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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105058

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105058

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPEPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 27 août 2021 sous le n° 2105058, et deux mémoires en réplique enregistrés respectivement les 11 et 15 février 2022, Mme A, représentée par Me Dalbin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de l'EHPAD Sainte-Sophie a suspendu le versement de son traitement et de ses indemnités à compter du 1er juin 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD Sainte-Sophie de lui verser son traitement ou, à tout le moins, un demi-traitement, depuis le mois de juin 2021, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Sainte-Sophie la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le tribunal administratif ayant annulé la décision l'ayant placée en retraite pour invalidité, par un jugement n° 1901002 du 27 mai 2021, l'EHPAD Sainte-Sophie aurait dû reprendre le versement de son traitement à compter du 1er juin 2021 ;

- l'absence de service fait ne peut pas lui être opposée dès lors que cette circonstance est imputable à l'administration ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 27 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 et 17 du décret n°88-386 du 19 avril 1988.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2022, l'EHPAD Sainte-Sophie, représenté par Me Pepin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés dès lors que la décision attaquée n'existe pas.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 novembre 2023 par une ordonnance du 25 octobre précédent.

II- Par une requête enregistrée le 25 février 2022 sous le n° 2201088, et deux mémoires enregistrés les 24 août 2022 et 28 juillet 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A, représentée par Me Dalbin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision n°002/2019 du 17 janvier 2019 par laquelle la directrice de l'EHPAD Sainte-Sophie l'a radiée des cadres ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD Sainte-Sophie de la réintégrer et de reconstituer sa carrière, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Sainte-Sophie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part qu'elle n'a pas été informée de la date à laquelle la commission de réforme examinerait son dossier ni des droits relatifs à la communication de son dossier et du droit d'être entendue en étant assistée par le conseil de son choix et, d'autre part, que ni la commission de réforme ni le conseil médical n'ont été consultés avant sa mise en disponibilité d'office ;

- l'EHPAD Sainte-Sophie aurait dû l'inviter à présenter une demande de reclassement et mettre en œuvre cette procédure ;

- la décision portant radiation des cadres est sans fondement juridique dès lors que la décision de mise à la retraite pour invalidité a été annulée par un jugement du tribunal du 27 mai 2021 et que l'EHPAD s'est désisté de l'instance portée devant la cour administrative d'appel de Bordeaux ;

- la décision attaquée méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;

- l'EHPAD Sainte-Sophie était tenu de mettre en œuvre la procédure de reclassement et de rechercher un reclassement effectif ;

- elle n'aurait pas dû être reconnue inapte à toute fonction de façon définitive et absolue ;

- à titre subsidiaire, si un non-lieu devait être prononcé, elle maintient ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2022, l'EHPAD Sainte-Sophie, représenté par Me Pepin, conclut à l'irrecevabilité de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive et donc irrecevable ; elle est dépourvue d'objet dès lors que la décision sur laquelle elle se fonde a été annulée par une décision juridictionnelle devenue définitive et que Mme A a été réintégrée.

L'instruction a été close le 28 juillet 2023 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

III- Par une requête enregistrée le 2 juin 2022 sous le n° 2203101, Mme A, représentée par Me Dalbin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2022 par laquelle la directrice de l'EHPAD Sainte-Sophie a abrogé sa décision de mise à la retraite d'office à compter du 27 mai 2021 et l'a placée en disponibilité d'office à compter du 28 mai 2021, pour une durée d'un an renouvelable ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD Sainte-Sophie de la réintégrer et de reconstituer sa carrière, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Sainte-Sophie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part qu'elle n'a pas été informée de la date à laquelle la commission de réforme examinerait son dossier ni des droits relatifs à la communication de son dossier et du droit d'être entendue en étant assistée par le conseil de son choix et, d'autre part, que le conseil médical n'a pas été consulté avant sa mise en disponibilité d'office ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 826-2 et L. 826-3 du code général de la fonction publique ;

- son employeur aurait dû prononcer sa mise en disponibilité d'office à compter du 1er juin 2017.

