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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105045

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105045

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantESCUDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 27 août, 12 octobre, 2 et 22 décembre 2021, les 10 janvier, 11 février, 11 mars et 10 octobre 2022, Mme A E agissant en qualité de représentante légale de ses enfants F C G, B G et D H G, représentés par Me Escudier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer à Mme E un document de circulation au bénéfice de ses trois enfants ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme E un document de circulation au bénéfice de ses trois enfants dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation des requérants ;

- elle méconnaît l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pétri a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante algérienne née le 28 avril 1980, était titulaire, à la date de la décision attaquée, d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 15 février 2022. Elle a sollicité la délivrance de documents de circulation pour mineurs au bénéfice de ses enfants F C, B et D G, ressortissants algériens également, nés respectivement les 9 juillet 2003, 30 avril 2007 et 24 octobre 2012. Par une décision du 7 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne a opposé un refus à cette demande. Par la présente requête, Mme E, agissant en qualité de représentante légale de ses enfants, demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision litigieuse vise les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et mentionne que les enfants de Mme E sont entrés sur le territoire français le 2 novembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour sans avoir été autorisés à séjourner au titre du regroupement familial et qu'ils ne justifient pas d'une résidence habituelle en France depuis au moins six ans. Par suite, dès lors qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, elle est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de Mme E et de ses enfants doit être écarté.

5. En troisième lieu, selon l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les mineurs algériens de dix-huit ans résidant en France, qui ne sont pas titulaires d'un certificat de résidence reçoivent sur leur demande un document de circulation pour étrangers mineurs qui tient lieu de visa lorsqu'ils relèvent de l'une des catégories mentionnées ci-après : / a) Le mineur algérien dont l'un au moins des parents est titulaire du certificat de résidence de dix ans ou du certificat d'un an et qui a été autorisé à séjourner en France au titre de regroupement familial ; / b) Le mineur qui justifie, par tous moyens, avoir sa résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans et pendant une durée d'au moins six ans ; / c) Le mineur algérien entré en France pour y suivre des études sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois ; / d) Le mineur algérien né en France dont l'un au moins des parents réside régulièrement en France. ".

6. Mme E soutient qu'elle est entrée régulièrement en France le 2 novembre 2019, que sa famille est établie sur le territoire français, qu'elle bénéficie d'un titre de séjour et que son conjoint est de nationalité française. Par ces seuls éléments, elle ne démontre toutefois pas que ses enfants entreraient dans l'une des situations mentionnées par les stipulations précitées. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

7. En quatrième lieu, Mme E se prévaut de l'application des dispositions de l'article L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui figurent désormais à l'article L. 414-4 du même code. Or, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour et documents de circulation qui peuvent leur être délivrés. Les conditions de circulation des algériens mineurs sont ainsi exclusivement régies par les stipulations précitées de l'article 10 de cet accord. Dans ces conditions, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être utilement invoquée.

8. En cinquième lieu, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de délivrance d'un document de circulation au profit d'un étranger mineur de nationalité algérienne qui ne remplit pas les conditions pour en bénéficier prévues par les stipulations précitées de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'un refus de délivrance d'un tel document ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant selon lesquelles " dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Le document de circulation pour étrangers mineurs visé par l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cité au point 6, n'a pas la nature d'un titre de séjour mais dispense seulement l'étranger mineur qui en est détenteur et qui a quitté, sans être accompagné de ses parents, le territoire français, d'obtenir un visa de retour, si toutefois il est également en possession d'un passeport en cours de validité. Cependant, un étranger mineur qui s'est vu refuser la délivrance d'un tel document de circulation conserve la possibilité de quitter et de regagner librement le territoire français, même pour effectuer un séjour dans un pays tiers à l'Union européenne, lorsqu'il est accompagné de ses parents, si ceux-ci sont eux-mêmes en mesure de présenter des documents de voyage en cours de validité.

10. Mme E soutient qu'elle bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet et qu'elle ne saurait dès lors être bloquée dans un pays étranger dans l'attente de la délivrance d'un visa permettant à ses enfants de rentrer en France, une demande de visa pouvant prendre plusieurs semaines voire plusieurs mois. Elle soutient également que ses enfants pourraient avoir besoin de se déplacer à l'étranger dans le cadre scolaire et qu'ils ne peuvent rendre visite à leur père ou à leurs grands-parents en Algérie. Or, la circonstance qu'un document de circulation n'ait pas été délivré aux enfants de Mme E ne fait pas obstacle à ce qu'ils puissent effectuer des voyages à l'étranger en sollicitant la délivrance de visas. Mme E n'établit pas, à cet égard, qu'elle aurait rencontré des difficultés pour obtenir un visa au bénéfice de ses enfants dans le cadre d'un voyage à l'étranger. Par ailleurs, elle n'établit pas davantage qu'un voyage scolaire aurait été programmé dans la classe de ses enfants. Enfin, par les pièces qu'elle produit, elle n'établit ni que le père de ses enfants ne pourrait pas effectuer un voyage en France afin de leur rendre visite, ni la réalité de la situation de santé de leur grand-mère résidant en Algérie. Par suite, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de Mme E seraient séparés de leur famille résidant en Algérie, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

11. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée que le préfet de la Haute-Garonne aurait porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme E et de ses enfants garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, en qualité de représentante légale de ses enfants F C G, B G et D H G, et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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