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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105589

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105589

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantARCO-LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2021, M. C D et M. B E doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du 21 juin 2021 en ce qu'il ne reconnaît pas l'état de catastrophe naturelle au bénéfice de la commune de Palmas-d'Aveyron pour la période du 1er janvier au 12 novembre 2019 en raison des mouvements de terrains.

Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Palmas-d'Aveyron sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D et M. E ne sont pas fondés.

La procédure a été communiqué à la commune de Palmas-d'Aveyron qui n'a pas produit d'observation en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et M. E sont co-propriétaires d'un bâtiment situé au lieu-dit " Soulages " dans la commune de Palmas-d'Aveyron. Constatant l'aggravation inquiétante de désordres affectant leur immeuble et en attribuant la cause à un mouvement de terrain, ces derniers ont demandé au maire de la commune de solliciter la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle auprès des ministres compétents. Le 12 novembre 2019, la commune de Soulages-de-Palmas, devenue la commune de Palmas-d'Aveyron, a adressé au ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle de son territoire au titre des mouvements de terrains pour la période du 1er janvier au 12 novembre 2019. Le 15 juin 2021, la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles a émis un avis défavorable sur cette demande au motif d'une " mauvaise caractérisation du phénomène " et en ajoutant que la " dégradation d'un ouvrage anthropique [n'a] pas été provoquée par un mouvement de terrain ". Par un arrêté du 21 juin 2021, publié au Journal officiel le 9 juillet 2021, le ministre de l'intérieur, le ministre de l'économie des finances et de la relance, le ministre des outre-mer et le ministre chargé des comptes publics ont rejeté la demande de reconnaissance de la commune. Le préfet de la Haute-Garonne a notifié cet arrêté à la commune par un courrier du 9 juillet 2021. A la demande de M. D et M. E, ces derniers ont à leur tour été informés du sens de l'arrêté par une lettre du maire de Palmas-d'Aveyron du 20 juillet 2021. Par leur requête, M. D et M. E doivent être regardés comme demandant l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2021 en tant qu'il a refusé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à la commune de Palmas-d'Aveyron.

2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats. / () Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelle, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturelle, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées et ils peuvent légalement s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la lettre du préfet de l'Aveyron du 9 juillet 2021, que pour instruire les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à raison des mouvements de terrain, les ministres se sont fondés sur deux rapports élaborés d'une part par Météo France, le 10 juillet 2020, afin d'évaluer le critère météorologique et, d'autre part, par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) Sud-Ouest, le 26 avril 2021, portant sur le critère géologique. Le critère météorologique a été appréhendé à l'aune d'une méthode consistant à relever la pluviométrie sur différentes périodes précédant le 1er janvier 2019, à savoir une période d'une heure à 48 heures avant le 1er janvier de cette même année, le mois précédant cette date et, enfin, les trois à six mois précédant cette date. Appliquant la méthode " SHYREG ", l'expert de Météo France a déterminé la valeur des précipitations par référence au rapport maximal entre la valeur de l'épisode pluvieux le plus intense et la valeur de durée de retour décennale correspondante. Selon ses conclusions, en dépit d'un phénomène de réhydratation très rapide des sols superficiels en fin de période dû aux pluies très abondantes observées entre la fin du mois d'octobre et le mois de novembre, le cumul pluviométrique n'a pas présenté d'intensité anormale au cours de la période concernée par la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle. S'agissant du critère géologique, il ressort du rapport du CEREMA que le bâtiment appartenant à M. D et M. E est édifié sur une parcelle ne présentant aucun indice de mouvement, les caractéristiques du sol, entièrement situé sur le massif calcaire du Sinémurien, excluant la survenance d'un mouvement différentiel induit par des cycles de séchage et humidification. Aux termes de son analyse des données géologiques et d'une visite sur site, l'expert du CEREMA a ainsi attribué la dégradation de l'immeuble à son usure naturelle.

5. D'une part, en se bornant à faire état des dégâts affectant leur bien, M. D et M. E ne critiquent pas utilement l'arrêté du 21 juin 2021, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, celle-ci n'étant pas subordonnée à la démonstration de dommages imputables à la catastrophe naturelle, mais à la constatation de ce que ces dommages ont eu pour cause déterminante l'intensité anormale de l'agent naturel en cause. D'autre part, la circonstance que la commune aurait été reconnue en état de catastrophe naturelle par un arrêté du 28 avril 2017 ne peut utilement être invoquée à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D et M. E doivent être rejetées.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de mettre à la charge de la commune de Palmas-d'Aveyron la somme demandée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et M. E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur et des outre-mer tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à M. B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information à la commune de Palmas-d'Aveyron.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 avril 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUDLa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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