vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP COURRECH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 août 2021, le 19 octobre 2021, le 5 novembre 2021, les 12 février et 25 mai 2022, Mme O C épouse I, M. A I, M. T H, Mme P F, Mme Q B, M. M B, M. K E, M. D L, Mme S L et M. J G, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 avril 2021 par lequel le maire de Bessens a délivré à la société civile immobilière (SCI) des Placettes un permis de construire un immeuble collectif de quatre appartements et de quatre maisons individuelles avec garage sur un terrain sis chemin des Palanques, ainsi que de l'arrêté du 10 mai 2021 pris par la même autorité portant rectification d'une erreur matérielle.
Ils doivent être regardés comme soutenant que :
- la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers aurait dû être saisie pour avis ;
- l'arrêté du 6 avril 2021 n'est pas suffisamment motivé en ce qu'il estime que le projet est situé dans les parties urbanisées de la commune ;
- le projet est situé en dehors des parties urbanisées de la commune en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ; il n'entre pas dans les exceptions prévues à l'article L. 111-4 du même code ; l'avis rendu par le préfet sur ce point est irrégulier ;
- le projet favorise une urbanisation dispersée en méconnaissance du 2° de l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme ;
- le maire de Bessens a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'opposant pas un sursis à statuer au projet dès lors qu'il était situé en zone agricole dans le plan local d'urbanisme intercommunal en cours d'élaboration, ce qui compromet sa bonne exécution ;
- l'évacuation des eaux usées dans la zone n'est pas adaptée à l'accueil d'un tel projet qui impose la réalisation d'équipements nouveaux ; la commune devait s'y opposer sur le fondement de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît l'urbanisation linéaire imposée par l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît le principe d'équilibre prévu par l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ;
- le terrain d'implantation du projet est sujet à des risques d'inondation ;
- le projet méconnaît les dispositions du règlement du lotissement ;
- il ne favorise pas la mixité fonctionnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 octobre 2021 et 24 décembre 2021, la commune de Bessens, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis solidairement à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de preuve de l'accomplissement des formalités requises par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme au stade du recours gracieux et du recours contentieux ;
- le recours de Mme F et M. L est irrecevable car tardif en l'absence de recours gracieux prorogeant le délai de recours contentieux ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ; à cet égard MM. L, G, H et E sont significativement éloignés du projet ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, la société civile immobilière (SCI) des Placettes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 27 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2022.
Une pièce produite par les requérants a été enregistrée le 25 août 2022, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. N,
- les conclusions de M. Mony, rapporteur public,
- les observations de Mme C et de M. H, pour les requérants, et celles de Me Köth, substituant Me Courrech, représentant la commune de Bessens.
Considérant ce qui suit :
1. La société des Placettes a déposé, le 26 novembre 2020, une demande de permis de construire un immeuble collectif de quatre appartements et quatre maisons individuelles avec garage sur un terrain situé chemin des Palanques à Bessens (Tarn-et-Garonne). Le maire de cette commune a délivré l'autorisation sollicitée par un arrêté du 6 avril 2021, rectifié en raison d'une erreur matérielle par un arrêté du 10 mai suivant. Par la présente requête, les requérants demandent l'annulation de ces décisions.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Bessens :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le recours gracieux exercé le 26 mai 2021 par une majeure partie des requérants a été notifié à la société pétitionnaire le 2 juin 2021. Il ressort de ces mêmes pièces que la notification du recours contentieux imposée par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme a également été réalisée tant auprès du maire de Bessens que de la titulaire de l'autorisation contestée respectivement les 13 et 16 septembre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ".
5. Si la commune de Bessens fait valoir que le recours de Mme F et M. L serait tardif dès lors qu'ils n'ont pas formé de recours gracieux susceptible de proroger le délai de recours contentieux, il ne ressort pas des pièces du dossier que le panneau d'affichage prévu par l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme ait été installé ou qu'il comportait les mentions réglementaires de sorte que l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ne leur est pas opposable. Ainsi, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".
7. Si la commune fait valoir que les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir en faisant notamment état de l'éloignement des biens appartenant à MM. L, G, H et E par rapport au terrain d'assiette du projet autorisé, une demande collective tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'un permis de construire est recevable dès lors qu'au moins un des signataires de cette demande a intérêt à l'annulation de la décision attaquée. En l'espèce, les époux B sont propriétaires de la parcelle C 795, qui jouxte la parcelle C 796 devant accueillir les constructions en litige. Ils sont ainsi voisins immédiats de celui-ci et dès lors qu'ils font valoir diverses nuisances, notamment visuelles et sonores, induites par le projet qui doit s'implanter le long de leur parcelle, ils justifient d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la requête collective est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au présent litige : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis (). / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus aux articles L. 102-13, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code (). " Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".
9. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'au 6 avril 2021, le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable du projet de plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes Grand Sud Tarn et Garonne s'était tenu, celui-ci ayant été formalisé par délibération du 30 mars 2017. Si la commune fait valoir que le projet n'était pas précisément arrêté à la date de délivrance du permis de construire en raison de l'abandon du premier projet de plan, et alors que le nouveau projet ne sera arrêté que le 1er juillet 2021, il ressort au contraire des pièces du dossier, en particulier du bilan de la concertation, et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, que la parcelle C 796 devant accueillir le projet était alors déjà classée en zone agricole et qu'une demande de classement en " zone constructible " avait d'ailleurs été formulée par son propriétaire. D'autre part, le projet autorisé, s'il est situé à proximité de parcelles construites, s'insère dans une vaste parcelle agricole cultivée et vise à y implanter cinq constructions dont un collectif de quatre logements sur une surface totale de 658m² ainsi que 60m² de garage. Dès lors que cette parcelle était intégralement classée en zone agricole dans le projet de PLUi à la date de délivrance de l'autorisation contestée, que les constructions autorisées sont sans lien avec une exploitation agricole et que le projet d'aménagement et de développement durable a notamment pour objectif de limiter le mitage des zones agricoles et tend à réduire la consommation de tels espaces, le projet de construction en litige est de nature à compromettre l'exécution du futur PLUi. Ainsi, et alors que la circonstance que la parcelle C 796 aurait été classée en zone U ou AU dans l'ancien document local d'urbanisme annulé est sans incidence, les requérants sont fondés à soutenir que le maire de Bessens a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de prononcer un sursis à statuer sur la demande de permis de construire dont il était saisi.
10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par les requérants ne sont pas susceptibles de fonder, en l'état du dossier, l'annulation des décisions contestées.
11. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Bessens du 6 avril 2021 et de l'arrêté rectificatif du 10 mai 2021.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Bessens demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du maire de Bessens en date des 6 avril et 10 mai 2021 sont annulés.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Bessens présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme O C épouse I en qualité de représentante unique en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la société civile immobilière des Placettes et à la commune de Bessens.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Montauban.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
M. Leymarie, conseiller,
Mme Rousseau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
Le rapporteur,
A. N
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. R
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026