire, pas plus qu'il ne démontre avoir été privé d'une garantie, ne peut utilement les invoquer à l'encontre de la décision rejetant sa demande de regroupement familial pour soutenir qu'elle serait irrégulière.
10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la demande de regroupement familial déposée par M. F qui indique que le pays de résidence de Mme E est la France, ainsi que de son courrier en date du 4 août 2020 dans lequel il indique qu'ils sont tous deux locataires d'un appartement de type T2 depuis 2016, que l'intéressée réside en France. Par suite, alors qu'il n'est pas établi que la décision en litige se serait fondée sur le dossier " Visabio " de Mme E, la circonstance que sa fiche soit versée au dossier de l'instruction est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, en toute hypothèse.
11. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". Et selon l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France. "
12. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
13. Il résulte des dispositions et stipulations précitées que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, notamment, comme en l'espèce, en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. F séjourne régulièrement en France depuis 2002, où il dispose d'un contrat à durée indéterminée depuis 2014. En revanche, il est constant que si Mme E, ressortissante camerounaise, et lui se sont mariés en France en 2018, cette dernière ne justifie pas disposer d'un titre de séjour régulier en France, alors que la préfète fait valoir sans être contestée que son visa " étudiant " délivré le 2 septembre 2014 a expiré le 2 mars 2015, pas plus qu'elle ne démontre son insertion sociale et professionnelle en France. Enfin, la décision portant refus de regroupement familial n'implique qu'une séparation temporaire du couple pour la durée nécessaire à l'instruction d'une demande régulière de regroupement familial. Dès lors, la circonstance que M. F soit père d'un enfant français résidant en France, à supposer qu'il exerce l'autorité parentale et contribue à son entretien et à son éducation, ce qu'il ne démontre pas, est inopérante dès lors que la décision en litige n'implique pas pour lui de quitter la France. Pour la même raison, la circonstance que M. F, ressortissant centrafricain, et son épouse, ressortissante camerounaise, ne partagent pas la même nationalité est inopérante. Par suite, eu égard à la présence, de surcroît irrégulière, de Mme E sur le territoire français au moment de la demande de regroupement familial et en l'absence de circonstances particulières justifiant qu'il soit dérogé à la procédure de droit commun du regroupement familial, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 susmentionné en rejetant la demande présentée par M. F, pas plus qu'elle n'a commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F tendant à l'annulation de la décision de la préfète de Tarn-et-Garonne en date du 7 octobre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. F enregistrées sous les numéros 2104781 et 2106526 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et à la préfète de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le rapporteur,
S. B
Le président,
T. SORINLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
2, 2106526
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026