mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104843 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | NACIRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 août 2021, le 10 janvier 2022 et le 22 février 2022, Mme A C, représentée par Me Naciri, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, de mettre à la charge de l'État la même somme à lui verser sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet de démontrer la saisine régulière du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) prévue par les articles L. 425-9 et R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation de son état de santé et des conséquences d'une extrême gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle, au regard des stipulations de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'il n'existe pas de traitement approprié dans son pays d'origine ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet de démontrer la saisine régulière du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) prévue par les articles L. 425-9 et R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- méconnaît l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut bénéficier effectivement d'un traitement médical approprié en Algérie ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation dès lors qu'elle a créé des liens importants en France depuis deux ans, qu'elle a placé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et qu'elle a vocation à se voir reconnaître la nationalité française après que son père a été réintégré dans la nationalité française ;
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 octobre 2021 et le 28 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mars 2022.
Un mémoire présenté pour Mme C a été enregistré le 22 mars 2022 et n'a pas été communiqué.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née le 4 septembre 1986 à Saida (Algérie), est entrée régulièrement en France le 9 novembre 2019, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, valable du 17 septembre 2019 au 17 décembre 2019. Le 3 mai 2021, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 février 2022. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. Pour motiver le refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien opposé à Mme C, le préfet de la Haute-Garonne a considéré que l'intéressée, dont il n'est pas contesté que l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ne justifiait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine, ce dont elle ne se prévalait pas par ailleurs. La requérante soutient, pour contester cette décision du 28 juillet 2021, qu'elle est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation de son état de santé et des conséquences d'une extrême gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle, au regard des stipulations de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'il n'existe pas de traitement approprié dans son pays d'origine. Elle produit à l'appui un certificat médical établi le 15 avril 2021 par un praticien du service de traumatologie de l'hôpital Purpan à Toulouse attestant que l'état de santé de la requérante " nécessite sa prise en charge chirurgicale et rééducative en France pour 6 mois à partir du 23 avril 2021 ". Elle produit également un certificat établi le 5 mai 2021 par un praticien algérien, spécialiste de médecine interne, exerçant au centre de diabète et de goitre d'Oran, aux termes duquel l'état de santé de la requérante " nécessite un traitement à vie médical et chirurgical () malheureusement impossible en Algérie ". Elle produit enfin un troisième certificat médical, établi le 28 septembre 2021 par un chirurgien algérien exerçant à Saida et qui, bien que postérieur à la décision attaquée, confirme que l'état de santé de Mme C nécessite des interventions chirurgicales multiples et complexes qui ne sont pas réalisables en Algérie. Il ressort ainsi des pièces produites par la requérante et soumises au débat contradictoire, suffisamment explicites, qu'en l'espèce, la maladie auto-immune dont elle souffre nécessite des interventions chirurgicales complexes dont il n'est pas démontré qu'elles peuvent être réalisées en Algérie. Si le préfet fait valoir, en défense, que le certificat établi en avril 2021 est vague et non circonstancié et s'il rappelle qu'il n'appartient pas à l'administration ni au juge de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France, il ne conteste pas utilement les termes des certificats médicaux produits à l'instance et attestant de l'indisponibilité, en Algérie, de la prise en charge médicale que nécessite l'état de santé de Mme C. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme démontrant qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'ainsi, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 28 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer à Mme C un certificat de résidence algérien doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. En application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme C un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Naciri, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Naciri de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme C.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 28 juillet 2021 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à Me Naciri la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Naciri renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Naciri.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Benéteau, première conseillère,
M. Leymarie, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
A. B
Le président,
D. KATZLa greffière,
C. CASTRILLO
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026