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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105063

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105063

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 août et 10 novembre 2021, Mme D A, représentée par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 10 du règlement (UE) n° 492/2011 du parlement européen et du conseil du 5 avril 2011 relatives à la libre circulation des travailleurs au sein de l'Union européenne ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est dépourvue de base légale.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 octobre et 24 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement 2011/492 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, née le 26 janvier 1971 à Gorj (Roumanie), de nationalité roumaine, a fait l'objet le 7 mai 2021 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. Par la présente requête, l'intéressée sollicite l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 26 novembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à la requérante le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 31-2021-04-29-00001 du 29 avril 2021, publié le même jour au recueil n° 31-2021-122 des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme G E, directrice des migrations et de l'intégration et, en son absence ou en cas d'empêchement, à Mme H B, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté en litige portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination vise les textes dont il fait application notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 233-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique la date, le lieu de naissance et la nationalité de l'intéressée, mentionne sa situation au regard de son entrée en France et indique, en particulier, que l'intéressée ne justifie ni de disposer de ressources suffisantes, ni d'exercer une activité professionnelle et précise qu'après examen de sa situation personnelle et familiale, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il est ainsi suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'intéressée ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. Par ailleurs, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

7. Il ressort de la fiche de renseignements administratifs du 7 mai 2021, signée par Mme A, que cette dernière a été entendue librement le même jour par des agents de la préfecture sur son identité, sa date d'entrée en France, la nature et le type de document de voyage en sa possession, ses ressources, son hébergement et sa situation familiale. Elle a par ailleurs été informée qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre et a été invitée à formuler des observations. A cette occasion, il lui était alors loisible, contrairement à ce qu'elle soutient, de porter à la connaissance du préfet des éléments sur son état de santé ou sa situation personnelle ou encore sur les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Dans le cadre de la présente instance, elle ne fait pas état d'informations supplémentaires qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme ayant eu la possibilité de faire valoir utilement ses observations au cours de cet entretien. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige a méconnu son droit d'être entendu.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement (CEE) n° 1612/68 du Conseil du 15 octobre 1968, relatif à la libre circulation des travailleurs à l'intérieur de la communauté, auquel s'est substitué l'article 10 du règlement n° 492/2011 du 5 avril 2011 entré en vigueur le 16 juin 2011 : " Les enfants d'un ressortissant d'un Etat membre qui est ou a été employé sur le territoire d'un autre Etat membre sont admis aux cours d'enseignement général, d'apprentissage et de formation professionnelle dans les mêmes conditions que les ressortissants de cet Etat, si ces enfants résident sur son territoire. / Les Etats membres encouragent les initiatives permettant à ces enfants de suivre les cours précités dans les meilleures conditions. "

10. Il résulte de ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne à la lumière de l'exigence du respect de la vie familiale prévu à l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans ses deux décisions du 23 février 2010 (C-310/08 et C-480/08), qu'un ressortissant de l'Union européenne ayant exercé une activité professionnelle sur le territoire d'un Etat membre ainsi que le membre de sa famille qui a la garde de l'enfant de ce travailleur migrant peut se prévaloir d'un droit au séjour sur le seul fondement de l'article 10 du règlement du 5 avril 2011, à la condition que cet enfant poursuive une scolarité dans cet Etat, sans que ce droit soit conditionné par l'existence de ressources suffisantes. Pour bénéficier de ce droit, il suffit que l'enfant qui poursuit des études dans l'Etat membre d'accueil se soit installé dans ce dernier alors que l'un de ses parents y exerçait des droits de séjour en tant que travailleur migrant, le droit d'accès de l'enfant à l'enseignement ne dépendant pas, en outre, du maintien de la qualité de travailleur migrant du parent concerné. En conséquence, et conformément à ce qu'a jugé la Cour de justice dans sa décision du 17 septembre 2002 (C-413/99, § 73), refuser l'octroi d'une autorisation de séjour au parent qui garde effectivement l'enfant exerçant son droit de poursuivre sa scolarité dans l'Etat membre d'accueil est de nature à porter atteinte à son droit au respect de sa vie familiale.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est mariée depuis le 21 novembre 2015 avec M. F A, ressortissant roumain. Il ressort de l'arrêté contesté que le conjoint de la requérante n'exerce plus d'activité professionnelle en France depuis le 6 mai 2020, il en résulte que Mme A justifie du droit au séjour de son époux jusqu'en 2020 en tant que travailleur migrant en France. L'intéressée indique détenir, avec son mari, la garde effective de leur petite fille, scolarisée en France depuis 2017, du fait de l'incarcération de son père et de la " disparition " de sa mère. Toutefois, il ne ressort pas des pièces produites et notamment en l'absence de document spécifique attribuant aux époux la garde de leur petite fille ainsi qu'au regard de leurs déclarations reproduites sur les fiches de renseignement administrative, indiquant la présence de leur fille en France, qu'ils détiendraient la garde effective de l'enfant. Par ailleurs leur filiation avec l'enfant ne peut être regardée comme établie. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement invoquer les dispositions du règlement précité pour soutenir qu'elle aurait droit au séjour en qualité de parent assurant la garde de sa petite-fille.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

13. Mme A soutient que la décision attaquée porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations précitées au point précédent. Toutefois, si l'intéressée s'est prévalue de la présence en France de son conjoint, de sa fille et de sa petite-fille lors de son entretien avec les services préfectoraux, il est constant que son conjoint fait lui-même l'objet d'une mesure d'éloignement prise le 11 avril 2019. De plus, elle ne démontre pas avoir tissé depuis son entrée sur le territoire français des liens d'une particulière intensité. Egalement, elle n'établit pas ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. La requérante indique, par ailleurs, être atteinte de plusieurs pathologies chroniques mais ne justifie pas que le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier de soins dans son pays d'origine. Partant, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. La mesure portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas dépourvue de base légale.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président- rapporteur,

T. C

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

S. JORDAN-SELVA

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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