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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104862

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104862

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 août 2021, M. C B D, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) à titre principal d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, de réexaminer sa situation et de justifier l'effacement de la base de données Schengen de la mention de l'interdiction de retour, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros à verser à son conseil Me Tercero au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de droit dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour alors que M. B D démontrait résider habituellement depuis plus de 10 ans sur le territoire français, et exigé une preuve de sa présence continue au lieu de la preuve de sa résidence habituelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet a considéré que la durée de la résidence en France de M. B D n'était pas établie et qu'elle ne pouvait par conséquent constituer un motif exceptionnel propre à le faire bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet a estimé que le requérant devait présenter un visa long séjour et un contrat visé par l'administration pour bénéficier d'une autorisation de travail ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de titre de séjour ;

- elle est disproportionnée dans ses effets eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.

M. B D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B D, ressortissant sri lankais né le 3 août 1988, serait entré irrégulièrement en France en mai 2008, selon ses déclarations. Il a sollicité une première fois le 24 juin 2008 son admission au bénéfice de l'asile, que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté par une décision du 2 novembre 2012, puis une seconde fois le 27 juillet 2011, à nouveau rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 février 2012. Il a fait l'objet le 31 janvier 2011 d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire. Il a sollicité le 3 octobre 2013 son admission exceptionnelle au séjour en France, ce que le préfet, par un arrêté du 6 mars 2014 a refusé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans. Il a sollicité à trois reprises, le 12 décembre 2014, le 20 janvier 2016 et le 27 juillet 2016, le réexamen de sa demande d'asile, que la Cour nationale du droit d'asile a chaque fois rejeté comme irrecevable. Il a de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour en France au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et au titre du travail sur le fondement des articles L. 313-10 et L. 313-14 du même code. Par un arrêté du 30 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demande et l'a obligé à quitter le territoire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pendant un an.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

2 En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et il ne ressort pas de sa motivation que le préfet de la Haute-Garonne aurait insuffisamment examiné la situation personnelle de M. B D. Par suite, ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () " et de l'article L. 313-14 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ().

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B D soutient résider de manière continue et habituelle en France depuis le mois de mai 2008 sans toutefois en apporter la preuve. S'il se prévaut de la présence de sa mère, de sa sœur et de son frère qui résideraient régulièrement sur le territoire français, il n'en apporte aucunement la preuve. En outre, dès lors que son épouse et compatriote, Mme E, en situation irrégulière, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, la cellule familiale a vocation à se reconstituer dans leur pays d'origine, le Sri Lanka. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels propres à le faire bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par suite, le préfet, en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé et en ne soumettant pas son cas à la commission du titre de séjour, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ces moyens doivent être rejetés.

5. En troisième et dernier lieu, il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas conditionné le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour à titre de salarié de M. B D, à la présentation d'un visa long séjour et d'un contrat visé par l'administration, mais s'est seulement fondé sur l'absence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels tenant à la situation personnelle de l'intéressé. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est aucunement privée de base légale.

7. En second et dernier lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes du huitième alinéa de cet article : " () le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

8. La décision litigieuse vise les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il est fait application. Elle fait état des éléments de la situation de M. B D au vu desquels le préfet de la Haute-Garonne a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, eu égard à la durée de sa présence sur le territoire français et à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France ainsi qu'à la circonstance que M. B D avait fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement non exécutées. Cette motivation atteste ainsi de la prise en compte par le préfet, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Dans ces conditions, la décision attaquée n'apparaît pas comme disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, et ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B D, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, conseillère,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

C. CHALBOS

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°210486

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