Par un courrier du 19 octobre 2022, l'EHPAD Sainte-Sophie a été mis en demeure de produire un mémoire en défense. Cette mesure est demeurée sans réponse.

La clôture de l'instruction a été fixée au 25 mai 2023 par une ordonnance du 3 mai précédent.

IV- Par une requête enregistrée le 8 septembre 2022 sous le n° 2205300, Mme A, représentée par Me Dalbin demande au tribunal :

1°) de condamner l'EHPAD Sainte-Sophie à lui verser la somme de 85 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2022, au titre de la réparation des préjudices subis ;

2°) de mettre à la charge de l'EHPAD Sainte-Sophie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- l'illégalité de la décision du 23 février 2017, de la décision implicite de suspension de son traitement à compter du 1er juin 2021 et de la décision du 11 mai 2022, engage la responsabilité de l'EHPAD Sainte-Sophie ;

- elle a perdu une chance d'être reclassée sur un poste administratif ;

- le préjudice lié à la perte de chance d'être reclassée doit être évalué à hauteur de 30 000 euros ;

- le préjudice matériel résultant directement des fautes de l'EHPAD s'élève à 50 000 euros ;

- le préjudice moral subi doit être réparé à hauteur de 5 000 euros.

Par un courrier du 23 mars 2023, l'EHPAD Sainte-Sophie a été mis en demeure de produire un mémoire en défense dans un délai de 30 jours. Cette mise en demeure est demeurée sans réponse.

La clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2023 par une ordonnance du 10 mai précédent.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- le jugement du tribunal n°1701325 et n°1802295 du 7 mars 2019 ;

- le jugement du tribunal n°1901002 du 27 mai 2021 ;

- l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux n°21BX03277 du 2 février 2022 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 relatif au reclassement des fonctionnaires hospitaliers reconnus inaptes à l'exercice de leur fonction ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée le 2 septembre 2002 par l'EHPAD Sainte-Sophie dans le cadre d'un contrat à durée déterminée, plusieurs fois renouvelé, avant d'être titularisée en qualité d'agent d'entretien le 1er octobre 2006. A la suite de plusieurs congés de maladie, la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnue à partir de 2010. Les 17 août 2012 et 17 janvier 2014, elle a été victime de deux accidents de service. Par une décision du 17 mai 2016, le comité médical départemental a estimé qu'elle n'était pas inapte à toute fonction et restait adaptée à une fonction sédentaire sans port de charges ni station debout ou marche prolongée. Par une décision du 23 février 2017, la directrice de l'EHPAD Sainte-Sophie l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 6 novembre 2016. Cette décision a été implicitement renouvelée. La décision du 23 février 2017 et la décision implicite de renouvellement de sa mise en disponibilité ont été annulées par un jugement n°1701325 et n°1802295 du 7 mars 2019.

2. Après consultation du comité médical départemental le 23 février 2017, et de la commission de réforme hospitalière le 31 mai 2017, Mme A été mise à la retraite d'office pour invalidité, à compter du 1er juin 2017, avant d'être radiée des cadres par une décision n°002/2019 du 17 janvier 2019. La décision de mise à la retraite d'office, révélée par un courrier du 5 février 2019, a été annulée par un jugement du tribunal administratif n°1901002 du 27 mai 2021.

3. Par une décision du 11 mai 2022, la directrice a abrogé sa décision de mise à la retraite d'office, à compter du 27 mai 2021, et placé Mme A en disponibilité d'office à compter du 28 mai 2021, pour une durée d'un an renouvelable.

4. Par la requête n° 2105058, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de l'EHPAD Sainte-Sophie a suspendu le versement de son traitement et de ses indemnités à compter du 1er juin 2021. Par les requêtes n° 2201088 et 2203101, elle demande l'annulation, d'une part de la décision n°002/2019 du 17 janvier 2019 par laquelle la directrice de l'EHPAD Sainte-Sophie l'a radiée des cadres et, d'autre part, de la décision du 11 mai 2022 par laquelle cette même autorité l'a placée en disponibilité d'office à compter du 28 mai 2021, pour une durée d'un an renouvelable. Enfin, par la requête n° 2205300, elle demande que l'EHPAD Sainte-Sophie soit condamné à lui verser la somme de 85 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2022, en réparation des préjudices subis.

