jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104959 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ESCUDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2021 et un mémoire enregistré le 25 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Escudier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus d'admission au séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses perspectives professionnelles ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 novembre 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse du 14 février 2022.
Vu :
- le jugement n° 2104959 du 9 juin 2022 du magistrat désigné du tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de M. Quessette, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 30 novembre 1984, est entré en France le 13 août 2016, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 18 juillet 2016 au 13 janvier 2017. Le rejet de sa demande d'asile, présentée le 5 septembre 2017, a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 14 juin 2018. M. C a fait l'objet d'un arrêté le 27 mars 2019 portant obligation de quitter le territoire français. L'intéressé a sollicité le 28 décembre 2020 son admission exceptionnelle au séjour qui a été examinée au titre de la vie privée et familiale sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et en qualité de salarié sur le fondement de l'article 5 dudit accord. Par un arrêté du 26 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur l'étendue du litige :
2. En raison du placement en rétention administrative de M. C par un arrêté préfectoral du 6 juin 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif a statué, selon la procédure prévue aux articles L. 614-4 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les conclusions de sa requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions accessoires et par un jugement rendu sous ce même numéro le 9 juin 2022, a annulé l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 26 juillet 2021 en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, il n'y a lieu de ne statuer, par le présent jugement, que sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions combinées qu'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
4. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 26 juillet 2021 mentionne les dispositions pertinentes de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en visant notamment son article 5, le 5° de son article 6 et son article 9, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ledit arrêté fait état des motifs ayant conduit le préfet de la Haute-Garonne à refuser de délivrer un titre de séjour au requérant et comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et qui ont permis à l'intéressé de comprendre la décision de refus et d'en contester utilement les motifs. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 26 juillet 2021 est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions précitées. Le moyen est écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, qui a notamment pris en compte la création récente de son entreprise, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C avant de refuser de lui délivrer un certificat de résidence. Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué à cet égard ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Et selon l'article 9 dudit accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien qui ne remplirait pas toutes les conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne justifie pas d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises et qu'il ne peut, par suite, bénéficier d'un certificat de résidence dans les conditions prévues par les stipulations précitées de l'article 5 de l'accord franco-algérien. Si l'intéressé justifie de la création, le 7 décembre 2020, de sa propre société de pâtisserie et de la détention de diplômes, de qualifications et d'expériences en hôtellerie filière pâtisserie, ainsi que de bulletins de paie dans ce secteur d'activité, son entreprise est toutefois récente à la date de la décision attaquée et M. C ne prouve pas sa viabilité économique. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a entaché d'erreur manifeste d'appréciation sa décision refusant de régulariser sa situation. Compte tenu de l'office du juge de l'excès de pouvoir qui se prononce à la date de la décision attaquée, les pièces versées au dossier et postérieures à la décision qui font valoir un contrat de travail à durée indéterminée dans le secteur de la pâtisserie et la qualité de ses réalisations, sont sans incidence sur la légalité de la décision.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C se prévaut d'une présence en France de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, de son intégration, notamment par sa maîtrise de la langue française, de la qualité de combattant français de son grand-père, de la présence de membres de sa famille sur le territoire national et de nombreuses attestations. Toutefois, il est constant que le requérant s'est maintenu en situation irrégulière depuis 2019, qu'il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans dans son pays d'origine, où il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales, qu'il est divorcé et sans charge de famille. Si l'intéressé justifie d'une relation avec une ressortissante marocaine, cette relation présente un caractère récent à la date de la décision attaquée. Pour les motifs évoqués précédemment, le juge de l'excès de pouvoir ne peut prendre en compte les éléments postérieurs à la décision attaquée. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les stipulations précitées.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juillet 2021. Sa requête doit donc être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation du requérant dirigées contre la décision du 26 juillet 2021, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au requérant la somme réclamée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Escudier.
Délibéré après l'audience du 26 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lequeux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le rapporteur,
L. QUESSETTE
Le président,
P. GRIMAUD La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2104959
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026