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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105402

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105402

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDUPEY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2105402 et des mémoires, enregistrés les 9 septembre 2021, 19 avril et 6 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Dupey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 25 juin 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé de prononcer sa titularisation ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse, à titre principal, de lui proposer un contrat définitif et, à titre subsidiaire, de l'autoriser à accomplir une seconde année de stage ;

3°) de condamner le rectorat à indemniser les " préjudices matériel et moral " qu'il a subis ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été privé de la garantie instituée par l'article 6 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires dès lors que le jury académique qui s'est réuni le 24 juin 2021 ne l'a pas entendu ;

- il a été privé de la garantie instituée par l'article 8 du même arrêté en l'absence d'avis relatif à l'intérêt de l'autoriser à effectuer une seconde et dernière année de stage ;

- une erreur de fait a été commise dès lors que certaines informations consignées par l'inspectrice d'académie dans son rapport établi à la suite d'une inspection réalisée le 1er février 2021 sont fausses ;

- il n'a pas été mis à même de prouver son aptitude professionnelle, en méconnaissance du principe selon lequel tout stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions de nature à faire la démonstration de cette aptitude.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

La clôture d'instruction a été fixée au 11 juillet 2022 à midi.

Par un courrier du 29 août 2023, une pièce complémentaire a été demandée au recteur de l'académie de Toulouse pour compléter l'instruction, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Le recteur de l'académie de Toulouse a transmis, le 29 août 2023, une pièce complémentaire qui a été communiquée le même jour.

II. Par une requête n° 2203158 et un mémoire, enregistrés les 7 juin 2022 et 30 mai 2023, M. A B, représenté par Me Dupey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté implicitement la demande indemnitaire préalable qu'il a introduite le 4 février 2022 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme globale de 9 136 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de notification de la demande indemnitaire préalable ainsi que de la capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas été en mesure de bénéficier de la formation prévue par les dispositions de l'article R. 914-32 du code de l'éducation et par la circulaire n° 2019-036 du 11 avril 2019 " Lauréats des concours de recrutement des maîtres des établissements d'enseignement privés des premier et second degrés sous contrat " en raison de l'emploi du temps qui lui a été imposé au cours de son année de stage ; la responsabilité pour faute de l'administration doit être engagée au motif qu'il a été licencié et qu'il a été privé de formation ;

- son préjudice matériel, lié à la mesure de licenciement dont il a fait l'objet, doit être évalué à hauteur de 4 136 euros ;

- le préjudice moral qu'il a subi du fait de l'absence de formation doit être évalué à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Un mémoire produit par le recteur de l'académie de Toulouse le 13 juin 2023 n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 ;

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public ;

- et les observations de Me Dupey, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été nommé en qualité de maître contractuel stagiaire de l'enseignement privé à compter du 1er septembre 2020 et a effectué son stage pratique au sein de l'établissement privé sous contrat " Notre-Dame " situé à Pamiers. A compter du 23 novembre 2020, l'intéressé a poursuivi son stage au sein de l'établissement privé sous contrat " Saint-Joseph " situé à Toulouse. A la suite de la réunion du jury académique le 24 juin 2021, le recteur de l'académie de Toulouse a refusé de prononcer sa titularisation par une décision du 15 juillet 2021. Par la requête n° 2105402, M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Par un courrier du 4 février 2022, M. B a adressé une demande indemnitaire préalable au recteur de l'académie de Toulouse. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la requête n° 2203158, M. B sollicite l'annulation de cette décision implicite ainsi que le versement d'une somme globale de 9 136 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 2105402 et 2203158 ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 15 juillet 2021 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 22 décembre 2014 fixant les modalités d'accomplissement et d'évaluation du stage des maîtres contractuels et agréés à titre provisoire des établissements d'enseignement privé sous contrat : " Les maîtres contractuels et agréés à titre provisoire des établissements d'enseignement privés sous contrat bénéficient des mêmes modalités d'accomplissement et d'évaluation de leur année de stage que celles applicables aux personnels stagiaires de l'enseignement public sous réserve des dispositions particulières prévues par le présent arrêté () ". Selon l'article 6 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Le jury entend au cours d'un entretien tous les fonctionnaires stagiaires pour lesquels il envisage de ne pas proposer la titularisation. ".

5. Il ressort de la pièce produite par le rectorat de l'académie de Toulouse intitulée " compte rendu de l'entretien " que " les membres de la commission " se sont prononcés sur la pratique professionnelle de M. B le 23 juin 2021. Cette pièce est de nature à établir que le jury académique, qui s'est réuni le 24 juin 2021 pour émettre un avis sur la titularisation de M. B, a entendu l'intéressé au cours d'un entretien, au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ces dispositions auraient été méconnues.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le jury académique, réuni le 24 juin 2021, a estimé, au vu des éléments du dossier de M. B, que l'intéressé ne disposait pas des compétences attendues " par le référentiel en vigueur ". Le jury considère également que : " Ni la faible maîtrise des compétences, ni l'engagement manifesté dans la formation et la mission au sein de l'établissement ni la posture professionnelle ne permettent d'espérer une évolution positive suffisante au cours d'une année de renouvellement de stage. " Par suite et dès lors que le jury s'est explicitement prononcé sur l'opportunité d'autoriser M. B à effectuer une seconde année de stage, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires doit être écarté.