Sur la jonction

5. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2105058, 2201088, 2203101 et 2205300 ont trait à la situation d'une même agente et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un jugement commun.

Sur la décision n°002/2019 du 17 janvier 2019 portant radiation des cadres :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir

6. L'article R. 421-5 du code de justice administrative dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

7. L'EHPAD Sainte-Sophie fait valoir que la requête enregistrée sous le numéro 2201088 est irrecevable en raison de sa tardiveté. Il ne rapporte toutefois pas la preuve de la date de notification de la décision attaquée du 17 janvier 2019 de sorte que le délai de recours prévu par l'article R. 421-5 précité du code de justice administrative ne peut être opposé à Mme A. Celle-ci soutient en outre, sans être contredite, qu'elle n'a eu connaissance de cette décision de radiation des cadres que le 14 février 2022, à l'occasion de la communication de cette pièce par l'EHPAD Sainte-Sophie dans le cadre de l'instance n° 2105058. Dans ces conditions, la requête enregistrée le 25 février 2022 contre la décision du 17 janvier 2019 portant radiation des cadres ayant été introduite dans un délai raisonnable, la fin de non-recevoir tirée de sa tardiveté ne peut être accueillie.

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

8. Par la décision attaquée n°002/2019 du 17 janvier 2019, la directrice de l'EHPAD Sainte-Sophie a prononcé la radiation des cadres de Mme A, sous réserve de l'avis conforme de la CNRACL. Par un courrier du 5 février 2019, la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) a informé l'intéressée de l'attribution d'une pension d'invalidité, révélant ainsi la décision de l'EHPAD Sainte-Sophie de la placer en retraite pour invalidité. Par un jugement n°1901002 du 27 mai 2021, devenu définitif, le tribunal a annulé cette décision de mise à la retraite et enjoint à l'EHPAD Sainte-Sophie de reprendre la procédure relative à la détermination de la position statutaire dans laquelle la requérante devait être placée. La décision attaquée du 17 janvier 2019, prise sur le fondement de la décision de mise à la retraite d'office définitivement annulée, est ainsi privée de base légale. Dans la mesure toutefois où a été maintenue dans l'ordonnancement juridique et a produit des effets, l'EHPAD Sainte Sophie n'est pas fondée à soutenir que la requête dirigée à son encontre serait dépourvue d'objet. Par suite, ses conclusions tendant au prononcé d'un non-lieu à statuer ne peuvent être accueillies.

En ce qui concerne la légalité de la décision :

9. La décision attaquée du 17 janvier 2019 étant, comme il vient d'être dit, privée de base légale, elle doit être annulée pour ce motif.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n°2201088, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision n°002/2019 du 17 janvier 2019 portant radiation des cadres.

Sur la décision n°28/2022 du 11 mai 2022 portant placement en disponibilité d'office

11. Aux termes des dispositions de l'article 7 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Les comités médicaux sont chargés de donner un avis à l'autorité compétente sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois de la fonction publique hospitalière, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie et de la réintégration à l'issue de ces congés. / Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : / 6. La mise en disponibilité d'office pour raisons de santé, son renouvellement et l'aménagement des conditions de travail après la fin de la mise en disponibilité / () / Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : / - de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; / - de ses droits relatifs à la communication de son dossier et à la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ; / - des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur. / L'avis du comité médical est communiqué au fonctionnaire, sur sa demande. / Le secrétariat du comité médical est informé des décisions qui ne sont pas conformes à l'avis du comité médical. "..

