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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105306

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105306

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de six mois ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jours de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. C soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle et professionnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il est arrivé en France en 2018 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;

- l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Garonne soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nègre-Le Guillou,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 19 juin 1991, est entré en France selon ses déclarations au mois de février 2020 sous couvert d'un passeport muni d'un visa de court séjour d'une durée de 90 jours. M. C a été interpellé par la gendarmerie le 8 septembre 2021. Le préfet de la Haute-Garonne a édicté à son encontre un arrêté en date du 8 septembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 6 mois. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;() ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. Il vise les textes dont il fait application, notamment le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique les conditions d'entrée de M. C en France, sous couvert d'un visa de court séjour d'une durée de 90 jours, et précise que le requérant s'est maintenu sur le territoire français depuis février 2020 sans avoir sollicité de titre de séjour. L'arrêté mentionne que l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée. L'arrêté attaqué vise également l'article L. 612-2 et les 2° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise les raisons pour lesquelles il existe un risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement. Dès lors, la décision portant refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée. L'arrêté vise enfin les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de fait retenus par le préfet pour édicter à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par suite, cette décision est suffisamment motivée. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé l'arrêté attaqué.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et professionnelle de M. C.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 8 septembre 2021 par les services de police que M. C a déclaré être entré sur le territoire français au mois de février 2020, par avion depuis Fès (Maroc) jusqu'à Bordeaux, pour des raisons économiques. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il serait arrivé en France en 2018 doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si M. C soutient s'être inséré sur le territoire français en raison notamment de son activité professionnelle et justifie, à cet égard, avoir trouvé un logement et disposer d'un contrat de travail conclu avec la société Mediapost pour un emploi de distributeur de colis à temps plein, il n'est pas contesté qu'il ne dispose pas d'une autorisation de travail, ni du visa de long séjour requis pour travailler sur le territoire français. S'il soutient également travailler en tant que chanteur pour des mariages, M. C ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, hormis une carte d'adhésion au syndicat autonome des artistes et des musiciens. Le requérant, célibataire et sans enfant, se prévaut par ailleurs dans ses écritures de la présence de sa mère à Toulouse et d'une durée de séjour en France de trois ans. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a déclaré, lors de son audition du 8 septembre 2021, que ses parents résidaient au Maroc et qu'il était revenu sur le territoire français en février 2020. Dans ces conditions, M. C, qui au demeurant n'a pas sollicité de titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle en édictant l'arrêté attaqué.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncé aux point 6, compte tenu des conditions et de la durée du séjour en France de M. C, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent en tout état de cause être aussi rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

F. NÈGRE-LE GUILLOU

La présidente,

F. HÉRY

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,0

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