mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | THIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrés le 14 septembre 2021, le 9 décembre 2021 et le 23 mars 2023, M. C A, représenté par Me Thiam, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 2 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de faire droit à sa demande de regroupement familial ou de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne comporte aucune énonciation précise relative à sa vie privée et familiale ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée et ses revenus sont satisfaisants pour subvenir aux besoins de sa famille ; il est locataire d'un appartement de taille satisfaisante et il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ;
- la décision attaquée viole l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée méconnait le principe non bis in idem dès lors qu'elle le condamne une nouvelle fois pour des faits pour lesquels il a été condamné par la cour d'assises ;
- il ne représente pas une menace à l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 25 août 1973, titulaire d'une carte de résident, a sollicité le 14 décembre 2020 le regroupement familial en faveur de son épouse. Par une décision du 2 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui accorder. Par sa requête, M. A sollicite l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".
3. Il ressort de la décision attaquée que pour refuser de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. A, le préfet de la Haute-Garonne s'est uniquement fondé sur le non-respect par le requérant des valeurs et des principes de la République eu égard à la circonstance que ce dernier a été condamné le 3 octobre 1995 par le tribunal correctionnel de Foix à une peine d'un an d'emprisonnement pour évasion avec effraction et le 27 mars 1998 par la cour d'assises de Toulouse à vingt ans de réclusion criminelle pour meurtre, les deux peines ayant été exécutées. Toutefois, les faits pour lesquels le requérant a été condamné ne sont pas, par eux-mêmes, de nature à révéler un refus de se conformer aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France, pays d'accueil, au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le préfet ne pouvait se fonder sur ces faits pour prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, et alors que la décision attaquée n'est fondée sur aucune autre circonstance, en refusant de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. A, le préfet de la Haute-Garonne a fait une inexacte application de ces dispositions. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. L'administration peut toutefois, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Le préfet de la Haute-Garonne soutient, dans son mémoire en défense communiqué à M. A, que ce dernier ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille au sens des dispositions précitées du 1° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / () ". Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
7. Il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Haute-Garonne aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif dès lors qu'il précisait dans la décision attaquée que M. A remplissait les conditions réglementaires pour bénéficier du regroupement familial. En tout état de cause, en application des décrets du 18 décembre 2019 et du 16 décembre 2020 portant relèvement du salaire minimum de croissance, le montant du salaire mensuel de croissance était de 1 548,26 euros bruts en moyenne l'année précédant la demande du requérant. Il ressort des pièces du dossier que la moyenne des salaires perçus par M. A l'année précédant sa demande de regroupement familial s'élevait à 1 816,58 euros en prenant en compte seulement les mois en dehors de la période d'urgence sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Par ailleurs, à supposer que la période d'août 2020 à juillet 2021 puisse être retenue comme le soutient le préfet de la Haute-Garonne, la moyenne de la rémunération brute mensuelle de M. A s'élève alors à 1 904,95 euros. Dès lors, M. A remplissait les conditions de ressources exigées par les dispositions de l'article R. 434-4 précitées. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution demandée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du préfet de la Haute-Garonne du 2 août 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne d'autoriser le regroupement familial de Mme E sous réserve d'un éventuel changement dans les circonstances de droit et de fait. Un délai de deux mois est imparti au préfet à cette fin, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 2 août 2021 du préfet de la Haute-Garonne refusant de faire droit à la demande de regroupement familial de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne d'autoriser le regroupement familial de Mme D E, sous réserve d'un éventuel changement dans les circonstances de droit et de fait, dans le délai de deux mois suivant la date de notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
B. F
La présidente,
F. HÉRY La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026