12. Mme A soutient qu'en méconnaissance des dispositions précitées, elle n'a pas été informée de la date de la réunion du comité médical départemental ainsi que de ses droits, notamment celui de faire entendre le médecin de son choix et de saisir le comité médical supérieur. L'EHPAD Sainte-Sophie, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne justifie pas que Mme A aurait été, préalablement à la réunion du comité médical en date du 23 février 2017, informée de la date de cette réunion et de ses droits. Dès lors, l'intéressée doit être regardée comme ayant effectivement été privée des garanties s'attachant au caractère contradictoire de la procédure en cause. Par suite, la décision attaquée par laquelle la directrice de l'EHPAD Sainte-Sophie l'a placée en disponibilité d'office à compter du 28 mai 2021 pour une durée d'un renouvelable est intervenue au terme d'une procédure irrégulière et doit, pour ce motif, être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête. Il ressort de la lecture des visas de la décision attaquée du 11 mai 2022 que l'EHPAD Sainte-Sophie a pris cette décision afin d'exécuter le jugement n°1901002 du 27 mai 2021 par lequel le tribunal a annulé la décision de mise à la retraite d'office de Mme A et a enjoint à son employeur de reprendre la procédure relative à la détermination de la position statutaire dans laquelle elle devait être placée. Il ressort des pièces du dossier que ladite décision de mise à la retraite d'office a produit des effets à compter du 1er juin 2017.

Sur la décision implicite portant suspension du traitement à compter du 1er juin 2021

13. Aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au litige, " Lorsque le fonctionnaire est dans l'incapacité de reprendre son service à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. / Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du comité médical. / Si l'avis du comité médical est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit, s'il le demande, reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme des agents des collectivités locales. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ". Et l'article 36 du même décret précise que " La mise en disponibilité prévue aux articles 17 et 35 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission départementale de réforme sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / Elle est accordée pour une durée maximale d'un an et peut être renouvelée à deux reprises pour une durée égale ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir

14. L'EHPAD Sainte-Sophie, qui ne conteste pas n'avoir versé aucun traitement à Mme A depuis la date du 1er juin 2021, et fait d'ailleurs valoir qu'aucun traitement ne lui aurait été versé depuis le 1er février 2019, soutient que la décision implicite attaquée par l'intéressée n'existe pas. Elle doit être regardée, ce faisant, comme déniant à celle-ci tout droit au versement d'un traitement depuis le 1er juin 2021. Il ressort toutefois des pièces des dossiers que par un jugement n°1901002 du 27 mai 2021, devenu définitif, le tribunal de céans a annulé la décision de mise à la retraite d'office de Mme A, ayant produit ses effets à compter du 1er juin 2017, et enjoint à son employeur de reprendre la procédure afin de régulariser sa situation. En vertu des dispositions précitées de l'article 17 du décret du 19 avril 1988, dans le cas d'un placement en disponibilité d'office pour raison de santé à titre conservatoire dans l'attente d'une décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite, à l'expiration des droits à congé de maladie ordinaire, congé de longue maladie ou congé de longue durée, l'agent concerné bénéficie du maintien de son demi-traitement. Il s'ensuit que l'EHPAD Sainte-Sophie était tenu de verser à Mme A un demi-traitement dans l'attente d'un avis du comité médical ou de la commission de réforme et d'une décision définitive la concernant. La requérante est par suite fondée à soutenir que l'absence de versement d'un demi-traitement à compter du 1er juin 2021 révèle un refus de l'EHPAD d'y procéder et la fin de non-recevoir opposée en défense doit, en conséquence, être écartée.

En ce qui concerne les conclusions à fins d'annulation

15. Si Mme A demande à titre principal le versement de son plein traitement dans l'attente de la régularisation de sa situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que son inaptitude serait imputable au service, le rapport d'expertise du 1er septembre 2015 indiquant à cet égard que " les lésions constatées qui perdurent sont entièrement dues à l'état antérieur de Mme A et ne sont pas la conséquence des accidents " de service. Dans ces conditions, et dès lors qu'en démontre pas relever de l'une des situations justifiant le maintien d'un plein traitement dans l'attente d'un avis et d'une décision définitive, elle est seulement fondée à se prévaloir des dispositions précitées de l'article 17 du décret du 19 avril 1988, qui lui ouvrent droit au maintien d'un demi-traitement dans l'attente de la régularisation de sa situation.

