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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105562

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105562

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 septembre 2021 et le 11 février 2022, M. et Mme E et D B, représentés par Me Lapuelle, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2021 par lequel le maire de Saint-Orens-de-Gameville ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société à responsabilité limitée (SARL) CRG en vue de réaliser une division foncière des parcelles cadastrées BE 310 et BE 311 sises 11 avenue Louis Couder à Saint-Orens-de-Gameville (Haute-Garonne), ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux confirmée par la décision explicite en date du 6 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Orens-de-Gameville et de la SARL CRG la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- le maire a commis une erreur de droit en instruisant la déclaration préalable au regard des règles posées par le plan local d'urbanisme intercommunal et de l'habitat (PLUi-H) de Toulouse métropole, alors que ce document d'urbanisme a été annulé par jugement du tribunal administratif de Toulouse du 30 mars 2021 ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Saint-Orens-de-Gameville dès lors que la distance entre le bâtiment existant sur le terrain faisant l'objet d'une division et la limite séparative issue de cette division est inférieure à 4 mètres ;

- à titre subsidiaire, il méconnaît les dispositions du règlement du PLUi-H de Toulouse métropole applicables en zone UM7 relatives à l'implantation des constructions dès lors que la distance entre le bâtiment existant sur le terrain faisant l'objet d'une division et la limite séparative issue de cette division est inférieure à la distance minimale exigée par ces dispositions ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce que la division parcellaire emporte la création d'un accès supplémentaire sur la route départementale n° 57 ; ce nouvel accès s'implante en fin de courbe d'un virage dont la visibilité est fortement limitée par la présence d'une haie boisée sur la parcelle voisine ; la largeur de cet accès est insuffisante, ainsi que le relève le gestionnaire de voirie qui prescrit, dans son avis du 3 mars 2021, une largeur minimale de 5 mètres.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 décembre 2021 et le 7 mars 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) CRG, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que

- les moyens tirés de l'absence de prise en compte de l'avis du gestionnaire de voirie et de l'exception d'illégalité du PLUi-H de Toulouse métropole sont irrecevables en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La requête a été communiquée à la commune de Saint-Orens-de-Gameville, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 4 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rousseau,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- les observations de Me Foucard, représentant M. et Mme B,

- et les observations de Me Courrech, représentant la SARL CRG.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) CRG a déposé le 17 février 2021 une déclaration préalable en vue de la division parcellaire d'un terrain sis 11 avenue Louis Couder à Saint-Orens-de-Gameville (Haute-Garonne). Par un arrêté du 9 mars 2021, le maire de Saint-Orens-de-Gameville ne s'est pas opposé à cette déclaration. Par un courrier du 28 mai 2021, M. et Mme B ont formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision implicite, confirmée par une décision explicite du 6 septembre 2021. Par la présente requête, M. et Mme B demandent l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2021 et des décisions portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ".

3. Par un arrêté du 9 décembre 2020, affiché en mairie et transmis en préfecture le 17 décembre 2020, le maire de Saint-Orens-de-Gameville a accordé une délégation de signature à M. C A, adjoint au maire et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tout acte dans le domaine de l'urbanisme réglementaire et notamment les décisions de non-opposition à déclaration préalable. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur ". Aux termes de l'article L. 600-12-1 du même code : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet () ".

5. En vertu d'un principe général, il incombe à l'autorité administrative de ne pas appliquer un règlement illégal. Ce principe trouve à s'appliquer, en l'absence même de toute décision juridictionnelle qui en aurait prononcé l'annulation ou les aurait déclarées illégales, lorsque les dispositions d'un document d'urbanisme, ou certaines d'entre elles si elles en sont divisibles, sont entachées d'illégalité, sauf si cette illégalité résulte de vices de forme ou de procédure qui ne peuvent plus être invoqués par voie d'exception en vertu de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme. Ces dispositions doivent ainsi être écartées, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, par l'autorité chargée de délivrer des certificats d'urbanisme ou des autorisations d'utilisation ou d'occupation des sols, qui doit alors se fonder, pour statuer sur les demandes dont elle est saisie, sur les dispositions pertinentes du document immédiatement antérieur ou, dans le cas où celles-ci seraient elles-mêmes affectées d'une illégalité dont la nature ferait obstacle à ce qu'il en soit fait application, sur le document encore antérieur ou, à défaut, sur les règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme.

