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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105304

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105304

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHERRMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021 et un mémoire enregistré le 7 février 2023, Mme C B, représentée par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 du maire de la commune de Gourdan-Polignan refusant de faire droit à sa demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi ;

2°) de condamner la commune de Gourdan-Polignan à lui verser ladite allocation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Gourdan-Polignan une somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est dépourvue d'une motivation en droit ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions d'octroi de l'allocation de retour à l'emploi (ARE).

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 janvier 2023 et le 17 mars 2024, la commune de Gourdan-Polignan, représentée par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser une somme de 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable comme étant dirigée contre un acte ne faisant pas grief, le courrier contesté se bornant à rappeler sa situation à la requérante en lui proposant un emploi ;

- la requête qui ne comporte que des conclusions en annulation et relevant de l'excès de pouvoir est irrecevable devant le juge du plein contentieux ;

- Mme B n'a pas intérêt à agir contre le courrier attaqué qui constitue une décision administrative favorable lui proposant un emploi ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un mémoire présenté pour la commune de Gourdan-Polignan et enregistré le 28 février 2023 n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2105316 du 29 septembre 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lequeux, rapporteure,

- et les observations de Me Philippe, substituant Me Laclau, représentant la requérante.

La clôture de l'instruction est intervenue après ces observations orales, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent technique territorial employée par la commune de Gourdan-Polignan à compter du 1er octobre 2016 et titularisée le 1er octobre 2017, a démissionné de ses fonctions à compter du 3 décembre 2020 et a travaillé dans le secteur privé du 4 janvier au 11 avril 2021. A l'issue de ce contrat de travail à durée déterminée, elle a demandé vainement à la commune de Gourdan-Polignan de lui verser l'allocation de retour à l'emploi (ARE), qui lui en a refusé le bénéfice le 15 juillet 2021.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Il résulte du courrier du 15 juillet 2021 que le maire de la commune de Gourdan-Polignan, répondant à la demande de Mme B de lui allouer l'ARE, lui a opposé les circonstances qu'elle aurait volontairement quitté son emploi et ne serait pas en recherche d'emploi et a, ainsi, entendu rejeter sa demande. Par suite la décision attaquée du 15 juillet 2021, en tant qu'elle refuse de lui verser l'ARE sollicitée constitue une décision administrative faisant grief et susceptible de recours. La fin de non-recevoir opposée en défense ne peut donc qu'être écartée.

3. La circonstance que l'acte attaqué propose un emploi à Mme B n'est pas de nature à faire regarder cette décision comme étant une décision favorable contre laquelle la requérante n'aurait pas intérêt à agir, dans la mesure où cette décision ainsi, qu'il vient d'être dit, constitue également une décision de refus de versement de l'ARE. La fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de Mme B soulevée par la commune de Gourdan-Polignan ne peut donc qu'être écartée.

4. Enfin, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B est recevable à demander l'annulation de la décision de refus d'allocation d'aide au retour à l'emploi que le maire de la commune de Gourdan-Polignan lui a opposée 15 juillet 2021. Ses conclusions à fin d'injonction doivent être regardées comme des conclusions tendant à ce que le tribunal fixe ses droits à l'aide au retour à l'emploi et ne saurait, en tout état de cause, excéder les pouvoirs détenus par le juge de plein contentieux, dont c'est l'office. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Gourdan-Polignan tenant à la nature de l'office du juge ne peut qu'être écartée.

Sur les droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 5422-1 du code du travail : " I.- Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, et dont : / 1° Soit la privation d'emploi est involontaire, ou assimilée à une privation involontaire par les accords relatifs à l'assurance chômage mentionnés à l'article L. 5422-20 () ". Aux termes de l'article 2 de l'annexe A du décret du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage : " Ont droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi les salariés dont la perte d'emploi est involontaire. Remplissent cette condition les salariés dont la perte d'emploi résulte () d'une fin de contrat de travail à durée déterminée ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 5424-1 du même code : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat et ceux mentionnés au 4° ainsi que les agents non statutaires des groupements d'intérêt public ".

