jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105301 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | FAUGERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2021, Mme B D A, représentée par Me Faugère, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 juillet 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Toulouse a rejeté son recours administratif préalable obligatoire, ensemble la sanction disciplinaire prise à son encontre le 17 juin 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'auteur de la décision du 17 juin 2021 ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;
- la procédure disciplinaire est entachée d'un vice de procédure ;
- les faits qui lui sont reprochés ne constituent pas une faute disciplinaire au sens des dispositions de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale ;
- l'administration pénitentiaire a méconnu le principe de légalité des délits et des peines en la sanctionnant pour des faits qui ne constituent pas une faute disciplinaire ;
- la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789 ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pétri,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public ;
- et les observations de Me Faugère, représentant Mme D A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A a été incarcérée au centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses entre les 15 septembre 2020 et 15 juillet 2021. Par une décision du 17 juin 2021, le président de la commission de discipline de l'établissement a prononcé à son encontre une sanction de dix jours de placement en cellule disciplinaire. Par une décision du 9 juillet 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Toulouse a confirmé cette sanction. Par la présente requête, Mme D A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ". Il résulte de ces dispositions qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur régional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction disciplinaire initiale prononcée par le chef d'établissement. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission de discipline, cette substitution ne saurait faire obstacle ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur régional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale
En ce qui concerne la décision du 17 juin 2021 :
4. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les conclusions dirigées contre la décision du 17 juin 2021 sont irrecevables et doivent par suite être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 9 juillet 2021 :
5. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 17 juin 2021, qui est propre à cette décision et a nécessairement disparu avec elle, est inopérant à l'encontre de la décision du 9 juillet 2021 et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". Aux termes de l'article R. 57-7-14 du même code : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline () ".
7. La requérante soutient que l'absence de mention du nom de l'assesseur pénitentiaire présent lors de la commission de discipline ne lui a pas permis de vérifier que les dispositions citées au point 6 ont été respectées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la surveillante auteure du compte rendu d'incident a pour initiales " S. A. " et que le surveillant auteur du rapport d'enquête s'appelle M. C. Il est constant que ces deux surveillants n'ont pas siégé lors de la commission de discipline du 17 mai 2021, l'assesseur pénitentiaire ayant un nom commençant par " Ta ". Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7 du code de procédure pénale, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les fautes disciplinaires sont classées selon leur gravité, selon les distinctions prévues aux articles R. 57-7-1 à R. 57-7-3, en trois degrés. ". Aux termes de l'article R. 57-7-1 de ce code : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () ", et de son article R. 57-7-33 : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° L'interdiction de recevoir des subsides de l'extérieur pendant une période maximum de deux mois ; / 3° La privation pendant une période maximum de deux mois de la faculté d'effectuer en cantine tout achat autre que celui de produits d'hygiène, du nécessaire de correspondance et de tabac ; / 4° La privation pendant une durée maximum d'un mois de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration ; / 5° La privation d'une activité culturelle, sportive ou de loisirs pour une période maximum d'un mois ; / 6° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction ; / 7° La mise en cellule disciplinaire. ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré () ".
9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Pour déterminer si un manquement constitue une faute disciplinaire et le degré de cette faute, seuls peuvent être pris en compte les faits commis par la personne détenue et le contexte dans lequel ils sont intervenus, à l'exclusion de son comportement général depuis le début de son incarcération. Ce dernier élément ne peut être pris en compte que pour les choix, dans la limite prévue par les dispositions de l'article R. 57-7-47 du code de procédure pénale, du quantum de la sanction.
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme D A a reconnu, devant la commission de discipline, avoir proféré les propos suivants le 11 mai 2021 : " je ne veux pas voir votre sale gueule et vous pouvez me mettre autant de rapport que vous voulez je m'en bats les couilles ". Si la requérante se prévaut de ce que ses propos n'étaient pas dirigés contre un membre du personnel de surveillance et qu'il s'agissait en réalité de considérations générales adressées à l'administration pénitentiaire, il ressort des pièces du dossier, en particulier du compte rendu d'incident établi le 11 mai 2021, que Mme D A s'adressait à l'une des surveillantes pénitentiaires. Par ailleurs, si Mme D A soutient, pour justifier ses propos, avoir vécu de manière difficile une fouille à nu, cette circonstance est inopérante au regard de la qualification juridique des faits. Aussi, dès lors que les propos tenus par Mme D A à l'encontre d'une surveillante pénitentiaire le 11 mai 2021 doivent être regardés comme ayant un caractère insultant et outrageant, ils constituent une faute disciplinaire de premier degré au sens des dispositions du 12° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur dans la qualification juridique des faits ne peut qu'être écarté.
11. D'autre part, eu égard à la nature des faits reprochés à Mme D A, à leur gravité ainsi qu'à la circonstance que l'intéressée avait déjà fait l'objet de neuf procédures disciplinaires récentes, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la sanction de dix jours de mise en cellule disciplinaire est disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de la sanction doit être écarté.
12. En dernier lieu, à supposer que Mme D A ait entendu invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des dispositions précitées de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, ces dispositions, qui définissent de manière suffisamment précise les fautes et les sanctions encourues, ne portent pas atteinte au principe de légalité des délits et des peines, tel que garanti par l'article 7 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, aux termes duquel : " Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi et selon les formes qu'elle a prescrites ". Par suite, le moyen tiré la méconnaissance du principe de légalité des délits et des peines doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A, à Me Faugère et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTO
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026