mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2021, la commune de Saint-Médard doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du 11 février 2021 en ce qu'il ne lui reconnaît pas l'état de catastrophe naturelle pour la période du 1er février 2019 au 31 décembre 2019 en raison des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la relance, au ministre de l'intérieur et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie de réexaminer sa situation.
Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune requérante sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la commune de Saint-Médard ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 juillet 2020, la commune de Saint-Médard a adressé au préfet de la Haute-Garonne une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle de son territoire au titre des mouvements de terrains différentiels consécutifs aux épisodes de sécheresse et de réhydratation des sols pour la période du 1er février 2019 au 31 décembre 2019. Le 9 février 2021, la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles a émis un avis défavorable sur cette demande au motif que les phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols survenus au cours de la période en cause sur tout ou partie du territoire de la commune ne présentaient pas une intensité anormale. Par un arrêté du 11 février 2021, publié au Journal officiel le 20 mars 2021, le ministre de l'intérieur, le ministre de l'économie des finances et de la relance et le ministre chargé des comptes publics ont rejeté la demande de la commune. Le préfet de la Haute-Garonne a notifié cet arrêté à la commune par un courriel du 23 juillet 2021. Par sa requête, la commune de Saint-Médard doit être regardée comme demandant l'annulation de l'arrêté du 11 février 2021 en tant qu'il lui a refusé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle.
2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats. / () Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelle, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturelle, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées et ils peuvent légalement s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de notification des motivations, que pour instruire les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à raison des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, les ministres se sont fondés sur les deux critères cumulatifs visés par la notice explicative de la fiche de notification des motivations des arrêtés portant reconnaissance ou non de l'état de catastrophe naturelle, à savoir un critère géologique, lui-même défini à partir des données recueillies par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), et un critère météorologique examiné au regard des études réalisées par Météo France. Selon cette méthode, le critère géologique est satisfait lorsqu'au moins 3 % du territoire communal est composé de sols sensibles aux mouvements de terrain. S'agissant du critère météorologique, Météo France, utilisant l'ensemble des données pluviométriques présentes dans la base de données climatologiques, modélise le bilan hydrique de l'ensemble du territoire français à l'aide d'une grille composée d'un maillage de plus de 9 000 mailles, chacune ayant huit kilomètres de côté. Pour chaque maille est évalué le seuil à partir duquel le phénomène de retrait-gonflement issu de la sécheresse est considéré comme intense et anormal. La méthode retenue est basée sur des modèles simulant les échanges d'eau et d'énergie entre le sol et l'atmosphère (modèle ISBA), prenant en compte le ruissellement et le drainage (modèle MODCOU) et les variables atmosphériques près de la surface (modèle SAFRAN). La teneur en eau des sols est représentée par le paramètre SWI qui est un indice d'humidité du sol, intégrant l'humidité de la zone racinaire et de la zone profonde. Est examiné, pour chaque saison de l'année, l'indicateur d'humidité des sols, un indice proche de 0 diagnostique un sol sec alors qu'un indice proche de 1 révèle un sol humide, et la durée de retour de cet indicateur par comparaison aux indicateurs d'humidité des sols des années précédentes. Pour que l'intensité anormale de l'épisode de sécheresse soit retenue, la durée de retour doit être supérieure ou égale à 25 ans.
5. La demande de reconnaissance d'état de catastrophe naturelle présentée par la commune de Saint-Médard, dont le territoire est compris dans la maille 9378, a fait l'objet d'un examen particulier ayant conduit à son rejet au motif qu'elle ne remplit pas les critères rappelés au point précédent et caractérisant un état de catastrophe naturelle. A cet égard, il ressort des pièces du dossier qu'au cours de la période concernée, allant du 1er février au 31 décembre 2019, l'indicateur d'humidité des sols était de 0, 686 au cours de la période hivernale, de 0, 696 au cours de la saison printanière, de 0, 443 au cours de la période estivale et de 0, 284 au cours de la saison automnale. Pour chacune de ces saisons, la durée de retour est demeurée nettement inférieure à 25 jours (5 jours en hiver, 10 jours au printemps, 6 jours à l'été et 3 jours à l'automne).
6. D'une part, en se bornant à soutenir que le sol de son territoire est argileux et qu'il se rétracte à chaque épisode de sécheresse, la commune de Saint-Médard ne critique pas utilement la méthodologie suivie par l'administration pour instruire sa demande de reconnaissance d'état de catastrophe naturelle, alors, au demeurant, qu'elle ne produit que quelques clichés photographiques non circonstanciés à l'appui de ses allégations. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la commune de Saint-Médard aurait subi un épisode de sécheresse intense et anormal au sens des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances.
7. D'autre part, à supposer que les constructions édifiées sur ces sols soient anciennes et ne soient pas dotées de fondations adaptées de sorte que 12 habitations situées sur la commune de Saint-Médard ont subi d'importants dégâts, comme l'affirme la requérante, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, celle-ci n'étant pas subordonnée à la démonstration de dommages imputables à la catastrophe naturelle, mais à la constatation que ces dommages ont eu pour cause déterminante l'intensité anormale de l'agent naturel en cause. L'inclusion de la commune de Saint-Médard au sein de la liste des communes exposées aux risques de mouvements différentiels de terrains prévue par l'arrêté du 13 novembre 2018 portant plan de prévention des risques naturels n'a pas davantage d'influence sur la reconnaissance d'état de catastrophe naturelle. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la commune de Saint-Médard doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Médard la somme demandée par l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Saint-Médard est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur et des outre-mer présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Médard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 avril 2024.
La rapporteure,
S. DOUTEAUDLa présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026