8. Enfin, aux termes de l'article R. 5424-2 du code du travail : " Lorsque, au cours de la période retenue pour l'application de l'article L. 5422-2, la durée totale d'emploi accomplie pour le compte d'un ou plusieurs employeurs affiliés au régime d'assurance a été plus longue que l'ensemble des périodes d'emploi accomplies pour le compte d'un ou plusieurs employeurs relevant de l'article L. 5424-1, " au nombre desquels les établissements publics administratifs de l'Etat, " la charge de l'indemnisation incombe à Pôle emploi pour le compte de l'organisme mentionné à l'article L. 5427-1. Dans le cas contraire, cette charge incombe à l'employeur relevant de l'article L. 5424-1, ou à celui des employeurs relevant de cet article qui a employé l'intéressé durant la période la plus longue ".

9. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une personne, après avoir été employée par contrat à durée déterminée par un employeur public qui n'est pas affilié au régime d'assurance, a travaillé pour un employeur qui y est affilié, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée venu à échéance, cet employeur public est redevable du versement de l'aide au retour à l'emploi lorsqu'il a employé l'intéressé sur une plus longue période. Il en résulte également que l'employeur public ne peut soutenir que, dans une telle situation, l'intéressé ne peut être regardé comme n'ayant pas été involontairement privé d'emploi au motif qu'il aurait refusé son offre d'un nouvel emploi en contrepartie du non versement de l'ARE.

10. Il résulte de l'instruction que Mme B a été employée du 1er octobre 2016 au 3 décembre 2020 comme agent titulaire par la commune de Gourdan-Polignan. Si elle a démissionné de ses fonctions pour créer une entreprise, elle a finalement dû travailler au sein d'une boulangerie dans le cadre de contrats de travail à durée déterminée. Elle a ainsi travaillé du 4 janvier au 11 avril 2021, date à laquelle son dernier contrat a pris fin et n'a pas été renouvelé. Elle doit ainsi être regardée comme ayant été involontairement privée d'emploi. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la période de référence précédant sa perte involontaire d'emploi, c'est la commune de Gourdan-Polignan qui l'a employée le plus longtemps. Enfin, il est établi que Mme B était en recherche d'emploi. Elle remplit ainsi les conditions posées par les dispositions précitées pour bénéficier du versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à la charge de la commune de Gourdan-Polignan. La circonstance qu'elle ait démissionné de son emploi d'agent public auprès de cette commune est sans incidence sur sa qualité de travailleur involontairement privé d'emploi qui s'apprécie au regard des seules conditions dans lesquelles a été exercé et quitté le dernier emploi occupé. Par suite, Mme B avait droit au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et la décision par laquelle le maire de la commune de Gourdan-Polignan a rejeté sa demande doit être annulée.

11. Il résulte de l'instruction qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2105316 du 29 septembre 2021, qui a suspendu l'exécution de la décision par laquelle le maire de la commune de Gourdan-Polignan a rejeté sa demande, Mme B a été admise provisoirement au bénéficie de l'ARE. Par suite, il y a lieu que la commune de Gourdan-Polignan admette définitivement Mme B au bénéfice de cette allocation à compter du 12 avril 2021 et dans les limites prévues par la réglementation d'assurance chômage, et de renvoyer Mme B devant la commune de Gourdan-Polignan pour le calcul et le versement des sommes dues, sous déduction des sommes déjà perçues par elle.

Sur les frais du litige :

12. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Gourdan-Polignan une somme de 1 500 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Gourdan-Polignan a refusé de verser à Mme B l'allocation d'aide au retour à l'emploi est annulée.

Article 2 : Mme B a droit, à titre définitif, au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 12 avril 2021 et est renvoyée devant la commune de Gourdan-Polignan pour procéder au paiement de ses droits sous réserve des versements déjà effectués.

Article 3 : La commune de Gourdan-Polignan versera à Mme B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Gourdan-Polignan.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La rapporteure,

A. LEQUEUX

Le président,

P. GRIMAUDLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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