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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105169

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105169

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSERGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2021, M. C A, représenté par Me Sergent, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de lui donner acte de ce qu'il demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision par laquelle la préfète du Lot a implicitement rejeté sa demande du 29 juin 2021 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 13 janvier 2021 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Lot d'abroger l'arrêté du 13 janvier 2021, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, pendant le temps de ce réexamen, un récépissé lui donnant droit au séjour et au travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée, les motifs ne lui ayant pas été communiqués malgré sa demande ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'articles L. 611-3 alinéa 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 10 c) de l'accord franco-tunisien ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, la préfète du Lot conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable comme tardive ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 18 avril 1997, est entré en France selon ses déclarations le 1er septembre 2015. Par arrêté du 13 janvier 2021, la préfète du Lot l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. M. A a demandé le 29 juin 2021 à la préfète du Lot l'abrogation de cet arrêté. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la préfète du Lot a implicitement rejeté sa demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Lot :

2. Tout d'abord, si en application de l'article R. 776-2 du code de justice administrative, le délai pour contester une obligation de quitter le territoire français sans délai est de quarante-huit heures après sa notification, il ressort des pièces du dossier que la demande adressée le 29 juin 2021 à la préfète du Lot ne constituait pas un recours gracieux formé contre l'arrêté du 13 janvier 2021 obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai, mais en une demande d'abrogation de cette mesure, l'intéressé se prévalant de circonstances de nature, selon lui, à justifier une telle abrogation.

3. Ensuite, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-2 de ce code dispose : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". En application des dispositions combinées de l'article L. 112-3 et de l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration, toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception, qui doit notamment mentionner les délais et voies de recours à l'encontre de la décision. Enfin, en vertu de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ".

4. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la demande d'abrogation formée le 29 juin 2021 par M. A, reçue le 30 juin 2021 en préfecture du Lot, aurait donné lieu à la transmission au requérant d'un accusé de réception comportant la mention des voies et délais de recours. Par suite, la requête de M. A, au demeurant formée dans un délai raisonnable, n'est pas tardive.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Lot et tirée de la tardiveté de la requête doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé sur une demande de communication des motifs d'une décision implicite de rejet, intervenue dans un cas où une décision expresse aurait dû être motivée, entache cette décision d'illégalité.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité par courrier du 2 septembre 2021, reçu le 3 septembre 2021 à la préfecture du Lot la communication des motifs du refus implicite opposé à sa demande d'abrogation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi. Faute d'avoir répondu à cette demande dans le délai d'un mois, la préfète du Lot a méconnu les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision rejetant implicitement la demande d'abrogation de l'arrêté du 13 janvier 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

10. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu et après examen des autres moyens de la requête, que la préfète du Lot procède au réexamen de la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sergent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sergent de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Lot rejetant implicitement la demande d'abrogation de l'arrêté du 13 janvier 2021 obligeant M. A à quitter le territoire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Lot de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Sergent une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sergent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Sergent et à la préfète du Lot.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

F. B

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU La greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète du Lot en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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