8. En troisième lieu, M. B se prévaut d'une erreur de fait, plus précisément de ce que l'inspectrice d'académie, dans son rapport d'inspection du 1er février 2021, aurait énoncé de fausses informations dès lors que " les élèves qui n'étaient pas devant leurs camarades à débattre avaient bien un document de suivi des débats à remplir. " A supposer que le rapport d'inspection serait en effet erroné sur ce point, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui n'est pas fondée sur ce fait mais sur des éléments plus généraux tels que le savoir disciplinaire insuffisant du requérant, ses rapports inadaptés avec ses élèves, ou encore les évaluations défavorables de sa pratique professionnelle. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, selon l'article 2 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Au cours de leur stage, les stagiaires bénéficient d'une formation mentionnée dans les statuts particuliers susvisés. / Le contenu de la formation est défini par l'arrêté du 18 juin 2014 susvisé selon le parcours antérieur des stagiaires. / Les stagiaires sont soumis pendant leur stage aux obligations réglementaires de service prévues pour les membres du corps d'accueil. / Pendant les périodes de formation organisées par un établissement d'enseignement supérieur, ils sont dispensés des obligations de service mentionnées à l'alinéa précédent. ".

10. D'une part, le jury académique appelé à se prononcer sur la titularisation d'un professeur stagiaire nommé dans le corps des professeurs certifiés statue à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être réalisée à l'issue d'une période de stage, cette appréciation est contrôlée par le juge de l'excès de pouvoir et peut être censurée en cas d'erreur manifeste. D'autre part, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné. Lorsqu'il est saisi d'une demande d'annulation de la décision de refus de titularisation prise par l'autorité administrative à l'issue du stage, il appartient au juge d'apprécier la légalité de cette décision au regard notamment de l'ensemble des circonstances susceptibles d'avoir affecté celui-ci.

11. En l'espèce, il ressort du rapport établi par une inspectrice d'académie à l'issue d'une inspection réalisée dans la classe de M. B le 1er février 2021 que l'intéressé ne parvient pas à faire évoluer ses pratiques, en dépit des conseils qui lui ont été prodigués à l'occasion notamment d'une précédente inspection qui s'est déroulée le 15 octobre 2020, à se conformer aux instructions officielles relatives à la manière de dispenser un cours, à impliquer ses élèves dans leur apprentissage, ainsi qu'à acquérir les compétences d'un enseignant telles qu'elles sont définies dans le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation. Le rapport d'inspection relève également que le savoir disciplinaire de M. B est insuffisant et que les contenus de ses enseignements ne sont pas appropriés, de même que son appréhension de sa relation avec ses élèves adolescents. Par ailleurs, il ressort de l'évaluation du requérant au titre de l'année 2020-2021 qu'à la suite des difficultés qu'il a rencontrées dans le cadre de ses pratiques professionnelles, la responsabilité des classes lui a été retirée afin de lui permettre d'observer et de travailler avec des collègues enseignant dans la même discipline. Il est en outre établi que le chef de l'établissement dans lequel enseignait M. B au mois de juin 2021 a émis un avis défavorable à sa titularisation, au vu notamment du climat de cours tendu décrit par les élèves, de ce que ses cours étaient inadaptés, de même que sa façon de parler à son supérieur hiérarchique, ou encore de son absence de suivi des recommandations de sa tutrice et de son organisme de formation. Enfin, l'avis de la commission d'entretien professionnel concernant la capacité d'analyse et de réflexivité de M. B note sa confusion persistante, son absence de démarche pédagogique, ou encore la circonstance que les bases didactiques ne sont pas maîtrisées. Si le requérant se prévaut de ce qu'il n'a pas été mis en mesure de démontrer son aptitude professionnelle, en raison principalement de la mauvaise articulation entre son emploi du temps d'enseignant et son emploi du temps de formation, il résulte toutefois des dispositions citées au point 7 que l'année de stage d'un professeur certifié est construite sur la base d'une alternance entre des périodes de formation et des périodes pratiques de cours devant les élèves et, par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'en raison de plaintes qu'il a formulées à plusieurs reprises, M. B a pu bénéficier d'un aménagement de son emploi du temps. S'il se prévaut également de ce que la décision attaquée serait justifiée par des crispations autour de l'hommage rendu à Samuel Paty, de tensions nées de sa proposition de travailler sur une chanson relative à la violence, ou encore de difficultés liées aux masques de protection contre l'épidémie de Covid-19, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le recteur de l'académie de Toulouse aurait pris en considération ces éléments pour édicter la décision en litige. Dans ces conditions, et étant précisé que M. B a changé d'établissement scolaire au cours de son année de stage en raison des difficultés qu'il a rencontrées, sans qu'une amélioration ait par la suite pu être constatée, et qu'il a fait l'objet d'un accompagnement renforcé, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision implicite portant rejet de la demande indemnitaire :

12. M. B demande l'annulation de la décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable qu'il a formée le 4 février 2022. Cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

14. M. B demande l'engagement de la responsabilité pour faute de l'administration au motif qu'il n'aurait pas été en mesure de bénéficier d'une formation au cours de sa période de stage et qu'il a fait l'objet d'une mesure de licenciement. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la mesure de licenciement dont M. B a fait l'objet n'est pas entachée d'une illégalité fautive et que l'intéressé a bénéficié d'une formation après avoir été nommé en qualité de professeur stagiaire, conformément à ce que prévoient notamment les dispositions citées au point 9. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à demander l'engagement de la responsabilité pour faute de l'Etat et l'indemnisation de tous les préjudices qu'il estime avoir subis.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés aux instances :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, le versement des sommes que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2105402 et 2203158 de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTO

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2105402, 2203158

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