jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105464 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DUJARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2021 et le 5 avril 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C F, représentée par Me Dujardin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrer un titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'elle a pour effet de séparer son enfant de son père ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrer un titre de séjour et de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme F n'est fondé.
Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022 à 12 heures.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C F, ressortissante comorienne, née le 10 octobre 1984, est entrée sur le territoire français le 2 novembre 2015 selon ses déclarations. Le 13 novembre 2020, Mme F sollicité son admission au séjour au titre de la " vie privée et familiale " et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 juillet 2021, la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté portant refus de titre de séjour à l'encontre de Mme F comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif ne sont pas de nature à en affecter la légalité. Ainsi, la circonstance que la décision attaquée vise des articles qui ne correspondent pas à la situation de Mme F est sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, il ressort des mentions de la décision en litige que la préfète du Tarn a visé l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme F, relevant notamment la présence sur le territoire français de son enfant de nationalité comorienne né sur le territoire français et issu de sa relation avec un réfugié iranien. Par suite, il ne s'évince ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Tarn n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, et ce alors, que l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale dont elle avait connaissance. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit invoqué à cet égard doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Mme F fait valoir que la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ressort des pièces du dossier que Mme F établit avoir eu un enfant le 31 octobre 2019 de nationalité comorienne issu de sa relation avec M. D, un ressortissant iranien qui bénéficie du statut de réfugié, et que celui-ci a effectué cinq versements " western union " à l'attention de Mme F les 27 mai 2020, 6 août 2020, 10 septembre 2020, 7 juillet 2021 et 9 août 2021 pour un montant total de 222 euros. Toutefois, il ressort de ces mêmes pièces, et notamment du jugement du tribunal judiciaire de Castres du 27 mai 2021, qu'ils se sont séparés alors que Mme F était enceinte, que M. D est domicilié en région parisienne et qu'il entretient peu de relations avec l'enfant, que " le comportement agressif [du père de l'enfant] ne permet pas un exercice conjoint serein de l'autorité parental ", et qu'en l'absence de demandes du père " non comparant " le droit de visite et d'hébergement de ce dernier a été réservé. Par ailleurs, Mme F fait valoir que sa vie privée et familiale se caractérise en France par la présence sur ce territoire de différents membres de sa famille et d'amis et par le suivi régulier de son fils par la protection maternelle infantile. Toutefois, Mme F, qui ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, déclare être entrée sur le territoire français le 2 novembre 2015 à l'âge de trente-six ans, et s'est maintenue en situation irrégulière jusqu'au 13 novembre 2020, date de sa première demande de titre de séjour. Les attestations transmises par les membres de sa famille résidant en France ne permettent pas d'établir l'intensité et la stabilité des relations que l'intéressée entretient avec eux. Dans ces conditions, le refus opposé par la préfète du Tarn à sa demande de titre de séjour ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision doit également être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. La requérante fait valoir que le père de son enfant réside en France et y a obtenu le statut de réfugié. Toutefois, et alors que la décision portant refus de titre de séjour n'a pas pour effet par elle-même de séparer le père de son enfant, Mme F n'apporte aucune précision quant aux relations que M. D entretiendrait avec son fils. Par ailleurs, les circonstances que la régularisation administrative de son séjour en France lui permettrait de chercher un emploi et de demander le bénéfice de diverses prestations familiales ou d'un logement ne sont pas de nature à entacher la décision litigieuse d'irrégularité. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, doit être écarté.
9. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, la préfète du Tarn n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision en litige.
10. En troisième lieu, si Mme F fait valoir que la décision attaquée a pour effet de séparer son enfant de son père, elle ne démontre pas, ainsi que cela a été dit aux points 5 et 7 du présent jugement, que ce dernier contribue à l'entretien, participe à l'éducation ou entretienne une relation effective avec son enfant. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme F conserve des attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans et que son fils est de nationalité comorienne. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que Mme F n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Tarn a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :
11. L'illégalité des décisions par lesquelles la préfète du Tarn a refusé de délivrer un titre de séjour et fait obligation à Mme F de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait, par voie de conséquence, illégale, ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 9 juillet 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à Me Dujardin et à la préfète du Tarn.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. David Katz, président,
Mme E B, magistrate honoraire,
Mme Camille Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
La rapporteure,
C. PEAN
Le président,
D. KATZ
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme :
la greffière en chef,
ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026