6. Par jugements des 30 mars et 20 mai 2021, confirmés par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 15 février 2022, le tribunal a annulé totalement, sans différer la date d'effet de cette annulation, la délibération du 11 avril 2019 par laquelle l'assemblée délibérante de Toulouse Métropole a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H). Les motifs de cette annulation reposent, d'une part, sur un moyen de légalité externe tiré de ce que le rapport de présentation de ce plan était entaché d'insuffisances substantielles en ce que l'analyse de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers présentée pour la période de dix ans précédant l'approbation du PLUi-H reposait sur des données significativement surévaluées par rapport à la réalité observée, et, d'autre part, sur un moyen de légalité interne tiré de ce que la justification des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durable n'était pas de nature à induire une modération effective de cette consommation. Ces vices sont principalement afférents pour ce qui est de la légalité externe à la prise en compte par les auteurs de ce document local d'urbanisme de données erronées dans l'analyse de la consommation passée d'espaces naturels, agricoles et forestiers et pour ce qui est de la légalité interne à la consommation excessive d'espace y compris en milieu urbain. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le vice de légalité externe retenu par le tribunal aurait exercé une influence directe sur les règles d'urbanisme applicables au projet en litige, et pas davantage que l'illégalité interne retenue par le tribunal, qui n'a trait qu'au parti d'urbanisme global retenu par la métropole Toulouse métropole, serait en rapport direct avec les règles applicables au permis de construire en litige. En conséquence, et conformément à l'intention du législateur, les motifs d'annulation du PLUi-H étant étrangers aux règles d'urbanisme applicables au projet contesté, la légalité de ce dernier doit être appréciée au regard du règlement du PLUi-H qui lui demeure applicable. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Saint-Orens-de-Gameville a commis une erreur de droit en instruisant la déclaration préalable en litige au regard des dispositions du PLUi-H de Toulouse métropole.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 7.1 du plan local d'urbanisme de Saint-Orens-de-Gameville doit être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de la section 1 du chapitre 2 des dispositions du règlement du PLUi-H de Toulouse métropole applicables en zone UM7 : " 2- Toute construction dont la hauteur : / - de façade est supérieure à 2m 80, non compris une tolérance de 1 m pour pignon, pour les toitures avec une couverture en tuiles / - hors tout est supérieure à 3m50 pour les autres toitures / devra être implantée en retrait des limites séparatives. Dans ce cas, tout point d'une construction, en dehors des éléments admis dans les marges de recul définis au titre 2 des dispositions communes, chapitre 2, section 1, paragraphe 1, point 3, doit être implanté à une distance des limites séparatives au moins égale à la moitié de la hauteur de ce point et toujours supérieure ou égale à 3 m ".

9. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Enfin, aux termes de l'article R. 151-21 du même code : " () Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, l'ensemble du projet est apprécié au regard de la totalité des règles édictées par le plan local d'urbanisme, sauf si le règlement de ce plan s'y oppose ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le projet de division en litige prévoit le détachement du lot 1, d'une surface de 1 200 m2, des parcelles cadastrées section BE n° 310 et 311, la partie déjà bâtie de ces parcelles, sur laquelle est implantée une maison d'habitation, n'étant pas incluse dans le périmètre du lotissement en cause. A cet égard, si le plan de division, indique, à titre informatif, la réalisation d'un futur accès sur la partie déjà bâtie de la parcelle, l'arrêté de non-opposition à déclaration en litige, qui ne porte pas sur cet accès, n'a ni pour objet ni pour effet d'autoriser la réalisation de tels travaux. Dans ces conditions, le respect des prescriptions du règlement du PLUi-H de Toulouse métropole ne devant être apprécié, en tenant compte des dispositions de l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme citées au point précédent, qu'au regard de la partie de cette parcelle comprise dans le périmètre du lotissement, les requérants ne sauraient utilement soutenir, à l'appui de leurs conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté contesté, que la maison d'habitation existante implantée à l'extérieur de ce périmètre sera, à l'issue de la division autorisée, implantée à une distance de la nouvelle limite séparative inférieure à la distance exigée par les dispositions précitées du PLUi-H de Toulouse métropole.

11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

12. Les requérants soutiennent que l'accès au terrain à détacher depuis l'avenue Louis Couder présente un caractère accidentogène en ce qu'il se situe en fin de courbe d'un virage et que sa largeur est insuffisante. Toutefois, d'une part, si l'accès sur cette route départementale n'offre pas des conditions optimales de visibilité en raison de la présence d'un virage à proximité, la vitesse de circulation des véhicules y est limitée à 30 km/h. Par ailleurs, cet accès présente une largeur de quatre mètres, suffisante au regard du projet envisagé, qui portera, ainsi qu'il ressort des mémoires en défense de la commune, tout au plus sur la réalisation de trois maisons individuelles. Par suite, compte tenu notamment de l'importance limitée du projet, le maire de Saint-Orens-de-Gameville n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ne s'opposant pas à la déclaration préalable litigieuse.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2021 par lequel le maire de Saint-Orens-de-Gameville ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la SARL GRG, et des décisions de rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Orens-de-Gameville et de la SARL CRG, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B le versement à la société CRG de la somme de 1 500 euros sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la SARL CRG au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E et D B, à la société à responsabilité limitée CRG et à la commune de Saint-Orens-de-Gameville.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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