16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n°2105058, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite ayant suspendu le versement d'un demi-traitement à compter du 1er juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. L'annulation de la décision du 17 janvier 2019 portant radiation des cadres à compter du 1er juin 2017 implique que l'EHPAD Sainte-Sophie réexamine la situation de Mme A afin de déterminer la position statutaire dans laquelle elle doit être placée à compter du 1er juin 2017. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

18. Par ailleurs, le présent jugement implique également qu'un demi-traitement soit versé à Mme A jusqu'à la régularisation de sa situation. Il résulte de l'instruction, et notamment des bulletins de paie communiqués que Mme A, qu'elle n'a pas perçu de traitement entre le 1er février 2019 et le 1er mars 2022. Par suite, il est enjoint à l'EHPAD Sainte-Sophie de procéder au versement d'un demi-traitement durant cette période, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

19. En premier lieu, Mme A soutient que l'EHPAD Sainte-Sophie aurait dû l'inviter à présenter une demande de reclassement, et rechercher lui-même un reclassement effectif, préalablement à l'adoption de la décision du 23 février 2017 la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 6 novembre 2016, de la décision implicite renouvelant son placement en disponibilité d'office à compter du 6 novembre 2017 et de la décision du 11 mai 2022 la plaçant en disponibilité d'office à compter du 28 mai 2021. Toutefois, ces décisions ont toutes été annulées par des jugements devenus définitifs au motif de l'irrégularité des avis du comité médical départemental et de la commission de réforme sur lesquelles elles se fondaient. En l'absence d'avis régulièrement adopté se prononçant sur l'inaptitude de Mme A, aucune obligation de reclassement ne pesait sur l'EHPAD Sainte-Sophie. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que son employeur aurait commis des fautes en ne l'invitant pas à présenter une demande de reclassement, en ne lui proposant pas une période de reclassement. Pour les mêmes motifs, et dès lors notamment que la décision de mise à la retraite d'office pour invalidité a été annulée par un jugement devenu définitif, elle n'est pas davantage fondée à reprocher à l'EHPAD Sainte-Sophie de ne pas avoir procéder à son reclassement préalablement à l'adoption de cette décision.

20. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité de l'EHPAD Sainte-Sophie serait engagée à son égard au titre d'une méconnaissance de ses obligations en matière de reclassement. Ses conclusions indemnitaires présentées à ce titre doivent, en conséquence, être rejetées.

21. En deuxième lieu, si Mme A soutient qu'elle a perdu cinq ans et sept mois de cotisations retraite supplémentaires depuis le 23 février 2017, elle ne donne aucune précision sur les cotisations dont il s'agit. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

22. En dernier lieu, Mme A demande à être indemnisée de son préjudice moral. En l'absence de toute précision permettant d'établir la réalité de ce préjudice, de telles conclusions ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'EHPAD Sainte-Sophie une somme de 1 500 euros à verser à Mme A, au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision n°002/2019 du 17 janvier 2019 portant radiation des cadres, la décision n°28/2022 du 11 mai 2022 portant placement en disponibilité d'office ainsi que la décision implicite portant suspension du traitement à compter du 1er juin 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l'EHPAD Sainte-Sophie de réexaminer la situation de Mme A et de déterminer la position statutaire dans laquelle elle doit être placée à compter du 1er juin 2017, dans un délai de trois mois à compter du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint à l'EHPAD Sainte-Sophie de verser à Mme A un demi-traitement pour la période comprise entre ler 1er février 2019 et le 1er mars 2022.

Article 4 : L'EHPAD Sainte-Sophie versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'EHPAD Sainte-Sophie.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

Nos 2105058, 2201088, 2203101 et 2205300

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