mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MANKOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 septembre 2021, Mme D C, représentée par Me Mankou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation, de l'admettre exceptionnellement au séjour, de régulariser sur place sa situation administrative et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser cette même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient, outre que la requête est recevable, que :
- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen particulier et sérieux de sa situation ;
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français attaquées sont entachées d'erreur de fait, dès lors qu'elle est entrée en France à l'âge de 12 ans et qu'elle justifie d'une inscription dans un établissement scolaire pour les années 2020-2021 et 2021-2022 ;
- le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait pas lui opposer l'absence de visa de long séjour sans entacher la décision attaquée de refus de séjour d'erreur manifeste d'appréciation, ce motif présentant en outre un caractère disproportionné ;
- la décision de refus de séjour attaquée viole son droit à l'éducation ;
- la décision de refus de séjour et celle l'obligeant à quitter le territoire français violent les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision de refus de séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire français sont entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions de refus de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Le préfet de la Haute-Garonne soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la Convention du 31 juillet 1993 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante congolaise née le 9 mai 2002, est entrée en France en dernier lieu le 19 août 2017. Elle a sollicité le 9 décembre 2020 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 16 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que si Mme C est entrée en France en 2014 sous couvert d'un visa de court séjour " visiteur " à entrées multiples, valable du 30 juillet 2014 au 28 août 2014 et y a suivi sa scolarité, elle est retournée au Congo en juillet 2017 et est revenue en France en dernier lieu le 19 août 2017, sous couvert d'un document de circulation pour étranger mineur valant titre de séjour, et valable du 2 décembre 2015 au 1er décembre 2020. Si le préfet de la Haute-Garonne mentionne dans l'arrêté attaqué que la requérante a vécu dans son pays d'origine au moins jusqu'à l'âge de 15 ans, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait porté une appréciation différente sur la situation de l'intéressée, en retenant une durée supérieure de présence en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de Mme C.
4. En troisième lieu, l'article L. 111-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que ce code s'applique " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 4 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 : " Pour un séjour de plus de trois mois, les ressortissants français à l'entrée sur le territoire congolais et les ressortissants congolais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de cette convention : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour en qualité d'étudiant, s'est fondé sur l'absence de production par l'intéressée d'un visa de long séjour, alors que la possession d'un document de circulation pour étranger mineur n'équivaut pas à un tel visa. Faute de détenir un visa de long séjour, la requérante ne satisfaisait pas aux exigences des articles 9 et 4 précités de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993. Ainsi, quand bien même Mme C justifie d'une inscription pour l'année scolaire 2020-2021 en première année de BTS " support à l'action managériale ", le préfet de la Haute-Garonne pouvait, pour le seul motif tiré de l'absence de visa de long séjour, refuser de délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant à Mme C, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressée.
6. Par ailleurs, le préfet de la Haute-Garonne qui, alors qu'il n'y était pas tenu, a examiné la possibilité de déroger à l'absence de visa de long séjour, n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en relevant notamment que la requérante pouvait solliciter un visa long séjour dans son pays d'origine, où vivent ses deux parents ainsi que son frère et sa sœur, voire y poursuivre ses études.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. "
8. Le principe de non-discrimination garanti par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne concerne que la jouissance des droits et libertés reconnus par cette convention et ses protocoles additionnels. L'article 2 du premier protocole additionnel à cette convention stipule que " nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction ". En se bornant à refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui ne justifiait pas des conditions requises pour son obtention, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu ces stipulations.
9. En cinquième lieu, Mme C, qui était majeure à la date de la décision attaquée, ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, aux termes desquels, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. En sixième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme C doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de séjour et obligeant Mme C à quitter le territoire français doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, à l'appui desquelles aucun moyen n'est au demeurant soulevé, doivent également être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
13. Les conclusions de Mme C tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Mankou et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La présidente-rapporteure,
F. A
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026